Le journal Le Monde daté du vendredi 2 mars 2018 a publié une tribune (reproduite à la fin de cet article) exigeant la mise en place de quotas dans le financement du cinéma afin de parvenir à la parité entre hommes et femmes. Les réalisateurs et comédiens (hommes et femmes) signataires du texte déclarent que leur objectif est « de parvenir à la parité des commissions de production, à la parité du nombre de projets soutenus dans les instances qui gèrent les fonds publics ; d’obtenir le renouvellement des programmateurs pour atteindre à la parité dans les lieux de diffusion des œuvres cinématographiques et audiovisuelles. ».

Cette tribune est un nouvel exemple d’un mouvement de fond qui consiste à considérer la discrimination positive et l’instauration de quotas comme la solution magique pour mettre fin aux inégalités. Depuis quelques années le mouvement s’est accéléré puisque certains demandent désormais des quotas de « minorités visibles » à la télévision ou au théâtre ou des quotas d’homosexuels et de lesbiennes dans les médias. Il peut être par conséquent utile de revenir sur la notion même de discrimination positive et sur les problèmes qu’elle soulève.

La discrimination positive : une notion très complexe

Présentée de plus en plus souvent comme une pratique de bon sens ou une exigence morale frappée du sceau de l’évidence (« Quand l’application d’actions fortes est nécessaire, les quotas, qui ont déjà donné des résultats, constituent une étape inévitable pour vaincre les inégalités. », tribune publiée par Le Monde), la discrimination positive est en réalité une idée (et une pratique) très complexe. Il s’agit en effet de mettre en place une inégalité de droit afin de mettre fin à une inégalité de fait jugée injuste. Le modèle en la matière est (comme toujours) l’Amérique et les politiques dites d’affirmative action mises en place aux États-Unis. Ces politiques ont été fondées sur un constat : les Noirs américains étaient sous-représentés (en regard de leur poids dans la population américaine) à l’université ou dans les emplois publics et ils étaient sur-représentés dans les statistiques de l’échec scolaire, du chômage ou des aides sociales. Cette inégalité (ou discrimination négative) au détriment des Noirs a été interprétée comme une conséquence des décennies d’esclavage aux États-Unis puis de l’apartheid légal en œuvre jusque dans les années 60 et le mouvement des droits civiques. D’où la mise en place de politiques d’affirmative action (discrimination positive, en français) consistant à favoriser les minorités ethniques  au niveau de l’embauche ou de l’admission à l’université (sans pour autant fixer formellement des quotas). Autrement dit, la discrimination positive se justifie toujours en vertu d’un raisonnement comportant trois étapes : on repère des inégalités de fait au détriment d’un groupe précis d’individus, on déclare que ces inégalités sont injustes, on met en place une inégalité de droit cette fois à l’avantage du groupe « discriminé ».

La mise en place des lois sur la parité en politique, en France, a suivi exactement ce schéma : on a constaté une inégalité de fait au détriment des femmes (elles étaient peu nombreuses à exercer des mandats électifs par rapport à leur poids dans la population), on a interprété cette inégalité comme injuste (c’est-à-dire résultant d’un machisme ancestral régnant au sein de la société), on a mis en place une inégalité de droit à l’avantage des femmes (dans le but de parvenir à une égalité de fait). De même, la tribune publiée par Le Monde suit la même logique : constat d’une inégalité de fait (« moins d’un long-métrage sur quatre agréé par le Centre national du cinéma est réalisé par une femme. Aucune exposition à la Cinémathèque française n’a été consacrée à une cinéaste. En soixante et onze ans de Festival de Cannes : une demi-Palme d’or a été décernée à Jane Campion en 1993, partagée avec Chen Kaige. Et un César de la meilleure réalisatrice pour Tonie Marshall en 2000. »), interprétation de cette inégalité comme une injustice (« Ne laissons plus le sexisme et le machisme être des entraves à la liberté d’expression. »), demande de mise en place d’une inégalité de droit (sous la forme de quotas) à l’avantage des femmes.

La société est-elle une somme d’individus ou une confédération de catégories ?

Or, contrairement à ce que l’on essaie parfois de nous faire croire, tout cela ne va pas de soi. D’abord, la première étape : le constat d’inégalités de fait.  On est ici confronté à au moins deux problèmes. D’une part, si on découpe la population en catégories, le nombre de « discriminations », d’inégalités de fait, que l’on peut constater est potentiellement infini. Or, il est évident que certaines catégories de population semblent gravement discriminées dans l’indifférence générale. Par exemple, il est incontestable que les ouvriers et les chômeurs sont très fortement sous-représentés à l’Assemblée nationale et au Sénat au regard de leur importance dans la société française. Comment se fait-il, dans ce cas, qu’à peu près personne ne parle de discrimination à leur égard ?

