Le trio The Blind Suns nous rappelle que la musique est avant tout cette chose toute simple et magique consistant à se réunir pour produire des sons.

Quand d’autres gens se déplacent pour écouter les sons en question, on appelle cet étrange événement un concert. Souvent, il ne s’y passe pas grand-chose, on se demande pourquoi on n’est pas resté chez soi et on pousse un soupir de soulagement en constatant que le bar est ouvert et qu’on y vend de la bière. Mais quand quelque chose s’y produit, même pendant cinq minutes, on a le sentiment de se trouver exactement là où on doit être et on n’échangerait pas sa place pour un empire. Idéalement, un concert est vraiment réussi quand on finit par oublier que c’est un concert, quand on n’a plus conscience de se trouver debout au milieu d’inconnus en train de se déhancher bizarrement, quand on n’en a d’ailleurs plus rien à faire, d’où on est et avec qui, parce que plus rien ne compte que ce moment-là et ces sons-là. The Blind Suns nous a fait vivre un de ces moments d’intense oubli de soi (comme quand le sexe fonctionne vraiment, en somme) et nous conseillons donc vivement d’écouter leur très bon album Baltic Waves (ainsi que le 5 titres I can sea you) mais aussi et surtout d’aller les voir en concert. Il s’y passe des choses toutes simples et magiques.

Entretien avec Romain et Dorota de The Blind Suns.

Bruit Blanc : Pouvez-vous résumer le parcours du groupe ?

Romain : The Blind Suns a vu le jour en Septembre 2014 suite à nos expérimentations en studio avec Dorota. Nous avons composé et enregistré durant l’été 2014 les 11 titres du premier album Baltic Waves, prévu à l’origine pour être uniquement un projet studio. Suite aux bonnes critiques de la presse et à une demande grandissante sur le live, Jeremy nous a rejoint à la batterie pour travailler un set live.

Bruit Blanc : Pourquoi chanter en anglais ?

Dorota : Je suis d’origine polonaise et mon deuxième langage a été l’anglais, le français est venu en troisième langue plus tard, à partir de 18 ans, quand je suis venue m’installer à Angers. Pour la composition et le chant, l’anglais a donc tout de suite été assez évident et plus facile. Il est cependant possible qu’on expérimente à l’avenir en français également.

Bruit Blanc : Quelle signification donnez-vous au nom du groupe ?

Dorota : The Blind Suns, en français Les Soleils Aveugles, n’a pas de signification claire et intrigue souvent les journalistes. C’est une image assez paradoxale car les étoiles comme le soleil irradient de la lumière, mais l’idée est venue en souvenir des éclipses solaires, elles me passionnent depuis que je suis enfant, j’adore cette ambiance à la fois belle et angoissante pendant l’éclipse quand tout devient obscur en plein jour. C’est un peu le sentiment que j’ai en écrivant et en interprétant notre musique, c’est en même temps solaire et sombre/mélancolique, on essaie également de reproduire cela en concert avec les éclairages scéniques.

Bruit Blanc : On a annoncé mille fois la mort du rock, pourquoi est-il toujours vivant ?

Romain : On a sûrement voulu parler de la mort du Rock comme genre majeur, populaire. On se rend compte aujourd’hui que c’est le cas et que l’audience pour les groupes de rock s’est bien réduite, que les nouvelles générations se tournent plus vers des musiques électroniques et Djs. Mais le Rock reste le Rock et il n’y a aucun plaisir comparable à celui de voir un vrai groupe de Rock transpirer en live, ceux qui savent me comprennent. Je me rend compte aussi que les fans que nous avons et qui assistent à nos concerts sont de plus en plus cultivés, avec une collection impressionnante de vinyles/Cds, donc à défaut de quantité, le public Rock est très qualitatif, c’est un public de vrais passionnés.

Bruit Blanc : Avez-vous des influences revendiquées (nous pensons pour notre part à The Raveonettes) ?

