Party Girl
4.3Note Finale

Un grand film romantique et romanesque sur la profusion du désir et l’ambiguïté de l’amour.

Les réalisateurs du film Party Girl définissent leur œuvre comme une comédie romantique, un drame social, un film portrait et une fiction-documentaire. En effet, ce n’est pas le moindre des mérites de ce film magnifique de réussir le tour de force d’être tout cela à la fois. Mais, au-delà des tentatives de caractérisation, il s’agit surtout d’un des plus beaux films français de ces dix dernières années. Un film qui s’installe en vous et devient une partie de votre histoire personnelle. Des personnages auxquels on pense à l’improviste, comme nous vient à l’esprit le souvenir d’un ami qui s’impose à nous tout à coup, sans rime ni raison, nous arrachant une larme, un sourire ou simplement le réconfort de se rappeler qu’il existe.

Party GirlParty Girl est centré sur le personnage d’Angélique, soixante ans, hôtesse dans un bar de nuit, confrontée à la demande en mariage d’un ancien client. On ne dira rien du déroulement de l’histoire pour ne pas gâcher le plaisir du spectateur, tant la mise en scène subtile parvient à faire de ce récit intimiste un film d’action haletant qui tient davantage en haleine que n’importe quel thriller.

Non seulement le personnage d’Angélique est passionnant dans ses contradictions et son mystère, mais le film offre aussi une galerie de personnages « secondaires » admirables. Le prétendant d’Angélique, ancien mineur de fond, démontre superbement que l’amour et le romanesque se nichent en chacun de nous et ne dépendent ni du statut social ni de l’éducation. En ce sens, Party Girl est un film politique qui rend un magnifique hommage aux classes populaires, mais sans la moindre lourdeur démonstrative. Il ne s’agit pas de soutenir que les ouvriers sont des gens bien mais qu’ils portent en eux toutes les tragédies de Racine et tous les drames shakespeariens. La famille d’Angélique, ses collègues de travail, les amis de Michel (l’ancien client amoureux), autant de personnalités attachantes, exaspérantes, banales et énigmatiques ; autant d’êtres humains aux prises avec cette tâche impossible consistant à vivre.

On ne trouve dans Party Girl ni misérabilisme (même si les difficultés sociales de la Lorraine sont toujours présentes en filigrane), ni moralisme (enfin un film qui parle des prostituées en ne les travestissant ni en pauvres victimes à plaindre ni en révolutionnaires en lutte contre la bienséance bourgeoise), ni cette irritante volonté (présente dans beaucoup de films actuels) d’assécher les sentiments au nom d’un refus du pathos qui ne génère le plus souvent qu’un ennui profond. Dans Party Girl, on rit, on pleure, on se dit Je t’aime, on ne sait pas si on a plus peur de la mort ou de la vie, et on ne se demande pas si tout cela est convenable.

Superficiellement, le ressort du film réside dans l’hésitation d’Angélique à propos du choix qu’elle doit faire : se ranger des voitures en se mariant à un brave type qui l’aime ou continuer sa vie à la fois monotone et festive dans le monde de la nuit. Mais le film va beaucoup plus loin, il évoque ce noyau de folie, d’irrationalité pure, présent en chacun de nous, si embarrassant et si essentiel. Ce quelque chose, ce je ne sais quoi, cet appel qui ne cesse jamais de résonner en nous et qui nous pousse à fuir même quand il n’y a rien à fuir, à danser même quand il n’y a plus de musique, à boire même quand on n’a plus soif, à sourire aux anges, comme Angélique, devant ce grand rien plein de possibles qu’on appelle La Nuit.

Party Girl est un film écrit et réalisé par Marie Amachoukeli, Claire Burger et Samuel Theis.

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