D’autre part, la nécessité de se constituer en groupe distinct du reste de la société afin de réclamer des avantages (des quotas, par exemple) transforme inévitablement la vision qu’on se fait de la société et de la nation. En effet, pour savoir si un groupe est « discriminé », il faut impérativement en compter les membres, et même les compter deux fois. Une fois pour évaluer leur poids global dans la population, une autre fois pour vérifier s’ils sont représentés en proportion dans tel ou tel domaine. C’est la raison pour laquelle, la généralisation de la discrimination positive rendra inévitable l’utilisation des statistiques ethniques (sur le modèle américain, là encore). Pour savoir s’il y a assez de Noirs journalistes ou d’Arabes présentateurs de jeux télévisés (question que se pose désormais officiellement le Conseil supérieur de l’audiovisuel), il faudra non seulement compter les journalistes Noirs et les présentateurs Arabes, mais aussi évaluer précisément le nombre de Noirs et d’Arabes au sein de la population française. Il n’y a aucune raison que des demandes du même type ne soient pas alors formulées concernant, par exemple, le nombre de Juifs, de Musulmans, d’handicapés, d’homosexuels, etc. Or, de même qu’une femme n’est jamais seulement une femme ni un homme seulement un homme, un Juif n’est jamais seulement un Juif et un Noir n’est jamais seulement un Noir. Considérons par exemple un homme Noir et riche. S’agit-il d’un bourgeois ? D’un individu « racisé » ? D’un représentant du patriarcat ?

L’inégalité n’est pas nécessairement injuste

Ensuite, la deuxième étape : l’interprétation d’une inégalité comme injuste. Dans le raisonnement qui justifie la discrimination positive, cette deuxième étape est en fait la plus importante et aussi la plus complexe (raison pour laquelle, sans doute, les défenseurs de la discrimination positive l’ignorent souvent superbement). En effet, il ne suffit pas de constater une inégalité de fait pour pouvoir exiger la mise en place d’une discrimination positive. Encore faut-il prouver que cette inégalité de fait est injuste. C’est sur ce point, très complexe, que se joue l’essentiel de la lutte idéologique concernant la notion de discrimination positive. Aux États-Unis, on l’a dit, l’affirmative action a été justifiée par l’idée que les inégalités de fait touchant les Noirs étaient une conséquence de l’esclavage et de l’apartheid ayant régné autrefois dans le pays (en tout cas au Sud). Dans ce cas, on se réfère à des périodes historiques précises et à des phénomènes pouvant être factuellement démontrés. Personne ne peut nier que l’esclavage a été largement pratiqué aux États-Unis et qu’ensuite les Noirs ont été légalement discriminés dans plusieurs États américains.

Dans le cas des femmes, on attribue les inégalités de fait à un machisme systémique régnant dans la société, ce qui est une idée qui, même si elle mérite d’être discutée, est déjà beaucoup plus nébuleuse que la réalité historique de la traite des Noirs. Les associations ethniques qui existent désormais en France (par exemple le Conseil représentatif des associations noires de France ou le Parti des indigènes de la République) font référence quant à elles à un racisme systémique ou à un racisme d’État qui expliqueraient la situation des Noirs ou des Arabes dans la société française. Mais revenons à notre exemple de la sous-représentation des ouvriers ou des chômeurs parmi les députés et les sénateurs. Le constat est absolument évident, la « discrimination » est factuelle. Mais, comme on l’a dit, personne ne s’en émeut. C’est donc que cette inégalité de fait n’est pas socialement considérée comme injuste. Pourtant, puisqu’on évoque comme des évidences le machisme ou le racisme systémiques, on ne voit pas pourquoi on ne pourrait pas évoquer la domination structurelle des classes dominantes. En quoi serait-il scandaleux qu’il n’y ait pas 50% de femmes parlementaires mais tout à fait normal que la bourgeoisie et les classes moyennes supérieures règnent en maîtres absolus dans les travées du Sénat et de l’Assemblée nationale ? Toute inégalité n’est pas une injustice et donc toute discrimination n’est pas illégitime. Mais la généralisation du principe de la discrimination positive ne peut que favoriser une lutte perpétuelle entre les catégories afin de décrocher le label « groupe discriminé ». Ou alors, il faut être cohérent et mettre en place des lois qui prévoient une stricte représentation proportionnelle des différentes catégories d’individus dans toutes les activités sociales (nous constatons par exemple que les roux sont manifestement sous-représentés parmi les candidats au concours de l’Eurovision).

