Le congrès fondateur des Républicains du 30 mai a donné lieu à 60 discours de cadres du nouveau parti. On pouvait s’attendre à une grande entreprise de refondation idéologique autour de l’idée de République que cette formation souhaite préempter. Le choix d’un tel nom exigeait, au minimum, une clarification politique et philosophique empreinte d’une certaine hauteur de vue.

Au lieu de cela, on a entendu une litanie de discours convenus puis, avec les interventions de Nicolas Sarkozy et de son lieutenant préféré Laurent Wauquiez (le fils de bonne famille qui essaie de faire peuple en s’obligeant à faire des fautes de français quand il parle), on s’est résolument hissé jusqu’au grand-guignol.

Nicolas Sarkozy a construit son discours autour de la notion de « République de la confiance ». Même si l’expression ressemble plus à un énième slogan publicitaire du copain de Jacques Séguéla qu’à un concept politique, on pouvait espérer que le discours de l’ancien président allait préciser sa conception de la république.

Il a en effet précisé. La République que veut Nicolas Sarkozy est celle où l’ouvrier aura inconditionnellement confiance en son patron (pour le licencier sans préavis ?), où les syndicats seront muselés (« Ce n’est pas aux syndicats de décider à la place du chef d’entreprise »), où on pourra baisser sans vergogne les minima sociaux (« le travail ne sera pas moins payé que l’assistanat » mais, évidemment, surtout pas en augmentant les salaires), où on reviendra sur les 35 heures (on ne pourra pas « redresser le chômage en partageant le travail »), où on mettra tout le monde en prison sauf les patrons (« le chef d’entreprise ne sera pas sans cesse suspecté d’être un délinquant » mais on ne peut pas « en finir avec la délinquance en excusant le délinquant »), où l’endettement sera enfin mis hors-la-loi (« La république de la confiance, c’est la république qui paye ses dettes »).

Et le président des Républicains de s’exclamer : « Si le fraudeur n’est jamais sanctionné, si le profiteur n’est jamais inquiété, si le tricheur s’en tire toujours, comment la République peut-elle survivre ? ». On l’aura compris, les fraudeurs, tricheurs et profiteurs en question sont exclusivement des pauvres, des smicards, des gens au RSA ou des feignasses de fonctionnaires.

Il ne viendrait pas à l’idée de nos vertueux républicains de rappeler que la fraude aux prestations sociales ne représente qu’un montant négligeable des fraudes fiscales et sociales en France. Les rapports de la Cour des comptes sont formels : la fraude fiscale est essentiellement le fait des entreprises et des particuliers les plus riches et représente environ 70% de l’ensemble des fraudes. Le reste concerne les fraudes sur les cotisations et les prestations sociales et, là encore, la fraude aux cotisations sociales des entreprises représente la plus grande part.

On pourrait rappeler aussi que la « république de la confiance », c’est celle qu’ont voulu fonder les membres du Conseil national de la Résistance après la guerre (autour, notamment, de la Sécurité Sociale) et que le premier article de la Constitution stipule que la France est une république sociale.

Nous conseillons donc à Nicolas Sarkozy la lecture de l’excellent livre d’Alain Supiot (professeur au Collège de France) : « La Solidarité, Enquête sur un principe juridique » (Odile Jacob, avril 2015) qui démontre magistralement que la solidarité (ce que Sarkozy et Wauquiez appellent l’assistanat) n’est pas la charité et qu’elle est un principe constitutif du pacte républicain.

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