La création de l’État d’Israël fut un acte de violence, sa préservation est un devoir. Les Palestiniens ont été spoliés, il faut contraindre Israéliens et Palestiniens à trouver une solution viable pour les deux parties.

L’antisémitisme dans tous ses états

Le premier ministre Manuel Valls a récemment purement et simplement assimilé l’antisionisme et l’antisémitisme, BernardHenri Lévy a affirmé, à l’occasion de la sortie de son dernier livre L’esprit du judaïsme, que l’affaire du sang contaminé (mettant en cause Laurent Fabius) et celle du Sofitel impliquant Dominique Strauss-Kahn étaient intrinsèquement liées à des préjugés antisémites (les deux hommes politiques concernés étant réputés juifs). Dans la foulée de Nicolas Sarkozy, François Hollande développe une politique (purement verbale) de soutien inconditionnel à Israël tandis qu’un certain nombre d’intellectuels et de journalistes semblent confondre la défense d’Israël et l’hostilité de principe à l’islam et aux Arabes (marque de fabrique d’une certaine droite qui développe une conception très particulière de la notion de judéo-christianisme). Dans le même temps, certaines organisations de gauche radicale, des groupes identitaires musulmans et la nébuleuse nationale-socialiste (au sens littéral) d’Alain Soral et Dieudonné franchissent allégrement le pas (ou plutôt le précipice) qui mène de la critique du sort fait aux Palestiniens par l’État israélien à la mise en cause des Juifs en général.

Il nous semble donc important de rappeler qu’il est parfaitement possible d’être antisioniste et viscéralement opposé à tout antisémitisme.

Le sionisme est un colonialisme

La création de l’État d’Israël a été l’aboutissement d’un processus de nature coloniale vécu comme tel par ceux qui l’ont subi (les Arabes) et pensé comme tel par ceux qui l’ont initié (les Sionistes). Le mouvement sioniste était un courant nationaliste très proche philosophiquement et intellectuellement des autres mouvements nationalistes qui ont fleuri en Europe à la fin du 19ème et au début du 20ème siècle. Le socialisme s’est greffé au mouvement sioniste tardivement (bon nombre des personnalités à l’initiative du sionisme, autour de Théodore Herzl, n’étaient pas socialistes) et sous la forme d’une sorte de communisme agraire qui tenait plus de l’Utopie de Thomas More qu’au marxisme léninisme internationaliste. Les dirigeants du mouvement sioniste au 20ème siècle (et au premier chef David Ben Gourion) ont pensé la mise en place d’un État indépendant juif dans le cadre d’une stratégie dont les références étaient davantage Machiavel et Hobbes que les penseurs de la démocratie ou les théologiens humanistes juifs. De plus, la référence à la Shoah est nulle et non avenue pour justifier la création de l’État d’Israël puisque la colonisation juive de la Palestine avait été théorisée et mise en œuvre bien avant la deuxième guerre mondiale. Il est donc discutable mais parfaitement légitime de considérer que l’État d’Israël en Palestine n’aurait jamais dû être fondé et que son existence même a constitué une spoliation des populations arabes. Rappelons d’ailleurs que la colonisation juive n’a pu se déployer que dans la mesure où elle a été couverte par le mandat britannique sur la Palestine, autrement dit il s’est agi d’une colonisation (juive) d’un territoire déjà colonisé (par les Anglais). Il va de soi que l’Empire ottoman n’aurait pas permis de son plein gré qu’une de ses provinces fasse sécession sous le nom d’État d’Israël.

La guerre de 1967 et l’appropriation par Israël des Territoires occupés a constitué une deuxième spoliation, totalement illégitime aussi bien au regard des lois internationales que de ce qu’on appelait autrefois le droit naturel. Absolument rien ne justifie que l’État d’Israël occupe ces territoires arabes et y construise des colonies de peuplement juives. Il est absolument évident que cette situation ne peut qu’engendrer un état de guerre larvée et des explosions de violence régulières  Il est tout aussi évident que l’évacuation des territoires occupés ou la déportation des populations arabes sont les deux seules solutions si on veut mettre fin à la situation de guerre civile dans les territoires.

Le peuple Israélien existe

Depuis la fondation de l’État d’Israël en 1948, un peuple israélien est né et s’est affirmé. Ce peuple israélien ne s’identifie en rien aux Juifs en général. Non seulement parce que plus de 20% des Israéliens ne sont pas juifs mais aussi parce que de très nombreux Juifs de par le monde ne se sentent pas particulièrement liés à l’État d’Israël. On peut donc affirmer conjointement que la création de l’État d’Israël était illégitime et que sa destruction, 70 ans plus tard, serait elle aussi illégitime. Dans la mesure où un peuple israélien est né, ce peuple doit être protégé comme tous les autres peuples. Comme tous les autres, pas moins mais pas davantage. Or, il apparaît que l’absence de solution au conflit israélo-palestinien est essentiellement la conséquence d’un blocage idéologique et politique. D’abord parce que la position officielle de l’État d’Israël est désormais (et depuis longtemps) qu’il n’y a plus de conflit israélo-palestinien puisque les rebelles palestiniens sont systématiquement qualifiés de terroristes (et assimilés à l’Etat islamique ou à Al-Qaïda). D’autre part, parce que les gouvernements américains (et de plus en plus les gouvernements français) se sont liés les mains en partant du principe que toute critique virulente adressée à l’État d’Israël ou toute pression importante exercée sur lui (sanctions économiques, par exemple) étaient en soi inacceptables car susceptibles d’être assimilées à de l’antisémitisme. Rien n’empêcherait pourtant, en toute logique, les États-Unis et l’Union européenne d’une part de maintenir une garantie absolue de la sécurité d’Israël en indiquant que toute attaque militaire contre ce pays entraînerait une réponse militaire massive et immédiate pour le défendre, et d’autre part de faire réellement pression sur l’État israélien par des sanctions économiques, diplomatiques et politiques.

Le meilleur service que l’on pourrait rendre à Israël et aux Juifs français serait de traiter le premier comme n’importe quel autre pays et les seconds comme des citoyens comme les autres et non pas comme des représentants d’un État étranger (ce qui vaut aussi bien pour les antisionistes qui confondent Israéliens et Juifs que pour les Juifs français qui se posent en ambassadeurs d’Israël).

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