Un arrêt du Conseil d’État du 1er juin 2015 a retiré son visa d’exploitation au film d’horreur « Saw 3D Chapitre final », suite à la plainte de l’association « Promouvoir », organisation qui se donne pour objectif « la promotion des valeurs judéo-chrétiennes dans tous les domaines de la vie sociale ».

En 2000, l’exposition « Présumés innocents » est attaquée en justice par l’association de protection des enfants « La Mouette ». La même année, le Conseil d’État retire son visa d’exploitation au film « Baise-moi » de Virginie Despentes et Coralie Trinh Thi suite, déjà, à une plainte de Promouvoir, association décidément très déterminée puisqu’elle obtiendra aussi en 2014 la modification des visas d’exploitation du film « Nymphomaniac » de Lars Von Trier.

En 2002, le roman « Rose bonbon » est l’objet de plaintes émanant de deux associations de protection de l’enfant, « Enfant bleu » et la « Fondation pour l’enfance » et en 2013, le Fond régional d’art contemporain de Lorraine est condamné pour son exposition « Infamilles » du fait d’une plainte de l’ « Agrif », association militant « pour le respect de l’identité française et chrétienne ».

En 2014, l’association « Osez le féminisme » part en guerre contre la sculpture « The kiss » installée sur l’esplanade du Mémorial de Caen, tandis que la photographe Diane Ducruet annule une exposition suite à des menaces émanant notamment de personnes se réclamant d’associations luttant contre l’inceste.

On pourrait continuer la litanie d’exemples mais ce qui ressort clairement c’est le rôle prédominant des associations privées dans cette offensive contre la liberté artistique. Ce ne sont pas seulement des groupes de pression classés à l’extrême-droite mais des associations de toutes sortes et particulièrement des groupes se donnant pour objet la protection de l’enfance, notion éminemment vague et susceptible de quantité d’interprétations.

Cette situation devrait nous amener à nous interroger sur le privilège exorbitant qui a été conféré à ces associations le plus souvent groupusculaires de se porter partie civile et de pouvoir porter plainte en justice alors qu’elles n’ont subi aucun préjudice. Cette capacité juridique de porter plainte contre quelqu’un qui ne nous a rien fait a été confirmée par plusieurs décisions de justice, par exemple l’arrêt de la Cour de cassation du 26 septembre 2007 qui stipule qu’ « une association peut agir en justice au nom d’intérêts collectifs, dès lors que ceux-ci entrent dans son objet social ».

On comprend à quel point les « intérêts collectifs » au nom desquels une association composée de dix personnes a le droit de porter plainte en justice peuvent être larges si celle-ci décide de se donner comme but « l’Enfant », « la Femme », « la France » ou « la Vie ».

Les capacités de nuisance de ces associations ont été encore renforcées par l’introduction comme motif possible de censure dans le Code du cinéma en 2009 de la notion d’ « atteinte à la dignité humaine » qui permet potentiellement d’interdire à peu près n’importe quoi selon l’idée que l’on se fait de cette dignité.

On n’ira pas jusqu’à recommander de se procurer par tous les moyens le film « Saw 3D » parce que, franchement, c’est pas terrible. Mais il en va des films comme des livres et « Les mauvais livres sont des livres et, pour cette raison, ils sont sacrés » (Günter Grass).

2 Réponses

  1. Vive la France ? | Bruit Blanc

    […] en 2012. Cette tribune protestait contre la mise en examen du chanteur du groupe ZEP, suite à une plainte de l’Agrif (Alliance générale contre le racisme et pour le respect de l’identité française et […]

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