L’Etat d’urgence et la guerre contre le terrorisme international étant officiellement décrétés, Bruit Blanc fait le point sur la situation militaire de notre beau pays (et de la coalition d’Etats qu’il espère réunir) dans cette guerre totale contre les forces du mal. 

 Peter Howell « The secret war »

Peter Howell a intégré le groupe de recherche musicale et instrumentale BBC Radiophonic Workshop en 1975 avant d’avoir en charge le dépoussiérage du thème de la série britannique culte Doctor Who au début des années 80. Initialement composé par la talentueuse Delia Derbyshire (accompagnée de Dick Mills et Ron Grainer) qui appliqua au générique les recettes de la musique concrète chère à Pierre Schaeffer, le thème sera réinterprété par Peter Howell qui y intégrera le son des synthétiseurs aujourd’hui devenus légendaires comme le Yamaha CS-80, le Arp Odyssey MK3 ou encore le Roland Jupiter-IV.

The Bundles

The Bundles « Pirates declare war »

Ce « super-groupe » (comme l’a surnommé  Jeffrey Lewis) se compose de Jeffrey Lewis, de Kimya Dawson, de Karl Blau, de Jack Lewis (le frère du premier) et de Anders Giffen, soit un joli parterre d’officiants d’une musique faite-main allant de l’anti-folk au label K records. The Bundles intègre très malignement les univers respectifs de chacun des membres de ce « super-groupe » : la voix éraillée et l’écriture quasi-enfantine de Kimya Dawson ; la narration citadine et le phrasé nasillard et Dylanien de Jeffrey Lewis ; les rythmes d’Anders Giffen sur les rythmiques de Jack Lewis. Enregistré sur une période de huit ans, entre 2001 et 2009, l’album rappelle les Moldy Peaches (groupe au sein duquel Kimya Dawson officiait avec son acolyte de l’époque Adam Green) et peut-être aussi les disques de Moe Tucker (batteuse émérite du Velvet Underground) dans les années 80.

, Alexander « Skip » Spence - Oar

Alexander Skip Spence « War in peace »

Avec Rocky Erickson, Alexander « Skip » Spence est sans conteste l’une des figures de proue de la musique psychédélique américaine : d’abord en tant que co-fondateur de Jefferson Airplane (1966) et de Moby Grape (1967), ensuite et surtout pour son album Oar enregistré en quatre jours en 1969 (dont un morceau est présenté dans cette compilation). Au début des années 60, la paranoïa-schizophrénie d’Alexander Spencer est diagnostiquée, une pathologie sans doute aggravée par une consommation massive de stupéfiants, ce qui le conduira à l’internement psychiatrique à la fin de l’enregistrement d’Oar. Un photographe, Jeremy Hogan, le retrouvera dans les années 90 errant dans les rues de San Jose, à demi clochardisé, avec pour tout bagage les plaintes du voisinage pour avoir, semble-t-il, « rôdé » autour des enfants du quartier. Sa musique répond aux canons du psychédélisme avec ses structures mélodiques bancales, une large dose d’écho et de réverbération, un goût certain pour l’expérimentation et les harmonies vocales. Il n’y a guère qu’un Syd Barrett pour l’égaler (le surpasser ?) sur ce terrain folk-psyché. Alexander « Skip » Spence est décédé en 1999 du cancer du poumon à l’âge de 52 ans.

Sniffin' Glue - Mark PerryMark Perry « At war »

S’il existe une légende absolue issue de la culture Do It Yourself de l’après punk en Angleterre, c’est lui, Mark Perry. Il crée tout d’abord un fanzine en 1976, Sniffin’ Glue (And Other Rock’n’Roll Habits), qui devient vite le repère des afficionados de la culture underground du punk naissant. Il  fonde ensuite Alternative TV qu’il mettra en veille prolongée afin de se consacrer pleinement à l’expérimentation musicale au sein de The Good Missionaries, The Door and the Window, The Reflections ou encore Lemon Kittens en compagnie de Karl Blake et Danielle Dax. En 1980 sort son premier essai en solitaire, dont nous présentons ici un titre, qui constitue l’une des pierres angulaires de la musique londonienne de ce début des années 80 : semi-improvisée, dopée à l’énergie punk et aux syncopes funk, guitares faussement brouillonnes et structures mélodiques rappelant celles du free jazz … Essentiel.

T.R.A.S.E

T.R.A.S.E « War machine »

On ne savait pas grand-chose de T.R.A.S.E – Tape Recorder And Synthesiser Ensemble – avant que le label Finders Keepers en exhume les cendres. Le projet musical d’Andy Popplewell, un adolescent de 16 ans qui enregistra en 1981, sur cassette, une poignée de morceaux à l’aide d’un synthétiseur fait-main, est en réalité le projet parallèle à ses cours de sciences et de menuiserie au lycée. Sa musique est une suite de pièces synthpop naïves touchant en plein cœur l’univers robotique de la pop synthétique des années 70 et 80. Le résultat est étonnant de fraîcheur et peut rappeler, à certains moments, la musique de Gary Newman ou l’électronique angoissante de John Carpenter.

