Après la déception du 23 avril, Jean-Luc Mélenchon et ses partisans doivent rester mobilisés en vue des législatives.

La soirée du 23 avril, premier tour de l’élection présidentielle, a été douce-amère pour les électeurs de JeanLuc Mélenchon. Le score obtenu, 19,6 %, est très important et la qualification pour le second tour s’est jouée à peu de chose (Marine Le Pen arrive deuxième avec seulement 21,3 %). On peut évidemment comprendre la déception du leader de la France Insoumise et de ses partisans face à cette élimination. Toutefois, ils auraient pu réagir autrement et leur gestion de la soirée s’est révélée extrêmement décevante.

Avant de partir, dis quelque chose (Samuel Beckett, Fin de partie)

Il ne s’agit pas ici de fustiger le refus de JeanLuc Mélenchon de donner immédiatement une consigne de vote pour le deuxième tour. Contrairement à ce qui a été dit et écrit, cette décision n’a absolument rien de scandaleux. Elle est conforme à la démarche participative adoptée depuis le début de la campagne par Mélenchon consistant à associer les adhérents de son mouvement aux décisions importantes (c’est d’ailleurs ce que fait aussi Emmanuel Macron et tout le monde trouve cela formidable, à raison). De plus, l’abstention, particulièrement au deuxième tour d’une élection, peut tout à fait être interprétée comme un acte politique. Si on estime que les deux candidats restés en lice défendent un projet auquel on ne peut en aucun cas adhérer, il n’est pas illégitime de considérer qu’on ne peut pas et qu’on n’a pas à trancher.

Clov, il faut que tu arrives à souffrir mieux que ça (Samuel Beckett)

En revanche, Mélenchon et son équipe ont commis deux fautes graves. La première a consisté à mettre en doute absurdement les résultats de l’élection pendant tout le début de la soirée. Les lieutenants de Mélenchon dépêchés pour s’exprimer à la télévision ont commencé par refuser d’admettre leur défaite sous prétexte que les résultats pouvaient encore changer. Cette palinodie n’avait aucun fondement et, plus grave, elle a donné du grain à moudre aux malveillants qui ne cessent d’accuser (avec la plus parfaite mauvaise foi) Mélenchon d’être un apprenti dictateur secrètement hostile à la démocratie.

La deuxième faute, qui n’a fait que renforcer la première, a consisté dans le ton funèbre, accusatoire et quasi dépressif du discours de JeanLuc Mélenchon. Il aurait pu se féliciter de son excellente campagne, de l’accroissement considérable de son score par rapport à 2012, de l’effervescence qui a accompagné sa candidature. Il aurait pu, surtout, insister sur la nécessaire mobilisation de ses partisans en vue des prochaines élections législatives. L’immense risque qui pèse en effet sur la France insoumise est de ne pas réussir à obtenir aux législatives un score en rapport avec celui obtenu à la présidentielle. Les candidats, pour beaucoup d’entre eux, seront peu connus et peu expérimentés, ils n’auront pas énormément d’argent pour faire campagne, les troupes risquent d’être démobilisées par l’échec à la présidentielle et enfin, le mouvement est très concentré sur la figure de JeanLuc Mélenchon, tandis que ses principaux lieutenants ont une faible notoriété. Or, le résultat des législatives est absolument essentiel pour la pérennité de son mouvement, que ce soit par rapport à son objectif de supplanter le Parti Socialiste comme première force de gauche, ou dans l’optique d’une opposition au futur président de la république, Emmanuel Macron.

La fin est dans le commencement et cependant on continue (Samuel Beckett)

Plutôt que de fustiger les « médiacrates » et les « oligarques » qui jubilent (même si, en effet, ils jubilent incontestablement), on aurait aimé que JeanLuc Mélenchon rappelle fermement que le Front National est un parti qui approuve pleinement le capitalisme et voue une haine farouche aux syndicats, tandis qu’Emmanuel Macron est le candidat des bien-portants, des possédants, de ceux qui considèrent, comme Jacques Attali, qu’une usine qui ferme n’est qu’une anecdote. On aurait aimé aussi qu’il mobilise plus fermement les membres de son mouvement pour les échéances à venir afin de faire en sorte que la France Insoumise puisse constituer un groupe au Parlement. Il n’est pas trop tard.

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