La Grèce, 11 millions d’habitants (339 millions pour tous les pays de la zone euro), 1,6 % du PIB de l’Union Européenne, plus fort taux de chômage de l’Union Européenne (27 % de la population active), représente un danger majeur pour l’ensemble de l’économie mondiale.

C’est ce que laissent entendre de façon de plus en plus insistante les commentaires alarmistes d’économistes, de journalistes et de responsables politiques au fur et à mesure que la tension monte autour des négociations entre la Grèce et ses créanciers (Commission européenne, Banque centrale européenne, Fond monétaire international). Ainsi, au cours du G7 qui se tenait en Allemagne les 7 et 8 juin 2015, le président des États-Unis, Barack Obama, a-t-il mis en garde les européens contre les risques de « volatilité indue » des marchés financiers engendrés par les atermoiements dans les négociations. Le premier ministre canadien, Stephen Harper, insistait quant à lui sur « la nécessité de résoudre la crise grecque » tandis que plusieurs représentants du gouvernement américain sonnent le tocsin depuis des mois contre les risques de cataclysme économique mondial en cas de défaut de paiement de la Grèce. Le secrétaire américain au Trésor, Jacob Lew, a déclaré dans un discours à la London School of Economics : « Personne ne doit avoir l’illusion ou la certitude de connaître et maîtriser les conséquences d’une crise grecque ».

L’heure est grave, visiblement, et cette angoisse devant les difficultés de remboursement d’un tout petit pays comme la Grèce suffit à elle seule à démontrer l’absurdité complète du système économique et financier international actuel et la nature profondément dangereuse de cette mondialisation qu’on nous vend comme l’horizon ultime de l’humanité.

Face à cette situation qu’on nous présente donc comme gravissime, la Commission européenne et le FMI se chamaillent allégrement (bien qu’en catimini), la première demandant au FMI de se montrer moins exigeant sur la « réforme » des retraites en Grèce et la hausse de la TVA, tandis que le FMI presse la Commission d’accepter une renégociation de la dette grecque ; l’une et l’autre pouvant ainsi se targuer d’être simultanément bienveillants et exigeants avec les grecs (mais pas sur les mêmes sujets, ce qui empêche tout accord). Rappelons que les pensions de retraite ont diminué en Grèce de 44 % depuis 2010 pour les retraités du régime général et de 48 % pour ceux du secteur public. Le FMI demande que la Grèce augmente l’âge de la retraite à 67 ans et baisse de 100 euros la pension de retraite minimum qui est actuellement de 486 euros.

Pendant ce temps, le premier ministre du Royaume-Uni, David Cameron, fait une tournée en Europe. Il s’agit pour lui d’obtenir des pays de l’Union Européenne un certain nombre de concessions en vue du référendum sur la sortie du Royaume-Uni de l’UE que Mr Cameron s’est engagé à organiser. Il a clairement indiqué que s’il n’obtenait pas gain de cause auprès de ses partenaires européens, il ne ferait pas campagne pour le maintien du Royaume-Uni dans l’Union Européenne. On pourrait s’attendre à ce que les dirigeants européens réservent un accueil glacial à ce premier ministre britannique encore plus « europhobe » que cette infâme canaille gauchiste d’Alexis Tsipras, le premier ministre grec. Eh bien non, on assiste au contraire à un concert de déclarations lénifiantes pleines de compréhension à l’égard de Mr Cameron, y compris de la part de l’intraitable Angela Merkel qui a déclaré « On ne peut pas dire qu’une modification des traités soit absolument impossible », alors même qu’elle a toujours présenté l’hypothèse d’une telle modification comme une ligne rouge non négociable.

Un petit détail : alors que David Cameron cède à la pression du parti xénophobe UKIP (Parti pour l’indépendance du Royaume-Uni) qui s’en prend aux immigrés d’Europe de l’est, le gouvernement Tsipras défend en Grèce la naturalisation des enfants issus de l’immigration. Mais cela n’empêche pas les « modérés » de toute l’Europe de continuer à fustiger le « populiste » Tsipras tout en faisant risette au « responsable » Cameron.

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