Lundi 1 février :

France : vive la vendetta !

Jacqueline Sauvage a bénéficié d’une grâce présidentielle partielle qui lui permet de présenter immédiatement une demande de libération conditionnelle. Cette vieille dame condamnée pour le meurtre de son mari violent (trois balles dans le dos) pourra donc bientôt sortir de prison et on est en droit de s’en réjouir. Toutefois, les communiqués tonitruants de victoire formulés par ses soutiens (parlementaires, personnalités du show-biz et associations féministes) montrent de manière inquiétante que ce qui se joue va bien au-delà du cas spécifique de cette femme. Les deux avocates de madame Sauvage, qui ont considérablement nui aux intérêts de leur cliente en plaidant obstinément la légitime défense alors qu’il était impossible de l’obtenir en l’état du droit, militent ouvertement pour la mise en place dans le droit français de la notion de légitime défense différée. Elles sont relayées par un certain nombre d’associations et de personnalités politiques qui considèrent que « Jacqueline Sauvage a tué pour ne pas mourir. Tous les jours de leur vie, les femmes violentées sont en danger de mort permanent. Elles sont donc en état permanent de légitime défense. » (Janine Bonaggiunta, une des avocates). Le bon sens le plus élémentaire voudrait que l’on rende effectives les mesures déjà existantes de protection des femmes battues (notamment les injonctions d’éloignement des hommes violents) mais on préfère suggérer benoîtement l’instauration légale d’un permis de tuer. 

France : Taubira et les zombies maléfiques

Tout juste démissionnaire de son poste de ministre de la Justice, Christiane Taubira publie un livre, Murmures à la jeunesse, dans lequel elle explicite notamment son opposition au projet gouvernemental de déchéance de la nationalité pour les binationaux condamnés pour terrorisme. On a envie d’aimer Christiane Taubira, que ce soit pour son panache face à ses adversaires ou du fait des attaques obsessionnelles dont elle est l’objet de la part de la droite et de l’extrême-droite. Cependant, la lecture de ce livre confirme que le panache ne fait pas tout et que l’emphase systématique ne constitue pas un style. Il est assez douloureux de s’infliger à longueur de pages des phrases comme «  [Ils] font allégeance à ces lointains zombies maléfiques et répandent partout la mort, la stupeur et la détresse. » (à propos des français qui rejoignent l’État Islamique). Mais surtout, la lecture de cet ouvrage confirme que Christiane Taubira ne définit la gauche que sur le terrain des « valeurs » (voire de la rhétorique) et jamais par des thèses précises dans le domaine socio-économique. Au lieu d’envolées lyriques sur les « zombies maléfiques », on aurait préféré une analyse de la politique économique pro-business de François Hollande. Il est d’ailleurs significatif que Christiane Taubira finisse par quitter le gouvernement sur un désaccord à propos d’une mesure symbolique alors qu’elle avait supporté stoïquement tous les reniements du gouvernement sur le droit du travail, la politique européenne ou la réforme fiscale.

Mardi 2 février

États-Unis : la Société contre l’État

La Primaire en Iowa a défié toutes les prédictions des politologues qui donnaient Bernie Sanders, du côté Démocrate, et Donald Trump, pour le camp Républicain, vainqueurs potentiels de ce scrutin local. Les électeurs ont finalement préféré reporter leurs voix sur les candidats du « système », Hillary Clinton et Ted Cruz. Malgré tout, il est indéniable qu’un changement du mode de pensée des Américains est survenu dans ce pays traditionnellement hostile à l’intervention de l’Etat. Le responsable de ce grand bouleversement en est aussi le grand absent. Barack Obama est en effet parvenu à transmettre aux Américains le goût du Politique, situation inédite depuis au moins Franklin Delano Roosevelt. Son obstination à vouloir faire passer des réformes en matière de Sécurité Sociale (Affordable Care Act) les a préparé à accepter l’idée que la politique a la capacité de changer la vie, sans plaisanter. Il n’est donc pas étonnant de constater qu’ils s’enthousiasment aujourd’hui pour les deux candidats défendant une conception volontariste de l’État. Bernie Sanders veut ainsi instaurer aux États-Unis un système d’indemnisation généralisée des frais de santé, sur le modèle de la Sécurité Sociale en France, tandis que Donald Trump veut faire de l’État le promoteur des intérêts économiques nationaux. Dans les deux cas, c’est l’ombre de Barack Obama qui plane. Si les résultats du Caucus en Iowa ne traduisent pas encore ce mouvement de fond de la société américaine, le vent pourrait tourner le 9 février prochain dans le New Hampshire, nouvelle étape de la Primaire américaine. Ce qui fait penser que le temps du Tea Party est bel et bien révolu.

Europe : si tu n’es pas Grec, il y a toujours moyen de s’arranger

Le premier ministre du Royaume-Uni, David Cameron, a décidé d’organiser un référendum sur le maintien de son pays dans l’Union Européenne dans le seul but de résoudre un conflit interne à son parti entre les europhiles et les eurosceptiques. Voilà des mois qu’il se livre à un véritable chantage en agitant des exigences qui, si elles n’étaient pas avalisées par ses partenaires européens, l’amèneraient à faire campagne pour le Brexit (retrait du Royaume-Uni de l’UE). Il demande ainsi un droit de regard de son pays sur toute décision concernant l’euro (afin de préserver les intérêts du secteur financier britannique), une politique économique européenne encore plus libérale (priorité à la compétitivité) et la possibilité de ne pas verser de prestations sociales aux européens s’installant au Royaume-Uni. Autant d’exigences extravagantes qui auraient dû susciter un refus ferme et poli de l’Union Européenne. Eh bien non, le Commission européenne présente ce mardi un projet d’accord satisfaisant à peu près toutes les revendications de David Cameron. Dans le même temps, la même Commission s’apprête à exclure la Grèce de l’espace Schengen du fait de son incapacité supposée à gérer l’afflux de migrants sur ses côtes. Selon que vous serez puissant ou misérable…

