Revue de presse :

Lundi 11 janvier

New York : Décès de David Bowie

Eh bien…il est mort.

France : libérons-nous de la primaire

Le journal Libération publie un appel de personnalités de gauche qui réclament l’organisation d’une « primaire des gauches et des écologistes » pour désigner un candidat à la prochaine élection présidentielle de 2017. Depuis que le Parti Socialiste a désigné son candidat à la présidentielle de 2012 au moyen d’une primaire, ce type de consultation semble être devenu l’alpha et l’oméga de la réflexion politique. Au point qu’on en vient à la considérer comme le seul moyen d’éviter que le président Hollande se représente pour un hypothétique deuxième mandat. C’est oublier que ce système de désignation ne garantit en rien un choix pertinent puisque celle de 2011 avait justement désigné François Hollande. Lequel serait fort capable, d’ailleurs, de gagner une nouvelle compétition tant l’absence de grandes figures politiques semble aujourd’hui criante au sein du PS. N’oublions pas non plus que Bernard Tapie a annoncé son retour en politique (comme il le fait chaque fois qu’il a des problèmes financiers) et que si le peuple est souverain, il lui arrive néanmoins de se fourvoyer. Il ne manquerait plus qu’une confrontation entre Nanard et Le Pen en 2017.

Mardi 12 janvier

France : Manuel Valls pédagogue tout-terrain

Le député écologiste de Gironde Noël Mamère prononce à l’Assemblée nationale une charge très virulente contre la « dérive sécuritaire » du gouvernement et du Président de la République. Le Premier ministre Manuel Valls se lève pour lui répondre et entreprend de lui expliquer pourquoi il ne comprend rien à rien. S’ensuit quelques minutes de pure langue de bois vallsienne. Il y a bien longtemps que les cadres du Parti Socialiste (ils ne sont pas les seuls) se sont résolument affranchis de la logique et de la rigueur dans leurs interventions publiques (y compris les plus intelligents d’entre-eux comme le patron du PS, Cambadélis) mais la méthode de Manuel Valls est très spécifique. Elle consiste toujours à répondre à côté de la question ou du problème en faisant passer son contradicteur, quel qu’il soit, au mieux pour un adolescent immature, au pire pour un fou furieux. D’abord, la révélation stupéfiante : « Nos compatriotes ont besoin de sécurité. ». Non ? Incroyable ! Ensuite, la réduction de l’adversaire au statut de ridicule électron libre définitivement rétif à toute rationalité : « Et c’est l’honneur de ce gouvernement, de cette majorité mais de l’ensemble du Parlement à chaque fois qu’il a fallu voter, mais c’est vrai vous n’étiez jamais au rendez-vous, des lois antiterroristes » (la phrase du Premier ministre étant grammaticalement incorrecte, on ne saura jamais exactement où réside l’honneur). Enfin, l’approximation injurieuse ; « Vous parlez de valeurs, Monsieur Mamère, quand des gens proches de vous, avec qui vous signez des pétitions, participent de mouvements avec Monsieur Tariq Ramadan » (là encore, la structure de la phrase est assez incertaine et il est à craindre que le catalan Valls n’ait jamais daigné prouver sa volonté d’assimilation en apprenant à s’exprimer correctement dans la langue de son pays d’adoption). Noël Mamère n’aurait donc pas le droit de parler des valeurs de la gauche sous prétexte qu’il fréquente des gens qui fréquentent Tariq Ramadan. Culpabilité par association, une des méthodes préférée du NKVD, la police politique soviétique.

Turquie : attentat à Istanbul

Un attentat suicide attribué par le gouvernement Turc à un « migrant » arrivé de Syrie fait dix morts parmi des touristes Allemands. Reste à savoir si le massacre a été commandité par l’organisation État Islamique ou par les groupes de l’opposition « modérée » largement armés et financés par la Turquie comme le Front Al-Nosra (branche d’Al-Qaida) ou l’Armée de la Conquête salafiste.

Mercredi 13 janvier

Europe : l’État de droit contre la démocratie

La Commission européenne annonce le lancement d’une procédure de « sauvegarde de l’État de droit » visant le gouvernement polonais. L’Union Européenne s’inquiète des décisions du nouveau gouvernement issu du parti Droit et Justice (droite catholique), particulièrement une réforme du Tribunal constitutionnel (renforçant le contrôle de l’exécutif sur cette institution) et de l’audiovisuel public (les dirigeants des radios et télévisions publiques seront désormais nommés par le ministre du Trésor). La procédure lancée par la Commission est censée être déclenchée quand apparaissent « des indications claires d’une menace systémique envers l’État de droit dans un État membre. ». Sans éprouver une sympathie débordante pour le gouvernement ultra-conservateur polonais, on ne peut s’empêcher de s’interroger sur la conception originale de l’État de droit que semble promouvoir la Commission européenne. L’État de droit est une notion caractéristique de la philosophie politique libérale qui désigne un système institutionnel et juridique dans lequel tous les citoyens sont égaux devant la loi et où la puissance publique est elle-même soumise au droit. Autrement dit, il s’agit de limiter le pouvoir de l’État afin qu’il ne devienne pas un Léviathan tout puissant susceptible de mettre en danger les libertés individuelles.

