Rachel Dolezal, présidente de la branche locale de la National Association for the Advencement of Colored People (N.A.A.C.P.) pour la ville de Spokane, la seconde plus grande ville de l’État de Washington dans le Nord-Ouest des États-Unis, a brutalement fait la Une des journaux américains après après avoir été dénoncée par ses parents dans une conférence de presse très orchestrée. Ruthanne et Lawrence Dolezal ont en effet révélé que la responsable et militante des droits civiques afro-américains usurpait depuis 8 ans une identité qui n’était pas la sienne, en prétendant être noire.

Aujourd’hui âgée de 37 ans, c’est une petite fille blanche, blonde, aux yeux bleus, qui a grandi au cœur des montagnes du Montana parmi une fratrie de 4 enfants noirs adoptés, et d’un frère biologique blanc prénommé Joshua. L’arrivée des 4 enfants noirs dans la famille, sur une période où Rachel Dolezal est âgée de 15 à 17 ans, produit chez elle « une sorte d’engouement», rapporte son oncle. La famille est décrite comme étant de parfaits hippies proches de la nature et terriblement dévots. A table, la lecture des évangiles est quotidienne et il faut attendre la fin d’un prêche souvent interminable pour que le repas débute. Rachel Dolezal a d’ailleurs affirmé à des étudiants de l’Eastern Washington University, où elle travaillait peu avant que le scandale éclate, qu’elle avait grandi dans un tepee. Ce que son oncle Daniel Dolezal dément. Il rapporte que si un tepee a bien été construit dans les années 70 dans le jardin familial, il s’agissait en réalité d’un espace de jeu à destination des enfants, et en aucun cas d’un lieu de vie. Petit mensonge dans une liste qui n’en finit pas de grandir.

« Comme une chanson Noire chantée par un blanc»

Race rights activist accused of "pretending to be black" by her parents.

Photo de Rachel Dolezal adolescente.

Au début des années 2000, elle déménage à Jackson (Mississipi) afin d’y suivre ses études. Elle se rend régulièrement aux prêches de John M. Perkins, dans une confrérie religieuse dont il est le pasteur, et participe aux débats sur « la réconciliation raciale et de la justice sociale ». Rachel Dolezal s’y montre très enthousiaste. Elle suit parallèlement un cursus universitaire dans une petite école chrétienne de la même ville, le Belhaven College. Ronald Potter, le beau-frère de Spencer Perkins – fils du pasteur – décrit en ces termes le moment de sa rencontre avec Rachel Dolezal : « Elle m’a tout de suite donné l’impression d’être une femme noire prisonnière dans un corps blanc, […] comme une chanson noire chantée par un blanc». Mais elle est encore à cette époque « blanche comme la neige », et celui-ci d’ajouter : « Je ne me doutais pas qu’un jour son âme rencontrerait son corps » (The New York Times).

Rachel Dolezal obtient finalement son diplôme à Belhaven en 2000 et se marie la même année avec un afro-américain, thérapeute sportif, Kevin Moore. Elle ne tarde pas à déménager avec lui à Washington D.C. où elle s’inscrit aux Beaux-Arts à Howard University, l’une des plus prestigieuses universités noires, surtout connue pour être un site historique du combat pour les droits civiques des noirs aux Etats-Unis. Durant cette période, comme à Belhaven, son travail artistique se focalise sur la question de la réconciliation raciale et du droit des minorités.

Elle obtient son Master en 2002 et un premier incident survient. Elle poursuit en justice, sous son nom d’épouse, Rachel Moore, Howard University pour discrimination en raison de ses origines raciales (blanches), de son sexe et du fait qu’elle est enceinte. Son travail artistique aurait été censuré, et sa demande pour obtenir un poste d’assistante ainsi que sa bourse d’étude refusées, au motif qu’elle est blanche. Selon le dossier de plainte rapporté par The Smoking Gun, elle déclare qu’il lui aurait été rétorqué par des responsables de l’administration de Howard University : « Qu’étant blanche, elle avait probablement des proches susceptibles de l’aider à payer sa scolarité. ». L’affaire sera classée sans suite pour absence de preuves.

