Alain Juppé continue à être régulièrement présenté comme le candidat le plus à gauche de la droite, à tel point que Nicolas Sarkozy est réputé le qualifier, en privé, de « septuagénaire de gauche ». L’intéressé a dû d’ailleurs se résoudre à un aveu poignant en déclarant : « je suis un homme de droite » (Le Figaro, mai 2015).

Qu’en est-il en réalité ? Alain Juppé est-il bel et bien le digne émule de Lénine et de Trotski ? Si on considère les prises de position du « septuagénaire de gauche » ces derniers mois, le moins qu’on puisse dire est que rien ne vient confirmer cette sensibilité qui lui est généreusement prêtée.

Dans le domaine économique et social, Alain Juppé affiche des convictions au moins aussi libérales, sinon plus, que Nicolas Sarkozy. Liberté pour chaque entreprise de négocier le temps de travail de ses salariés (c’est-à-dire de l’augmenter, de préférence sans contreparties salariales), modification du code du travail afin de faciliter les licenciements, baisse de la taxation des dividendes et des plus-values, suppression pure et simple de l’impôt de solidarité sur la fortune, 100 milliards d’économies sur les dépenses publiques, report de l’âge de la retraite à 65 ans ; voilà quelques-unes des propositions égrenées par notre sémillant gauchiste.

Puisque, de toute évidence, Alain Juppé est plus proche de Milton Friedman que de John Maynard Keynes (qui n’était lui-même pas franchement bolchevique) dans le domaine économique, peut-être son positionnement de « gauche » trouve-t-il sa source dans ses positions sur la sécurité ou l’immigration, sujets où il est unanimement réputé plus « ouvert » que Nicolas Sarkozy ? En réalité pas vraiment car, là non plus, les propositions d’Alain Juppé ne diffèrent guère de celles de Nicolas Sarkozy, les formules de bateleur en moins.

Alain Juppé souhaite encadrer (c’est-à-dire réduire) l’Aide médicale de l’État qui permet aux étrangers en situation irrégulière de bénéficier d’un accès aux soins, il n’exclut pas de modifier les conditions d’acquisition de la nationalité par le droit du sol (en exigeant qu’au moins un des deux parents soit en situation régulière), il insiste sur la maîtrise de l’immigration et la nécessaire augmentation des reconduites à la frontière, demande une plus grande fermeté de la justice dans la répression de la délinquance et prône le renforcement de l’autorité de l’État.

Rien de déshonorant dans tout cela mais un catalogue de positions classiques de droite où l’on peine à trouver une quelconque inspiration gauchisante. La seule différence notable avec Nicolas Sarkozy est dans le ton employé et le refus des déclarations provocatrices.

A bien y réfléchir, on ne trouve que deux points de désaccord bien net entre Alain Juppé et Nicolas Sarkozy : le mariage homosexuel et les repas de substitution sans porc dans les cantines scolaires, deux sujets dont dépend incontestablement l’avenir de la France. A la différence de son adversaire, Alain Juppé a déclaré qu’il ne reviendrait pas sur la loi Taubira et qu’il n’était pas défavorable à l’adoption par des couple homosexuels. Il a aussi indiqué que la polémique sur les repas de substitution lui paraissait inopportune, « Cela n’emmerde personne » aurait-il finement déclaré en mars 2015 (d’après Le Figaro).

Et c’est tout. Le brouillage idéologique est donc devenu si profond qu’il suffit désormais de se montrer gay friendly et de ne pas insulter ostensiblement les musulmans pour être crédité d’une sensibilité de gauche. Une évolution que ne démentiront pas Manuel Valls et ses lieutenants qui ne cessent de répéter que la question sociale n’est plus au cœur des préoccupations des français et ne doit donc plus constituer l’axe central du discours de la gauche.

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