Vivien Goldman : Resolutionary (Songs 1979-1982)
3.0Note Finale

Le légendaire Ep de Vivien Goldman, « Dirty Washing », est réédité par Staubgold sous la forme d’un album qui n’a jamais existé – fort heureusement.

Les vinyles, et les rééditions qui les accompagnent, sont frappés de la même malédiction qui a sapé la réputation du CD au siècle dernier. A vouloir trop en faire, on finit surtout par faire n’importe quoi. « Resolutionary (Songs 1979-1982) », sorte de compilation des titres de Vivien Goldman sur une période de trois ans, est à la musique ce que le pudding anglais est à la pâtisserie de luxe. En mélangeant sur un même disque des morceaux enregistrés à des époques (malgré tout) différentes, et surtout avec des groupes et des ambitions distincts, Staubgold a tué la magie d’un Ep (« Dirty Washing ») devenu, à raison, un objet de culte auprès des collectionneurs de Post-punk britannique de la fin des années 70 (soit, musicalement, l’exact contraire de Franz Ferdinand).

Le don d’ubiquité

Au milieu des années 70, Vivien Goldman n’a pas encore 20 ans mais elle a pour elle la faculté d’être là où il faut et une assurance sans faille qui lui permet d’établir des connexions avec la scène Punk florissante de Londres. Elle devient ainsi rapidement l’une des figures de proue de la presse musicale britannique, qui se vend à cette époque, doit-on rappeler, et qui fait même en la matière autorité partout dans le monde. En 1976, Vivien Goldman est missionnée par l’hebdomadaire musical anglais Sounds pour interviewer Patti Smith, elle-même journaliste pour les magazines américains Creem et Rolling Stone, dans son loft New Yorkais qu’elle partage avec une française exilée là-bas, Lizzy Mercier Descloux. La rencontre avec la gourou punk New-Yorkaise exerce une influence décisive sur la jeune britannique. De 10 ans son aînée Patti Smith lui transmet le virus de Rimbaud et du Free Jazz d’Albert Ayler. Le punk n’est pas encore né, officiellement tout du moins, que la jeune génération dont Vivien Goldman fait partie se préoccupe déjà de formes musicales plus audacieuses. Un mois plus tard, elle fait la rencontre de Ari Up, meneuse du combo féministe The Slits, avec laquelle elle se lie d’amitié. Johnny Rotten, qui anticipe en faux-simplet la mort du punk à venir et la naissance simultanée du multiculturalisme façon Post-punk, dont Public Image Ltd sera l’un des groupes leader, devient lui aussi un proche sur la foi des quelques démos sur cassette qu’elle lui transmet par l’intermédiaire de connaissances communes. A la même époque, elle fait aussi la rencontre des Raincoats dont la musique constitue, d’une certaine façon, la matrice du premier Ep de Vivien Goldman.

Vivien Goldman, Dirty Washing (1981)En 1980, Vivien Goldman se lance dans l’enregistrement de « Dirty Washing » qui constitue les 3 premiers morceaux de « Resolutionary ». Trois compositions qui sont dûment influencées par les sonorités et les rythmes syncopés du Post-punk. La production du premier titre, « Launderette », est signée Johnny Rotten qui reprend à l’occasion son vrai nom, John Lydon, alors qu’il entre en studio pour y enregistrer le vibrant « Flowers Of Romance ». Il laisse à Goldman l’opportunité d’utiliser à la fois le studio d’enregistrement, son matériel ainsi que son guitariste Keith Levene. Son ami George Oban du groupe de reggae Aswad prend la basse tandis que Ricky Aspinall des Raincoats se charge du violon. L’inévitable Robert Wyatt est lui aussi de la partie, à la batterie. « Private Armies » et « P.A. Dub » (reprise de « Private Armies » dans un style Dub) sont tous deux produits en deux heures par Adrian Sherwood, le fondateur du label britannique Dub On-U-Sound. Le résultat est à l’image du line-up, mélange mondain de guitares Post-punk et de basses rondes caribéennes sur fond de rythmes africains et punks.

Le Ep paraît en 1981 sur Window Records, le label de Viv Albertine des Raincoats. Il est aussitôt distribué par le prestigieux label Rough Trade puisque Goldman a la bonne idée de partager un appartement avec Geoff Travis, le fondateur dudit label, qui est aussi à cette époque la personnalité la plus courtisée en Angleterre et, accessoirement, la plus accessible pour la myriade de groupes londoniens autoproduits qui le sollicitent afin de diffuser leurs cassettes dans son magasin. La même année, en 1981, les New Age Steppers (Ari Up, Adrian Sherwood, Mark Stewart du Pop Group, Viv Albertine et George Oban) reprennent « Private Armies » sur le premier (véritable) album du groupe.

La simplicité, un art délicat

Il est dommage que Staubgold ait fait un choix inopportun en choisissant de ne pas restituer dans sa forme originale cet instantané de la contre-culture britannique du début des années 80 (qui, par conséquent, se suffisait amplement à lui-même). Car en lui adjoignant deux titres enregistrés avec les (malgré tout) excellents Flying Lizards (le groupe de David Cunningham et de Steve Beresford) plus deux autres titres du médiocre duo parisien Chantage (en compagnie de Eve Blouin) et une interview de 6 longues minutes dont on n’a rien à faire, Staubgold a réussi la prouesse de rendre inécoutable un disque aussi simple d’expression que précieux dans son intention. On aurait évidemment préféré la réédition du single dans sa forme originale, ainsi que celle du premier album des Flying Lizards (sur lequel figurent « Her Story et « The Window ») sous une forme séparée. On aurait aussi apprécié que Staubgold fasse preuve d’esprit en délivrant en vinyle l’authentique reproduction d’une pièce d’histoire musicale, certes modeste, mais terriblement essentielle. Raté.

Vivien Goldman a, depuis l’enregistrement de « Dirty Washing », continué son travail comme journaliste au N.M.E., au Melody Maker et à Sounds. Elle a aussi écrit une biographie de Bob Marley (« Soul Rebel – Natural Mystic » en 1981) ainsi que celle de Kid Creole and the Coconuts en 1984. Elle est aujourd’hui connue pour être la professeur de « Punk » de N.Y.U. (New York University) et donne sur ce sujet de nombreuses  conférences à travers le monde.

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