Le couple déménage alors pour l’Idaho, à Cœur d’Alene, puis divorce en 2005. Là, elle continue à militer pour les droits des afro-américains et commence à répandre dans la ville l’idée qu’elle est métisse, fille d’une mère blanche et d’un père noir. Elle défend ardemment la cause des afro-américains et ce militantisme la mène à multiplier les plaintes pour discrimination auprès de la justice américaine. Tony Stewart, un ancien professeur de l’Idaho College, où elle enseignait, se rappelle d’elle comme d’une militante des droits civiques qui ne fait aucun mystère de son origine raciale, afro-américaine, ce qu’il n’a d’ailleurs pas cessé de croire jusqu’à ces derniers jours.

Elle part alors en 2008 dans le Nord-Ouest des États-Unis, à Spokane, Washington State. Son apparence change. Elle n’est plus blonde mais elle a les cheveux bruns-marrons, les fait friser, et se fonce la peau pour paraître moins blanche. A Spokane, elle commence par rejoindre un groupe de volontaires, au sein du conseil municipal de la ville, qui assure une veille pour les affaires mettant en cause des policiers et des personnes issues des minorités. En remplissant la fiche d’identité où figurent les informations sur la race, informations classiques aux États-Unis, elle se définit désormais comme noire, avec toutefois une ascendance amérindienne. Elle devient parallèlement intervenante à la Eastern Washington University où elle anime un cours d’études africaines, puis devient présidente de la NAACP, la très puissante National Association for the Advencement of Colored People, où elle multiplie là encore les plaintes pour discrimination raciale.

Des parents germains

A cette époque, elle recueille l’un de ses frères noirs adoptifs, qu’elle ne tarde pas à faire passer pour son fils naturel à côté de son autre enfant, légitime celui-ci. Elle présente aussi autour d’elle un ami afro-américain comme son père. C’est alors que ses parents vont la dénoncer comme étant blanche. Ruthanne et Lawrence Dolezal confessent publiquement son origine : certes des ancêtres européens (Allemands et Tchèques) et natifs américains, en revanche, pas le moindre signe d’ascendants afro-américains.

Les motivations de la famille sont pour le moins aussi troubles que le sont celles de Rachel Dolezal à prétendre être noire. Un élément scabreux semble pourtant en constituer le mobile. Rachel a en effet aidé au montage d’un dossier de plainte contre son frère naturel, Joshua, alors âgé de 19 ans, pour le viol de l’un des enfants adoptés de la famille Dolezal. Cette sombre histoire de famille, dont le procès approche, pourrait constituer le déclencheur de la guerre médiatique que se livrent Rachel Dolezal et ses parents, ces derniers cherchant à décrédibiliser leur fille pour protéger leur fils. Rachel n’entretient d’ailleurs plus à ce jour, et ce depuis son départ pour Cœur d’Alene, aucune relation avec ses proches, y compris son frère et son oncle.

Procédurière maniaque

Toujours est-il que depuis la plainte contre Howard University, Rachel Dolezal est progressivement devenue une habituée des tribunaux.

En tant qu’épouse, tout d’abord, elle a multiplié les allégations auprès de ses proches, et en particulier de son frère, Joshua, concernant de supposées violences conjugales et sa séquestration par son ex-mari. Puis à Spokane, où elle a porté plainte contre lui pour maltraitance à l’encontre de son fils, lorsque celui-ci est revenu un jour d’une visite chez son père avec un hématome sur le corps. En tant que présidente de la NAACP, ensuite, où elle s’est taillée une réputation de femme forte en multipliant les plaintes pour discrimination raciale auprès de la juridiction de Spokane.

Aujourd’hui, elle est suspendue de son poste consultatif au conseil municipal pour avoir maquillé des faits relatifs à des cas de discrimination raciale et pour avoir menti sur son origine raciale. Elle a aussi démissionné de son poste de présidente de la NAACP et la totalité des cas où elle s’est portée partie civile sont aujourd’hui abandonnés faute de preuves. Aucune des actions en justice entreprises par Rachel Dolezal n’a d’ailleurs jamais abouti. Quant à la NAACP, elle s’est déclarée soulagée de sa démission car « les allégations portées [à l’encontre de Rachel Dolezal] menaçaient la crédibilité de l’organisation toute entière ».

