Metz partage avec la ville du même nom un goût similaire pour la conservation du patrimoine, les cathédrales gothiques, les archipels maçonniques qui ne font pas se déplacer les pin-ups qui leur préfèrent l’outrance des boîtes du sud au soleil gris de la forêt Est-allemande.

Influencés par Big Black, Melvins ou encore The Jesus Lizard, ainsi que les labels mythiques du rock bruitiste des années 80, SUB POP et Touch & Go ; Alex Edkins à la guitare et chant et Hayden Menzies à la batterie forment Metz en 2007 à Ottawa, ville qu’ils évoquent comme une sorte de Washington D.C. canadien. Pas une capitale, mais une ville étudiante décentralisée terreau d’une confrérie musicale construite sur des guitares saturées. Ils partent ensuite pour Toronto, puis investissent Boston, terre promise en Nouvelle Angleterre, où ils sont rejoints en 2008 par Chris Slorach à la basse. Il faut attendre 2012 pour que le groupe enregistre son premier album, mixé par Graham Walsh de Holy Fuck, et produit par Alex Bonenfant, bidouilleur inspiré des néo-gothiques Crystal Castles.

METZ en concert au PIANOS en Août 2012 - NYC. Photo : Emmanuel Leroy

METZ en concert au PIANOS en août 2012 – NYC. Photo : Emmanuel Leroy

En bon architecte, Metz privilégie pour sa musique le travail de structure. « C’est une des raisons qui fait que l’enregistrement de l’album ait pris autant de temps. » Cinq années de dur labeur avant de trouver l’énergie adéquate structurant leur premier essai. Et à première vue, pas facile d’extraire de cette apparente cacophonie bruitiste un single qui les ferait passer de la stricte confidentialité des radios campus au mainstream radiophonique. Pas de Smells Like Teen Spirit accrocheur pour que RTL s’y risque. Et surtout pas d’équivalent en nos terres de Radio 4 en Angleterre. « Nous essayons de faire en sorte que la basse et la guitare sonnent d’une seule voix. » Fidèle à ses origines, Metz bâtit son édifice sur l’énergie plus que sur une ligne mélodique claire.

Quelques morceaux se détachent toutefois du premier album, tels Wet Blanket ou Wasted sur le premier album, singles improbables  construits à base de riffs solides qui ne sont pas sans rappeler Big Black, et surtout Mudhoney, ou même Slug Guts. Sans doute Metz a-t-il d’ailleurs beaucoup en commun avec le label New-yorkais Sacred Bones Records, héritier contemporain de la scène post-Harcore américaine de la fin des années 80, avec en moins le côté néo-romantique dudit label au final très agaçant.

Sur le second album, METZ II, le virage Nirvana est plus assumé. La voix singée de Kurt Cobain, criée, scandée, rappelle l’album Bleach, avec la production d’In Utero, cette même distorsion jouant sur des harmoniques lancinantes à chaque fin de riff ; une fois encore produit par Graham Walsh de Holy Fuck et masterisé par Alex Bonefant. 

Alors comme une petite morgue nostalgique, du temps où le post-Hardcore devint une peste indigeste appelée Grunge, mouvement bâtard emmené par Soundgarden et Alice In Chains qui raflèrent en bon gestionnaire l’après Nirvana, on se pose la question de savoir si l’histoire n’aurait pas tendance à bégayer ? Au début des années 90 les radios crachaient de mauvais hymnes où des guitares bavardes n’en finissaient pas de gémir leur gériatrie hard-rock sur un matelas de cheveux gras. Le mauvais lichen grunge devait autant aux compositions les plus bouffonnes de Mozart qu’à Satriani, son plus vulgaire clown. Le rock allait peu à peu se dissoudre dans la naphtaline et laisser place à la techno. Le rock était mort! Mort clinique en définitive. Le corps du vieillard est revenu à la vie par l’entremise des Strokes, à l’aune des années 2000, au moment où le grotesque eut raison du festin électro.

On sait d’expérience que l’énergie en trop plein devient souvent un dérivatif pour groupes en mal d’inspiration. Metz n’échappe pas à cette règle. Mais jusqu’ici encore, tout va bien.

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