Mercredi 3 février

France : « On vit tranquille aussi dans les cachots ; en est-ce assez pour s’y trouver bien ? » (Rousseau, Du contrat social)

Présentation en conseil des ministres du « projet de loi renforçant la lutte contre le crime organisé, le terrorisme et leur financement, et améliorant l’efficacité et les garanties de la procédure pénale ». Au menu, une extension considérable des pouvoirs de police administrative de l’État (hors état d’urgence) comme l’assignation à résidence de personnes contre lesquelles aucune poursuite judiciaire ne peut être engagée « faute d’éléments suffisants ». Le gouvernement socialiste, sous couvert de lutte contre le terrorisme, valide semaine après semaine l’idée hautement dangereuse de punition préventive tout en instillant un doute sur l’efficacité de la justice « ordinaire ». Pourtant, il est aisé de constater que prendre des mesures privatives de liberté contre des gens qui n’ont commis aucun délit est une pratique caractéristique des dictatures. Tout cela au nom de l’idée que la sécurité est la première des libertés, sophisme désormais partagé par la droite et la gauche, en oubliant que la liberté est aussi la première des sécurités (contre les abus de pouvoir de l’État, notamment).

Jeudi 4 février

Europe : bosse et tais-toi

40 000 manifestants défilent à Athènes contre la réforme des retraites imposée au gouvernement Grec par l’Union Européenne. En France, la CGT lance un appel à la grève et à des manifestations en soutien des huit anciens salariés de Goodyear condamnés à neuf mois de prison ferme pour avoir retenu (sans violence) deux cadres de l’entreprise pendant plusieurs heures en 2014. N’en déplaise à Manuel Valls et à ses alter ego de la droite libérale, la lutte des classes existe et la répression des syndicalistes aussi. Une leçon à méditer à l’heure où le gouvernement socialiste chante les louanges des accords d’entreprise au détriment des accords de branche et de la loi au prétexte qu’il faudrait organiser les relations de travail « au plus près du terrain ». Car dans les entreprises, le « terrain » signifie souvent intimidation, chantage à l’emploi voire humiliation au quotidien du subordonné (ce qu’est fondamentalement et juridiquement un salarié vis-à-vis de son employeur).

PS: la gauche en marche arrière

France : chacun voit l’immonde à sa porte

Le visa d’exploitation du film Antichrist  de Lars von Trier est annulé par la justice en raison de « scènes de très grande violence » et de « scènes de sexe non simulées » suite à une énième plainte de l’association d’extrême droite Promouvoir. Le film était déjà interdit aux moins de 16 ans, Lars von Trier est un des plus grands réalisateurs vivants, son film n’est en rien blasphématoire (tout comme ne l’était pas La dernière tentation du christ de Scorsese attaqué en 1988 par des intégristes chrétiens). Mais peu importe, les juges s’en prennent à cette œuvre tandis que Cyril Hanouna peut continuer à présenter l’émission Touche pas à mon poste ! sur la chaîne D8 en faisant déféquer des gens sur le plateau ou en versant des nouilles dans le slip d’un chroniqueur. Pas de problème, ça c’est tout public.

Snuff ou safe movie ?

Vendredi 5 février

France : Front National, dédiabolisation ou mue libérale ?

Les cadres du Front National se réunissent en séminaire afin de réfléchir à la stratégie du parti en vue de l’élection présidentielle de 2017. En perspective, un nouveau round dans l’affrontement qui oppose Florient Philippot, tenant d’une ligne « gaullienne et chevènementiste » étatiste et ceux qui, autour de Louis Aliot et de Marion Maréchal Le Pen, préconisent un retour à la ligne libérale en économie que suivait bon an mal an le fondateur du parti Jean-Marie Le Pen. La question de la sortie de l’euro cristallise les antagonismes, certains au FN jugeant suicidaire de continuer à défendre l’abandon de la monnaie unique, une mesure rejetée par une très nette majorité de Français. Le parti de Nicolas Sarkozy, Les Républicains, suivra sans doute avec une grande attention l’évolution des débats. Un Front National passé au karcher de la normalisation libérale qui continuerait par ailleurs de défendre des positions très dures sur l’immigration et la sécurité représenterait en effet un danger mortel pour la droite dite républicaine.

« Punks are dead », il reste Le Pen

France : déchéance de la dignité nationale

Le projet de révision de la constitution est en examen à l’Assemblée nationale et, après des semaines de polémiques byzantines, on ne sait toujours pas qui est prêt à le voter ni même ce qu’il contiendra au final. Il est en effet tout à fait possible que des modifications interviennent encore, particulièrement sur la question de la déchéance de nationalité, tant les atermoiements et les revirements ont été nombreux du côté du gouvernement. Une fois de plus, le président de la République François Hollande se prend tout seul au piège de sa propre « subtilité » tactique. Désireux d’embarrasser la droite en la forçant à voter un projet gouvernemental prétendant préserver la sécurité des Français, il a réussi à couper définitivement les ponts avec toute une partie de la gauche tout en ne parvenant pas à s’assurer le vote de l’opposition de droite (François Fillon appelle à rejeter le texte). On se traite déjà de suppôts du régime de Vichy au Parlement tandis que les députés socialistes récalcitrants sont menacés de sanctions. Quelle que soit l’issue des débats, l’unité nationale est d’ores et déjà brisée et l’appel à la défense de la République s’est transformé en rouerie politicienne.

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