La course à l’élection présidentielle est depuis quelques mois lancée aux États-Unis et les candidatures se bousculent désormais du côté Républicain. On compte aujourd’hui 12 candidats officiellement déclarés – plus 4 qui se grattent la tête – parmi lesquels en vrac : Jeb Bush (la famille avant tout), Rand Paul (le suicidaire qui veut éliminer toute forme de gouvernement), Ted Cruz (le benêt qui ne peut s’empêcher d’entrer quelque part quand il voit de la lumière), Marco Rubio (le latin-lover ayant la bosse du commerce) et… Donald trump (le milliardaire en goguette) : « Je vais être le plus grand président que Dieu ait jamais créé ! ». Ok.

« I’m gonna make our country great again »

Politiquement, Donald Trump est Républicain sans étiquette si ce n’est celle d’être à la droite de la droite et de faire passer ses affaires avant celles des autres, bien qu’il s’en défende. Il se décrit aussi comme quelqu’un de bien, malgré ce qu’on en dise, et prend à témoin sa famille sur le côté de la scène. C’est vrai qu’il aurait tort de se priver.

Pour le reste, c’est un homme d’affaire ayant fait fortune dans la construction et l’immobilier où figurent parmi ses principales réalisations : la Trump Tower (en plein cœur de Manhattan), 40 Wall Street, un complexe à Miami, des ponts, d’autres buildings dans le monde entier, … et tout un tas de choses allant de Miss Univers à une ligne de sous-vêtements vendus chez Macy’s (équivalent américain des Galeries Lafayette). Forbes estime sa fortune personnelle à 4 milliards de dollars. Donald Trump se montre quant à lui bien plus généreux en présentant à un public amouraché sa déclaration de « patrimoine » dont l’estimation s’élève à 8 milliards de dollars, « net worth », hors immobilisations.

Pour faire court, Donald Trump, c’est le Bon, la Brute et le Truand. Soit respectivement : Nicolas Sarkozy pour faire croire qu’il a lu Jaurès ; Jean-Marie Le Pen pour le style tout en balayette ; Bernard Tapie pour le tempérament carnassier.

Le Bon : Nicolas Sarkozy.

Disons-le franchement, en 2007, comme tout le monde, vous êtes un peu tombés dans le panneau des couplets de Nicolas Sarkozy fustigeant le capitalisme et la dérégulation financière. Un peu, passionnément, à la folie, mais certainement pas « pas du tout ». C’est qu’il avait Henri Guaino pour lui écrire ses discours. Le style Trump est un peu pareil, quoique plus incisif, sans littérature ni fioriture.

Son style à lui consiste à ne pas y aller par quatre chemins, à parler avec les poings, et à faire de la réussite dans les affaires l’élément crucial de la vie d’un homme. On reconnaît bien là le punch imbattable de l’ancien président, son amour immodéré pour les montres de taille indécente, son esprit frondeur et sa modestie exubérante lorsqu’il s’agit de laisser poser sa femme devant les photographes sur un délicieux tapis d’orient. Comme Carla Bruni, Melania Trump est un petit écrin que l’homme d’affaire ne manque jamais de convoquer dans ses apparitions publiques. La comparaison ne s’arrête pas là.

Avec une modestie impayable, il déclare : « Je suis pour le libre marché. Mais le libre-échange peut être un enfer sans bons négociateurs ». Et le seul négociateur habile, forcément, c’est qui ? C’est bibi. Enfin, c’est lui. Cela rappelle évidemment autre chose :

« L’idée de la toute puissance du marché qui ne devait être contrarié par aucune règle, par aucune intervention politique, était une idée folle. L’idée que les marchés ont toujours raison était une idée folle » déclarait Nicolas Sarkozy à Toulon en 2008.

Pour Ford, qui implante une usine au Mexique dont la valeur est estimée à 2,5 milliards de dollars, la solution Trump est simple et directe : « Moi président, j’appellerai Ford et je leur dirai que toute voiture qui passe la frontière sera désormais taxée à 35% ». Bon, là, effectivement, cela rappelle dans sa formulation un autre président. Le pire, c’est qu’on a du mal à lui donner complètement tort. Mais il est vrai qu’on a tous dans le cœur quelque chose de Tennessee, ou de Poujade, ça dépend des cultures.

La Brute : Jean-Marie Le Pen.

En parlant de Poujade. Tout cela nous amène droit à celui que l’on montre du doigt, la «  bête infâme », Jean-Marie Le Pen, que même ses enfants ont fini par rejeter tellement il est laid. Et sur ce terrain, Trump surclasse n’importe qui, même le vieux leader du Front National avec ses enfantillages sur la Shoah. Partant de constats généraux, en douceur, tels que : « Les États-Unis sont devenus la décharge pour les problèmes des autres », ou encore, « La Chine et le Mexique ont pris tous nos emplois », il ne tarde pas à renchérir dans un style un peu plus musclé. En voici un petit florilège :

« Quand le Mexique nous envoie des gens, ils n’envoient pas les meilleurs. Ils envoient des gens qui ont beaucoup de problèmes. Et ils viennent avec tous leurs problèmes. Ils apportent la drogue. Ils apportent le crime. Ce sont des violeurs ! Quelques-uns, je suppose, sont de braves gens. […] Je construirai un mur à la frontière sud et je ferai payer les Mexicains pour ça ! ».