La notion d’État de droit exprime donc une double méfiance, d’une part envers l’État, d’autre part envers la souveraineté populaire. Les éventuels « débordements » de la puissance publique que l’État de droit est censé empêcher peuvent en effet répondre à des demandes de la population ou du moins être approuvés par celle-ci. Or, l’Union européenne entretient un flou permanent en laissant entendre que la démocratie serait en danger dans certains pays (Pologne, Hongrie) alors que ce qui est menacé, c’est seulement une certaine vision des rapports entre l’État, la société et l’individu. On ne voit pas du tout, par exemple, en quoi la nomination du patron d’une télévision publique par un gouvernement issu du vote populaire mettrait en cause la démocratie, sauf à considérer que la souveraineté du peuple et de ses représentants légitimes doit impérativement être considérablement limitée.

Jeudi 14 janvier

Indonésie : attentats à Jakarta, sept morts dont cinq terroristes

Les djihadistes devraient se méfier, deux attentats par semaine, c’est trop répétitif. On sent déjà l’ennui poindre chez les journalistes des chaînes d’information en continu. Vivement l’été qu’on puisse retrouver de stimulantes enquêtes sur les méduses et les coups de soleil.

Etats–Unis : la banqueroute ou la mort

Le New York Times nous gratifie d’un merveilleux article (sans ironie) pour nous apprendre ce que l’on sait déjà : l’état sanitaire de la première puissance économique mondiale (la Chine est loin de l’être si l’on retient comme indicateur le PIB par tête) est désastreux. 20% des personnes de moins de 65 ans ayant une assurance-santé (les veinards !) déclarent avoir des problèmes pour payer leurs factures. Les Etats-Unis sont en effet l’endroit du monde le plus cher pour se faire soigner et les réformes d’Obama en la matière (Obama Care) ont fâcheusement contribué à relever le prix des actes médicaux des praticiens et le seuil des franchises des compagnies d’assurance, qui restent donc à la charge du patient. Il faut rappeler qu’aux Etats-Unis le mode de fonctionnement de l’assurance-maladie est un système privé d’indemnisation comparable à l’assurance automobile en France. Quelques témoignages viennent agrémenter le secret de polichinelle révélé par le New York Times, comme celui de Randy Farris, qui après une opération de la hanche ne veut plus aller consulter son médecin parce qu’il lui reste à payer la coquette somme de $4000 pour son intervention chirurgicale. Faute de ressources financières suffisantes, nombre d’américains refusent tout simplement de franchir la porte d’un cabinet de consultation et laissent en toute conscience leur état de santé se dégrader. La maladie aux Etats-Unis est la première cause de faillite personnelle. Il n’y a pas à dire, Nicolas Sarkozy a raison de nous faire croire que les services publics sont démodés et que le capitalisme c’est la liberté. En l’occurrence, c’est la liberté de crever par faute de soins ou de crever étranglé par ses dettes. Des amateurs ?

Vendredi 15 janvier

France : un parfum d’Amérique à Bobigny

Le policier jugé pour avoir abattu d’une balle dans le dos un criminel armé en fuite est  déclaré irresponsable pénalement car en état de légitime défense au moment des faits. La cour d’assises du palais de justice de Bobigny a donc acquitté, le gardien de la paix qui a tué le délinquant multi-récidiviste Amine Bentounsi le 21 avril 2012. Cette décision est prise au moment où le gouvernement relance le débat sur la légitime défense des policiers avec un projet de loi qui prévoit un assouplissement des règles permettant de la caractériser. Par ailleurs, depuis les récents attentats, certains syndicats de policiers ont relancé leur vieille revendication du port d’arme en dehors des heures de service, une proposition qui bénéficie d’une oreille bienveillante du côté du ministère de l’Intérieur et du Premier ministre Manuel Valls. La décision d’acquittement a suscité des réactions particulièrement outrées de la part de la sœur du criminel abattu (ce qui peut se comprendre) et d’associations y voyant une nouvelle occasion de diffuser leur message idéologique (ce qui est nettement plus contestable). La porte-parole du collectif Stop le contrôle au faciès, Sihame Assbague, a ainsi dénoncé « une nouvelle injustice » mettant en lumière ce qu’elle estime être le « racisme institutionnel » qui régnerait en France.

L’inconvénient des réactions de ce type, en dehors du dogmatisme qu’elles révèlent, c’est qu’elles contribuent à masquer certains enjeux. Il est extravagant de penser que le policier, s’il a cru à tort ou à raison être en danger de mort, se serait abstenu de tirer sur un criminel Blanc. Or, il y a beaucoup à dire sur ce verdict d’acquittement et pour des raison qui n’ont rien à voir avec le racisme. Depuis 2012 , il est avéré que les pressions des syndicats policiers pour obtenir le blanchiment de leur collègue ont été très fortes et constantes, que le coéquipier de l’accusé a avoué devant l’IGS (la « police des polices ») avoir menti pour couvrir son collègue, que les témoins civils de la scène ne corroborent pas du tout la version du policier qui a tiré.

Ce verdict est malheureusement révélateur du brouillage politique et moral qui s’empare des débats politiques en France. D’un coté, le gouvernement et l’opposition, main dans la main, sanctifient les forces de l’ordre et le ministre de l’Intérieur envisage de cautionner une dérive sécuritaire majeure dans les règles d’encadrement des forces de l’ordre. De l’autre, des groupes de pression cherchent à se payer un flic, en faisant totalement abstraction du fait que la victime était un criminel endurci avec une arme à la main au moment des faits, au nom d’une lutte obsessionnelle contre le racisme. En bref, un parfum d’Amérique à Bobigny, et pas forcément le meilleur de l’Amérique.

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