Dorota : Les Raveonettes bien sûr, oui, également The Jesus And Mary Chain, Slowdive, Cocteau Twins, Lush, Mazzy Star. En gros, la scène Shoegaze/Dream Pop 80/90s mais aussi la surf music, psych music des 60’s comme Dick Dale, Wanda Jackson, Les Surfaris, The Velvet Underground.

Bruit Blanc : Quels sont les thèmes principaux abordés dans vos chansons ?

Dorota : Quand on compose, ce sont généralement des périodes où l’on essaie de se couper du monde, de s’enfermer et de ne faire qu’écrire pendant une période très courte. Les textes résultent souvent de cet état d’isolement dans lequel on se met, des souvenirs resurgissent, des choses plus ou moins joyeuses enfouies, cela donne des textes assez personnels, sur des histoires vécues ou des ressentis sur des événements qui nous ont touchés, marqués. Souvent, je me sens soulagé après avoir écrit des morceaux, c’est notre psychothérapie à nous, en fait !

Bruit Blanc : Se retrouver sur scène et devoir faire le show, est-ce plutôt : embarrassant, exaltant, effrayant, banal, surréaliste ?

Romain : Les adjectifs sont bien choisis et il y a toujours un mix de tout ça. Parfois oui, c’est surréaliste, exaltant et un peu effrayant quand on se retrouve dans un pays loin de chez nous, par exemple aux US devant une foule lors d’un festival. D’autres fois, ça devient banal quand on fait une tournée de petits clubs près de chez nous. Embarrassant, ça arrive, quand on joue lors de concerts promo devant des pros qui ont un carnet de notes et qui ne bougent pas d’un poil. Le point commun à tous les concerts c’est l’adrénaline, ça nous rend totalement addicts et on ne peut plus imaginer une vie sans scène aujourd’hui, le reste paraît assez fade quand on rentre.

Bruit Blanc : Pensez-vous qu’il existe une spécificité de la scène musicale française ?

Dorota : Je pense qu’il y a une scène musicale de qualité en France, bien sûr en chanson française qui est la vraie spécificité du pays, mais les autres registres musicaux sont aussi très bien représentés et n’ont, je pense, pas à rougir des scènes anglo-saxonnes, par exemple. C’est grâce à nos infrastructures qui sont excellentes et notre système législatif très favorable pour la culture (l’intermittence du spectacle, par exemple). Coté négatif, il y a quand même le syndrome du groupe français, qui rêve de jouer à l’étranger mais qui n’y va jamais car le confort français est plus agréable ; à l’inverse les groupes anglais ou américains, par exemple, sont beaucoup plus aventuriers et courageux, qui pour certains combinent la vie musicale avec des side-jobs le reste du temps.

Bruit Blanc : Quels sont vos écrivains préférés ?

Romain : Pour moi l’anthropologue/écrivain Carlos Castaneda, qui m’a inspiré la création et l’écriture d’un autre de mes projets musicaux : Eagle’s Gift (le nom du groupe est d’ailleurs le titre du sixième ouvrage de l’auteur). Son œuvre assez onirique raconte son initiation par un mentor yaqui, qui a le pouvoir de faire changer l’état de conscience, devenir un homme de connaissance, capable de vivre en symbiose avec les forces de l’univers. C’est parfois un peu décalé mais inspirant…

Dorota : J’aime aussi beaucoup la poésie française, les classiques comme Freud ou l’univers halluciné de William Blake.

Bruit Blanc : Diriez-vous que vos chansons ont une dimension politique ?

Dorota : Assez rarement. Nous sommes comme beaucoup de gens un peu déconcertés par la politique au niveau mondial, il y a comme un flou général, les médias relatent tout et son contraire, on ne sait plus sur quel pied danser. On préfère parler de choses universelles comme la folie, l’amour, la haine, les éléments naturels. Notre seule chanson « politique » serait Rockerfeller, avec un jeu de mot assez évident dans le titre, et des paroles assez ironiques qu’on vous laisse décoder.

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