Durant un voyage en Russie le photographe hongrois Bela Doka s’est intéressé au VV Putin Fan Club. Il en est revenu avec une série photographique aux couleurs bigarrées qui délivre une étrange sensation : Vladimir Poutine représente aussi bien la popstar charismatique d’un show de télé-réalité que l’autocrate nostalgique de la grande époque soviétique. Sans contradiction.

Par la juxtaposition de deux styles graphiques Bela Doka montre comment la société russe est restée captive d’un passé glorieux et d’un futur incertain. Au premier plan l’optimisme s’imprime sur les sweat-shirts chamarrés de ces adolescents qui tous semblent revenir de la parade Mickey, un sourire enamouré face à l’effigie de leur héros très largement sublimé. Au second plan, les tapisseries à fleurs marron et vertes, les canapés pré-Ikea et le décor général kitsch façon Derrick tranchent avec l’allure de ces ados rétro-futuristes, comme dans une love story où la Russie de Staline ferait la rencontre de Winona Ryder et Johnny Depp. La superposition de ces deux images constitue le fond de ce que représente le leadership de Poutine. Si son allure de mâle chassant l’ours polaire au volant d’un 4X4 est chez nous matière à amusement, il est pour les Russes un symbole de fierté (on a les héros qu’on peut, nous avons François Hollande). Et on a eu souvent tort de vouloir confondre de façon exclusive le président Russe avec la nomenclature affairiste tombée sous le charme du libre-échange et des méthodes mafieuses. Vladimir Poutine est, pour le commun des citoyens en Russie, une figure paternelle rassurante. Un fait qui n’est pas tout à fait anodin et qui le rapproche donc de Staline. Il est le porte-voix de tous les russes qui refusent de se plier aux injonctions de l’Occident ; il est le rempart au mouvement du temps et à ses valeurs universalistes. A l’opposé, les Pussy Riots représentent l’acte de rébellion d’une Russie d’ores et déjà occidentalisée et d’une jeunesse luttant contre cette figure paternelle envahissante. Une autre jeunesse existe bel et bien, qu’elle nous mette en rogne ou qu’elle nous fasse sourire, et c’est précisément à elle que Bela Doka s’est intéressé dans cette série photographique au ton anti-mondain.

Entre hier et demain, Poutine imprime sa marque : changer dans la continuité. C’est aussi beau que du Séguéla.

http://beladoka.com

Bela Doka

Yulia Minazhetdinova : « Mes parents sont contre ma passion. Ils disent que je ne comprends rien à la politique, mais c’est pas vrai. Poutine est un héros! Il m’inspire, donne sens à ce que je fais. Je veux être comme lui. » Photographie : Bela Doka

Bela Doka

Bela Doka

Bela Doka

Vika Matorina : « Poutine est le seul et unique, il est un idéal ! Il y eu les Tsars et maintenant il y a Poutine ; il est comme un Dieu pour moi. Je le perçois comme un père. Il est l’homme parfait – politicien, sportif, père de famille ! Je veux que mon mari soit comme lui ! ».

Bela Doka

Bela Beka

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