Comicopera - Robert Wyatt

Robert Wyatt « A beautiful war »

Robert Wyatt est l’exemple parfait pour se convaincre qu’il serait bien dommage de ne pas vieillir. Partant de Soft Machine, soit une bouillie de titres aussi épiques qu’indigestes dont les qualificatifs (prog-rock, jazz fusion) suffisent à eux seuls pour déclencher un vomissement incontrôlé, Robert Wyatt a entamé au tout début des années 70 une carrière solo qui lui octroie aujourd’hui le droit d’exercer ses talents au sommet de l’Olympe des musiciens. Denses, exigeants, à l’émotion sophistiquée, au pathos digéré, les albums tardifs de Robert Wyatt (comme celui-ci, paru en 2007 sur Domino Records) sont à ranger parmi les classiques du genre (parmi lesquels figure Scott Walker). Dans « A beautiful war », Robert Wyatt se permet l’audace de ne pas prononcer une seule fois le mot « war » mais de répéter inlassablement : « what a beautiful day ». Classe.

William Onyeabor - Who is...

William Onyeabor « Why go to war ? »

William Onyeabor publia huit enregistrements, tous autoproduits, entre 1977 et 1988, mixant le groove tonique de l’afrobeat, le son rétro-futuriste des synthétiseurs des années 70 et les chœurs de la soul américaine. Après cette série de disques, William Onyeabor est devenu l’enfant chéri des curateurs de la musique sur internet avant qu’il ne soit exhumé, de son vivant, par le label de David Byrne, Luaka Pop. De nombreuses histoires circulent sur son compte : Onyeabor aurait étudié le cinéma dans l’ex-Union Soviétique avant de retourner au Nigéria dans les années 70 pour y monter une maison de production dans le cinéma. Ses musiques seraient, dit-on, un pis-aller suite à l’échec de ses tentatives répétées de créer sa maison de production de films. D’autres prétendent que ses musiques étaient initialement destinées à devenir la bande-son de ses propres films. Personne ne sait véritablement de quoi il retourne exactement car l’intéressé, depuis sa conversion au christianisme, refuse opiniâtrement d’évoquer cette période de sa vie. Toujours est-il que William Onyeabor est sans doute la plus belle réponse de l’Afrique à l’Amérique de Curtis Mayfield.

Milk From Cheltenham

Milk From Cheltenham « What about air war ? »

Milk From Cheltenham est une légende de la musique DIY et Triptych of Poisoners un disque incontournable pour tout fan des Swell Maps (et des illustrations de pochettes faites à la maison). Initialement paru en 1983 sur le label de Jim Welton (The Homosexuals, Amos and Sara, The Just Measurers, ….), l’album est aujourd’hui réédité sur l’excellent label de San Francisco Superior Viaduct (qui réédite dans la foulée l’album de Jim Welton plus connu sous le pseudonyme de L.Voag). Indispensable.

The Red Krayola - The Parable of Arable Land

The Red Krayola « War sucks »

S’il y avait un concours de longévité pour les groupes de rock psyché expérimentalo-engagés, The Red Krayola figurerait à coup sûr parmi les finalistes. Cette structure à géométrie variable emmenée par Mayo Thompson, sans doute son seul membre permanent, s’est forgée une belle réputation de réunion de gauchistes revendiqués du type Noam Chomsky (voir en particulier leur album en compagnie de Art and Language) et d’avant-gardistes notoires en se faisant une règle de brouiller la trajectoire mélodique des chansons. « The Parable of Arable Land », l’un de leurs classiques de 1967 dont est extrait « War sucks », est à l’image de leur musique : foutraque et jouissive.

Catherine Ribeiro + Alpes - Paix

Catherine Ribeiro + Alpes « Paix »

En 1963, Catherine Ribeiro fait la rencontre de Patrice Moullet sur le tournage du film de Jean-Luc Godard, Les Carabiniers, dont il tient le premier rôle. Moullet formera le groupe Alpes afin de donner corps aux poésies engagées de Ribeiro. Souvent comparé par les anglo-saxons à Brigitte Fontaine ou encore à Nico, le groupe brille avant tout par la qualité de ses instrumentaux (en particulier l’ingéniosité sonore de la rythmique) qui doivent beaucoup au Krautrock de Can, Neu ! et Faust. Si le lyrisme très emphatique de Ribeiro peut s’avérer usant, en revanche, la musique de Alpes permet d’en surmonter les plages militantes et de prendre l’altitude qui convient.

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