Bientôt, on ne comptera plus les moutons pour s’endormir mais les génocides officiellement reconnus par l’État et, le cas échéant, sanctifiés par des lois contre le négationnisme.

Si on tape le mot génocide sur google, on obtient immédiatement les entrées : génocide arménien, génocide vendéen, génocide rwandais, génocide juif, génocide amérindien, génocide congo, génocide assyrien, génocide tzigane. Et ce catalogue ne prend pas en compte les multiples événements qui font l’objet de demandes plus ou moins véhémentes de « reconnaissance génocidaire » ; de la guerre d’Algérie (« on estime que 15% de la population algérienne a été massacrée par les français à partir de 1945. Il s’agit d’un génocide. ». Recep Erdogan, président de la Turquie) à l’intervention américaine au Vietnam en passant par le « génocide » des chrétiens d’Orient.

Une telle prolifération peut s’expliquer par l’imprécision de la définition du terme génocide. Le dictionnaire Robert définit le génocide comme la « Destruction méthodique d’un groupe ethnique. », ce qui est à peu près clair, mais le Larousse considère qu’un génocide est un « Crime contre l’humanité tendant à la destruction totale ou partielle d’un groupe national, ethnique, racial ou religieux ». Autant dire que si on se fie à cette définition, absolument toutes les guerres depuis l’apparition de l’être humain peuvent être qualifiées de génocides. En effet, une guerre est toujours une entreprise tendant à la destruction au moins partielle d’un groupe.

Le problème est que la définition du Larousse reprend celle de l’ONU, telle qu’elle a été formulée en 1948, qui caractérise le génocide par « l’intention de détruire, en tout ou en partie, un groupe national, ethnique, racial ou religieux ». Il n’est donc guère étonnant que la concurrence victimaire généralisée s’exerce aussi à propos de la qualification de tel ou tel massacre comme génocide ; le lot de consolation pour les candidats déboutés étant le crime contre l’humanité (comme dans le cas de l’esclavage, consacré crime contre l’humanité par la loi Taubira de 2001).

Trop de génocides tue le génocide

Le président François Hollande s’est rendu à Erevan, le 24 avril 2015, pour assister à la célébration du centenaire du génocide des arméniens, ce qui a relancé le débat sur l’opportunité d’une loi « anti-négationniste », réclamée notamment par le Conseil de coordination des organisations Arméniennes de France.

La France a voté une loi en 2001 par laquelle elle reconnaît officiellement l’existence du génocide arménien. François Hollande a indiqué depuis à plusieurs reprises que ce texte devait être complété par une loi pénalisant la négation de tous les génocides reconnus par l’État. Un texte a d’ailleurs été voté, par le PS et l’UMP, en janvier 2012 (il prévoyait un an d’emprisonnement et 45000 euros d’amende, tout de même) mais il a été censuré par le Conseil constitutionnel qui a estimé qu’il constituait « une atteinte à l’exercice de la liberté d’expression ». Un certain nombre de députés de droite et de gauche (notamment ceux qui sont élus dans des circonscriptions comportant d’importantes « communautés » arméniennes) continuent pourtant de réclamer l’adoption d’une telle loi.

Le problème de ces lois mémorielles est qu’elles entérinent un principe : l’État est en droit de définir la vérité historique et, ce faisant, d’instaurer des délits d’opinion visant ceux qui contesteraient la lecture officielle du passé. Si ce principe est avalisé, par définition, n’importe quel pouvoir, n’importe quel parti, pourra légitimement s’en réclamer.

Mais, dira-t-on, on peut faire confiance à nos représentants pour ne pas jouer impunément avec l’histoire en proposant des lois fantaisistes. Pourtant, en 2007, plusieurs députés de la droite dite « républicaine », dont Lionnel Luca et Hervé de Charette, ont déposé un projet de loi dont l’article 1 stipulait : « La République française reconnaît le génocide vendéen de 1793-1794. ».

Il est à noter, d’ailleurs, que si on considère la définition de l’ONU, cette proposition de loi n’était pas forcément délirante. Par conséquent, tenons-le nous pour dit, trop de génocides tue le génocide.

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