Ex machina et Annihilation, le cinéma d’anticipation a de l’avenir.

Dans le film Ex machina (2014), un jeune employé de BlueBook, l’entreprise qui gère le principal moteur de recherche sur Internet, est désigné pour passer une semaine dans la maison de son patron. La résidence en question s’avère être une sorte de bunker high tech et le big boss de BlueBook un Mark Zuckerberg sous acide. Très vite, le jeune employé, Caleb, apprend qu’on ne l’a pas convoqué pour un séjour d’agrément mais pour évaluer les performances d’une intelligence artificielle révolutionnaire incarnée dans une femme robot troublante prénommée Ava. Magistralement interprété et subtilement mis en scène, le film parvient à renouveler le vieux genre du film ou du roman de robot (Les robots d’Isaac Asimov a été publié en 1950). La réussite tient principalement au fait qu’on n’a pas l’impression de regarder un film de science fiction. Il s’agit d’un huis-clos dans lequel il s’avère « simplement » qu’un des personnages (au moins) n’est pas humain. En réalisant un film sur l’ambition, l’empathie, l’amour, la domination, le désir, Alex Garland nous livre, de surcroît, un grand film d’anticipation (sur la technologie) et une réflexion profonde sur la nature humaine. Ex machina est disponible en DVD (et donc dans toutes les bonnes médiathèques).

On peut désormais voir sur Netflix le film Annihilation, du même Alex Garland. Comme dans Ex machina, le thème est en lui même singulièrement rebattu et le réalisateur le renouvelle magnifiquement. Un phénomène d’origine inconnu a entraîné la mise en quarantaine d’une zone côtière envahie d’un étrange brouillard coloré. Des expéditions de reconnaissance et d’étude du phénomène sont envoyées dans la zone mais leurs membres ne reviennent pas. Lena (Natalie Portman), une biologiste dont le mari a disparu lors d’une de ces expéditions, part en compagnie de quatre autres femmes pour explorer la zone. Elles découvrent rapidement que le phénomène mystérieux entraîne des mutations spectaculaires affectant la flore et la faune de toute la zone touchée. 

On a donc affaire à un film de commando en territoire hostile, sujet ô combien éculé. Et pourtant, le résultat est remarquable. D’abord parce le film comporte des images absolument magnifiques, ensuite parce que le scénario est particulièrement bien écrit. Dans les films « à mystère », qu’ils soient policiers, d’horreur ou de science fiction, les choses commencent généralement à se gâter quand on se rapproche du dénouement. Le psychopathe tueur en série est un obsédé sexuel impuissant qui fait du mal aux petits chats (et il est joué par Anthony Hopkins), la présence fantomatique s’incarne dans un acteur laborieux maquillé comme les membres du groupe Kiss, les extraterrestres se comportent comme n’importe quel soldat de l’armée américaine, sauf qu’ils sont verts (ou gris, ou oranges, ou fushia). 

Rien de tel dans Annihilation. La clé du mystère, dont on ne dira évidemment rien, ne constitue pas, comme c’est généralement le cas, un pot aux roses dérisoire mais une vraie apothéose ou apocalypse (une révélation). On notera en passant que si le film est diffusé sur Netflix, c’est que les producteurs originels ont voulu imposer au réalisateur des modifications (ils trouvaient le film trop intellectuel, ce qui en dit long sur leur intelligence) que celui-ci a refusé. Comme quoi, les gros méchants magnats du capitalisme (Netflix) peuvent aussi parfois constituer un refuge pour la vraie création.

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