« Rien de la race blanche ne peut me définir »

Beaucoup ont fait le lien entre Rachel Dolezal et Bruce Jenner, champion sur l’épreuve du décathlon en 1976, héros pour avoir battu les Russes en pleine guerre froide sur le terrain olympique, mais aussi connu pour être le père des sœurs Kardashian et avoir changé de sexe en 2015, devenant ainsi Caitlyn Jenner. Rachel Dolezal se décrit d’ailleurs elle-même comme « transraciale ».

Dans une interview confession sur MSNBC, elle affirme que « Rien de la race blanche ne peut me définir. Je suis davantage noire que blanche en terme de valeurs et d’expérience ». Elle poursuit : « J’ai de l’empathie [pour Caitlyn Jenner] et je partage le sentiment de me sentir incomprise et isolée ». Si elle n’est pas la première a se définir de cette façon, en revanche, le terme « transracial » est le plus souvent associé aux enfants noirs qui ont grandi dans une famille blanche, et donc dans un environnement culturel différent de leur immédiate apparence.

Rachel Doelzal aurait pu tout aussi bien être suprématiste blanche

En s’inventant une identité afro-américaine, Rachel Dolezal a en fait renié tout ce dont elle a eu la charge au sein de la NAACP. Elle aurait pu tout aussi bien être suprématiste blanche. Sa démarche et son engagement militant procèdent du même raisonnement. Trois raisons peuvent le justifier :

Si Rachel Dolezal s’est identifiée aux noirs américains c’est parce qu’elle voulait bénéficier d’une visibilité relevant, selon elle, d’une condition sociale désirable. Elle a modifié son image, persuadée qu’elle obtiendrait de ce stigmate une nitescence sociale. Dans une logique tout à la fois similaire et opposée, Johnny Cash s’est rendu célèbre pour offrir dans les années 60 et 70 un visage aux cul-terreux blancs ruraux de l’Amérique qui, dans les deux décennies qui suivirent le combat pour les droits civiques et l’émancipation sociale, étaient devenus les vrais oubliés des médias américains. La différence avec Rachel Dolezal, c’est qu’elle a davantage oeuvré pour elle-même que pour les autres, en captant l’héritage des martyrs de l’esclavage.

En affirmant ensuite que « l’hérédité n’est pas l’identité », elle produit un mensonge qu’elle détourne là encore à son avantage. Car les afro-américains constituent bel et bien un groupe socio-culturel à part entière définit à la fois par : un principe ethnique (les origines africaines) ; un principe historique (de l’esclavage à la marche pour l’égalité ; ils sont également du point politique plus proches des américains blancs qu’ils ne le sont des africains) ; un déterminant biologique (être noir). Le combat des afro-américains a toujours consisté à faire accepter et reconnaître ces différences.

Elle introduit enfin le leurre selon lequel un individu est, à l’exclusion de tout autre facteur, le produit de ses expériences. Or le biologique a un pouvoir d’influence au moins aussi certain que la culture. Il y a une espèce d’entêtement Sartrien, et tout contemporain, à faire des individus des entités autonomes jouissant d’une liberté absolue. Un individu est le produit de la confrontation de son histoire – familiale, culturelle, sociale, économique, émotionnelle, biologique… – et de son expérience. Les choix que nous effectuons sont le fruit de cette dialectique entre liberté et contrainte. Et ce fut en creux le combat des afro-américains que d’accéder au statut de citoyen en même temps que d’être reconnus dans leurs différences, biologiques et culturelles, en tant que noirs et descendants d’esclaves.

Si le concept de race est réfuté en Europe, il est une réalité aux États-Uni car il est utilisé quotidiennement par l’administration comme par les citoyens comme référent sociologique. Ce concept est le résultat d’une catégorisation où est admise l’influence du biologique et du culturel, de l’essence et de l’existence, de l’inné et de l’acquis. Être noir, c’est donc se définir soi-même par son héritage, ce qui rend impossible sa captation par quelqu’un qui n’en partage pas l’histoire. Aujourd’hui comme hier, « vouloir » n’est pas « être ».

Une réponse

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.