N’en déplaise à Simone (de B., NDLR), le 21ème siècle sera australien. La preuve par trois : The Chats, Cosmic Psychos, Amyl and The Sniffers.

Le rock en Australie a des allures de flashback cathodique. Plantons le décor. Nous sommes en 1984 et la série Shérif, fais-moi peur bat son plein à la télé aux Etats-Unis, en France et en Australie, c’est-à-dire partout où les infrastructures offrent le loisir princier de brancher une télévision de forme cubique pour combler le manque criant de spiritualité. Dieu est mort et chaque dimanche après le prêche de Jacques Martin (comique-troupier ancêtre de Laurent Ruquier), les futurs lecteurs de Mediapart (alors âgés de huit ans) se plantent devant leur télé (cubique) pour y vénérer les aventures du Général Lee (pas le héros de la guerre de sécession mais une voiture du même nom, en référence). Il faut dire que le drapeau confédéré n’a pas encore fait sa mue en épouvantail à la gloire de la suprématie de la race blanche et que, sans complexe, on peut s’étaler sur son canapé en rêvant de conduire comme un gue-din (le verlan est en voie d’apparition) la Dodge Charger rouge-orange flamboyante, poursuivi par l’idiot du village, le shérif Rosco. La cause féminine ne battant pas encore son plein sur Twitter (qui n’existe pas, NDLR) les gamins black-blanc-beur des villes et des campagnes rêvent, en matant avec papa-maman les gonzesses carrossées comme la Dodge starifiée, de devenir eux aussi des justiciers rednecks avec queue de rat et djins moule-boule (le style capillaire et vestimentaire des cousins Bo et Luke Duke sera une décennie plus tard adoubé par nos plus vaillants footballeurs).

The Chats, c’est un peu tout « ça » sans la conscience du « ça ». Le vieux Sigmund nous aurait pondu une œuvre complète en 27 Tomes sur le « ça » avec étude de cas clinique et compréhension sémiotique des vers de Smoko (« I’m a smart guy – so leave me alone »). On se contentera quant à nous de vous conseiller l’écoute de ce petit truc qui, parions-le, pourrait durer bien plus qu’un feu de paille dans un champ du Queensland. Les membres de The Chats sont beaucoup trop jeunes pour avoir éprouvé leur premier émoi sexuel en regardant la belle Daisy Duke. Soit. Ils ont malgré tout intégré, sans le savoir, l’esthétique du genre. Et visiblement, ils aiment aussi surfer sur le net (expression volontairement vintage, NDLR), sur YouTube en particulier (le futur du vintage, NDLR) pour y mater (y-a-t-il encore un jeune pour employer ce verbe?) les vidéos décaties de MTV (d’un autre siècle, par conséquent). Bref, comme dans le 1984 du vieux bouc Orwell (le beau c’est laid, le laid c’est beau), les Chats sont une petite bande de jeunes qui s’amusent à reprendre les codes esthétiques des michtons du siècle précédent. Du Punk dans son plus simple appareil rappelant les Buzzcocks de la première époque (celle d’Howard Devoto) pour le dialogue basse-guitare et Sleaford Mods pour l’ensemble de leur œuvre prolo-gueularde.

Autres braillards impénitents et buveurs de bière sans concession, les Cosmic Psychos font figure de maîtres à penser pour les Chats qui en revendiquent l’héritage. D’ailleurs, les papas Cosmic et les p’tits Chats partiront ce printemps en tournée histoire de se raconter des histoires de croque-morts en sirotant à demi éveillés une Heineken chaude dans les backstage d’une salle de concert de Brisbane ou d’Adelaide. On ne le sait malheureusement pas assez en terre gauloise, car « le Punk, c’est chic », mais les Cosmic Psychos sont de véritables légendes au-delà du continent-nation des Kangourous et des Kiwis. Les vieux briscards américains faisant autorité en matière de cheveux sales et de grosses guitares ne manquent d’ailleurs jamais une occasion de saluer leur rock-baston, comme les Melvins par exemple. Leur Fuckwit City est d’office élu, par nos soins, meilleure vidéo-clip de MTV-YouTube des trois dernières décennies (devant Smell Like Teen Spiritdonc.). Bam.

Dans la même veine mais plus proche d’une version carabine du Punk Californien (et donc plus éloigné du rock façon Motörhead des Psychos) nous terminons notre tour d’horizon du rock australien avec Amyl and The Sniffers. Ce qui tombe bien parce qu’on a rien à en dire (et qu’on sent vos yeux se fatiguer). Seule l’invocation du Dieu internet nous a permis par le plus grand des hasards de tomber sur leur 70’s Street Munchies rappelant un peu Joan Jett en version brouillonne (vous savez, « I looo-ooove Rock’n’Roll »). En attendant que vous ayez fini de télécharger les 147 épisodes de Shérif, fais-moi peur, on fait donc une fournée commune avec le Fuckwit City des Psychos et, le temps d’enfiler un fringant patte d’eph, la vidéo amusée d’Amyl and The Sniffers. Sympa Bruit Blanc!

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