Le Post-Punk, quarante ans après son apparition, est devenu le synonyme de la coolitude absolue. Pas un groupe qui ne s’en réclame aujourd’hui, pas même les plus éloignés du genre. Goat Girl est donc le nouveau fétiche Post-Punk. Poussé à la roue par le label historique du genre, Rough Trade, l’album sortira le 6 avril. Le plus sûr moyen de vérifier tout le bien qu’on pense d’elles.

Le marketing était au cœur du système de création des Sex Pistols. En 1977, le marketing avait terminé de digérer le Punk et son éthique DIY (Do It Yourself). La stratégie de Malcom McLaren, producteur avisé s’il en est, avait parfaitement fonctionné. A peine désormais le cirque Punk donnait-il le frisson à la bourgeoisie de salon. Des échoppes de Camden aux publicités visant la clientèle adolescente, la décadence était une attitude et un slogan normés pour fils et filles de bonne famille, drainant à sa suite des montagnes de billets. Le Punk à genou, une partie de la jeunesse a naturellement trouvé un substitut de contre-culture dans les derniers squats disponibles de Brixton et du Lower East Side, à Londres et à New York. En quelque sorte, le Post-Punk était la récupération de l’éthique Punk par des jeunes bien attifés, sans chiens, dûment peignés et qui surtout ne crachaient pas sur l’acquisition d’un polo rose Lacoste à bon marché. Ça sent l’ancêtre du Graphique Designer à plein nez. Oui, mon capitaine. Et notons qu’une partie importante des groupes de la Britpop se réclamait aussi du Post-Punk. On doute fort que l’un d’entre eux ait un jour développé une conscience de classe autre que celle de voir sa vidéo diffusée sur M.T.V.

S’il fallait faire le parallèle avec un groupe pour décrire Goat Girl on opterait pour Elastica, qui elles aussi évoluaient dans le revival Post-Punk. Aidé par le charisme, le style mais aussi les frasques amoureuses de sa chanteuse avec Damon Albarn (alors chanteur de Blur) et Brett Anderson (Suede), le groupe de Justine Frischmann a connu un fulgurant succès au début des années 90. Victime d’une prospérité un brin forcée (confessons-le), venant en grande partie de la presse musicale anglaise tendance tabloïd (N.M.E.), ce coup de maître s’est donc rapidement transformé en malédiction. Là où Elastica revendiquait l’influence de Wire, jusqu’au plagiat puisqu’elles furent à raison condamnées pour avoir repris Three Girl Rhumba, c’est auprès de Mark E. Smith que Goat Girl a choisi pour sa part de trouver refuge. Le leader historique du mouvement Post-Punk à Manchester, fraîchement décédé, ne s’y était pas trompé, adoubant peu avant sa mort le rock sexy et nonchalant de Goat Girl. Le parallèle avec The Fall ne s’arrête pas là. Il y a dans la poignée de singles de Goat Girl quelque chose de similaire au This Nation’s Saving Grace de The Fall. Les lignes de basse rondes et les guitares incisives de Goat Girl lui doivent beaucoup. Et on ne peut guère aussi s’empêcher de penser à Brix Smith, l’ex-femme de l’impossible Monsieur Smith. Discrète et éclatante, elle a contribué plus que nul autre à assurer sur cet album la transition “pop” de The Fall, mettant enfin Mark E. Smith en phase avec l’esthétique Post-Punk.

Le rock est aujourd’hui ce qu’il a toujours été, une machine à recycler les rengaines du passé. Des Cramps aux Jesus And Mary Chain, au milieu des années 80, on jouait les rockers tout en pillant le répertoire de Bo Diddley et de Charlie Feathers. On ne fera donc pas un procès d’intention à ceux qui usent des mêmes cartouches. Goat Girl est de cette trempe. Quand on les voit, on ne peut s’empêcher de penser aux Slits et aux Raincoats (on trouvera plus méprisant comme comparaison). Et comme The Fall, elles mijotent dans leur chaudron Post-Punk de malicieuses “ballades”, à mi-chemin entre Punk et Krautrock. Rough Trade les a signées sur la foi d’un seul single, Country Sleaze, et d’une poignée de concerts jetés dans le sud londonien en 2016. Le N.M.E et les publications très “tendances” comme Paste se sont aperçus, eux aussi, qu’un petit phénomène était en voie d’apparition. Tous sont dans les starting-blocks pour faire de Goat Girl la sensation du moment. Elles ont d’ailleurs très récemment fait la couverture de BEAT, magazine mainstream ultra-tendance en Angleterre, qui avait fait sa couverture sur Beyoncé le mois précédent. En dépit de son jeune âge, Lottie “Clottie Cream” n’est cependant pas dupe du manège qui se trame. Le cirque médiatique, elle y est préparée. Et Rough Trade les y prépare. Comme le font leurs aînés du Windmill, la salle de concert de Brixton devenue l’épicentre de ce renouveau rock. En compagnie de quelques autres, dont on peut citer les foutraques Fat White Family, Goat Girl revitalise une scène rock internationale devenue atone. On souhaite donc à Goat Girl le meilleur et, en tout cas, une carrière moins éphémère que celle d’Elastica. Alors comme disent les Fat Whites : Champagne (Holocauste)!

Goat Girl sera à l’Espace B le 16 Mai.

L’album est en pré-vente ici.

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