Plus loin encore à propos de la Syrie :

« Les Islamistes gagnent du terrain au Moyen-Orient et je suis en compétition avec eux ! Ils deviennent riches et viennent de construire un hôtel en Syrie ! Vous y croyez ? […] Isis a le pétrole maintenant ! Nous aurions dû leur prendre ! »

C’est la morale façon Trump. On a hâte qu’il ait en charge la politique extérieure américaine.

Le Truand : Bernard Tapie.

Nicolas Sarkozy a très largement fait la publicité de ses accointances dans le monde des affaires et a vendu cette proximité comme une qualité : Vincent Bolloré, Bernard Arnault, Martin Bouygues, Serge Dassault, Patrick Kron, Arnaud Lagardère, Henri Proglio, Michel Pébereau… enfin les potes du Fouquet’s quoi ! Mais pourquoi préférer la copie à l’original ? Tapie, c’était tout de même autre chose. No limit ! Dans les années 80, Tapie c’était comme un rail de coke qui vous faisait croire qu’en deux jours vous seriez riche, avant de vous laisser sans emploi la queue entre les jambes. Bernard Tapie a sans doute fait plus de fois faillite dans sa carrière qu’il n’a créé d’emplois. Toujours est-il qu’il a fait plonger toute la gauche Mitterandienne et qu’il s’est offert un portefeuille de ministre.

Avec le même cynisme, Donald Trump se vante d’avoir utilisé autant de fois que nécessaire les lois américaines sur la protection contre les faillites afin de faire fructifier ses affaires. Il ne s’en cache pas, et son compte Twitter est rempli de ce genre de commentaires.

Enfin, ce qui rapproche encore davantage Trump de Tapie, c’est la considération qu’il a pour la politique. S’il se présente comme un homme venu à la rescousse de l’Amérique en danger, c’est comme homme d’expérience et comme homme d’affaire, non comme un homme politique, cette lie de l’humanité.

« Les politiciens n’ont que des mots. Ils n’agissent pas. Croyez-moi, ils ne nous mènent pas à la Terre Promise ! Ils ne referont jamais une grande Amérique […] car ils sont totalement contrôlés par les Lobbyistes […] et les intérêts particuliers. Moi aussi, j’ai des Lobbyistes qui peuvent faire n’importe quoi pour moi. Mais ça n’arrivera pas ! […] Nous avons besoin d’un grand leader qui ramène nos emplois, notre industrie, qui prenne soin de nos vétérans ».

Du Tapie tout craché. Ah ! La France aux entrepreneurs ! qui ont tout compris à la vie des gens. Doper l’électorat à la mescaline du succès avant de les faire redescendre lentement sous Prozac pour faire l’inventaire des dégâts.

Mais Trump sait aussi se faire poil à gratter. Sans croire tout ce que ses dents de requin peuvent raconter, force est de constater que la mainmise des Lobbies et des donateurs privés sur la politique américaine n’est un secret pour personne. Et il est vrai que la fortune de Trump lui permet de se passer de ce soutien pécuniaire et de se mettre à l’abri des financiers et des Lobbies. Rien ne dit, en revanche, qu’il le fera. Car les milliards c’est comme les enfants, certes on s’en séparerait bien, mais une fois habitué il est dur de s’en débarrasser.

Enfin, finissons par rendre justice aux américains et précisons que Donald Trump est, de ce côté de l’Atlantique, un sujet de plaisanterie plus qu’un candidat sérieux, et qu’il est crédité de moins de 4% dans les sondages. Reste à fédérer les mécontents, par conséquent, méthode frontiste déjà bien éprouvée. Ça peut marcher, et pas que sur un malentendu.

6 Réponses

  1. Emmanuel Leroy

    Depuis l’annonce de sa candidature Donald Trump est crédité de 11% d’intention de vote pour les primaires Républicaines. Alors? Donald Président? Ça serait un bon cadeau que nous ferait l’Amérique!

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  2. Emmanuel Leroy

    Pas de doute, Donald Trump sait faire le Buzz : outre s’être mis à dos l’intégralité du continent sud-américain avec ses déclarations sur l’immigration (voir ci-dessus), c’est aujourd’hui un évadé mexicain dénommé El Chapo, chef d’un des cartels de la drogue les plus dangereux du Mexique, qui jure qu’il aura sa peau. Les aventures de Donald continuent.

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  3. Nestor Burma

    Les aventures de Donald continuent. Trump sera très probablement le candidat Républicain à l’élection présidentielle. Et ce ne sera pas sur un malentendu. Minnie Hillary n’a qu’à bien se tenir.

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  4. Election américaine, le peuple se rebiffe | Bruit Blanc

    […] Les médias avaient choisi leur camp. Ce qui ne rend pas Donald Trump plus fréquentable pour autant (cela, au moins, on le savait déjà). La mise à nu de ses frasques en tant qu’homme d’affaires avisé échappant au Fisc, la brutalité de ses déclarations, ne font qu’entériner une situation de fait : Donald Trump roule pour lui-même, dopé à la mescaline d’un Ego surdimensionné. […]

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