Rupture du principe d’égalité devant la loi

Enfin, la troisième étape : mise en place d’une inégalité de droit. Il faut insister sur cette formulation car le mot « quotas » peut masquer la réalité. Quand on met en place des quotas à l’avantage d’une certaine catégorie, il s’agit par définition d’instaurer une inégalité de droit par rapport aux autres catégories. Si on réserve 10% des entrées à l’université à des Noirs, cela fera autant de « non-Noirs » qui n’entreront pas à l’université alors que, potentiellement, ils le méritent peut-être. Si on réserve 50%  des financements à des réalisatrices, cela fera autant de réalisateurs qui n’auront pas de financements pour des films qui mériteraient peut-être d’être soutenus. Or, ce n’est  pas un mince problème. D’abord parce que cela amène à combattre une injustice en créant potentiellement d’autres injustices (un étudiant Blanc écarté de l’Université du fait de politiques en faveur des étudiants Noirs n’est en rien responsable de l’esclavage ou de l’apartheid). Ensuite parce que la mise en place de quotas écarte totalement les notions de compétence ou de talent. Les rédacteurs de la tribune publiée par Le Monde se débarrassent de la question avec une désinvolture significative : « Certains diront que le seul critère de sélection doit être le talent, que le talent… Cependant, le talent n’est pas qu’un don reçu au berceau, mais également le fruit d’une éducation et d’une construction sociale dans lesquelles les femmes restent encore désavantagées par rapport aux hommes. ». Ce qui est remarquable, c’est que cette phrase censée tout expliquer ne veut pas dire grand-chose. Étant donné que nous sommes des êtres civilisés, tout, absolument tout, peut être considéré comme le fruit d’une construction sociale. D’ailleurs, il est curieux de constater que les rédacteurs de la tribune semblent considérer que le talent est ou bien inné ou bien la conséquence d’une construction sociale. Ils n’envisagent donc même pas l’idée que le talent puisse résulter de la singularité irréductible d’un individu, de son expérience, de ses rencontres, de sa réflexion. Or, Jean-Michel Basquiat n’est pas un peintre noir et Camille Claudel n’est pas une sculpteur femme. Ce sont des individus singuliers et exceptionnels. On ne voit absolument pas en quoi le fait d’imposer la parité entre réalisateurs et réalisatrices serait à même d’assurer magiquement une distribution équitablement genrée du talent. Il se trouve qu’il existe déjà beaucoup de réalisatrices de très grand talent, reconnues et justement célébrées.

En revanche, au dernier festival de cinéma de Berlin, l’Ours d’or a été décerné à un film parlant de la sexualité, Touch me not, réalisé par une femme (Adina Pintilie) que les critiques de cinéma ont trouvé tout à fait médiocre (mais peut-être faudrait-il exiger la parité au sein de la critique cinématographique). De même, en 2004, le jury du festival de Cannes avait cru bon de couronner le très mauvais film de Michael Moore, Fahrenheit 9/11, au motif qu’il ridiculisait le méchant président américain George Bush. Ce qui nous donne un aperçu des catastrophes esthétiques qui se produisent quand on veut à toute force que l’art soit moral ou qu’il se donne pour but de « faire évoluer la société dans le bon sens ». Il est impossible que la pression pour imposer la parité s’arrête à des questions de financement et de programmation, elle concernera forcément, elle concerne déjà, les récompenses, les prix et la mise en avant de telle ou telle œuvre. D’ailleurs, aux Etats-Unis, certains groupes exigent que les récompenses décernées aux Oscars soient représentatives de la population américaine (mais uniquement par rapport au nombre de femmes et de Noirs récompensés).

Peut-on féminiser l’art ? 

La tribune publiée par Le Monde déclare : « Le cinéma a besoin de l’imaginaire des femmes, de la fabrication de leurs images et de leurs histoires pour transformer les repères esthétiques dominants qui ont créé ces stéréotypes vénéneux. ». Voilà de nouveau une bien étrange déclaration. Il y aurait donc un imaginaire spécifique aux femmes. Pourquoi pas ? C’est même probablement vrai. Mais en quoi cet imaginaire devrait-il être considéré comme nécessairement fécond ? N’est-il pas d’ailleurs lui aussi immanquablement le fruit d’une « construction sociale » ? Et doit-on en déduire qu’une réalisatrice digne de ce nom doit s’astreindre à produire des films reflétant « l’imaginaire féminin » ? De même on ne voit pas bien ce que sont au juste les « repères esthétiques dominants » évoqués et en quoi ils ont créé des « stéréotypes vénéneux ». Il nous semble pourtant que toute l’histoire de l’art, tout le travail des artistes (hommes ou femmes) consistent à interroger les repères esthétiques dominants. Un cinéma féminin n’apportera rien de plus qu’un théâtre communiste, une musique homosexuelle ou une peinture catholique. L’imaginaire féminin est en lui-même aussi pauvre et convenu que l’imaginaire masculin puisque, précisément, ce sont des constructions sociales donc des imaginaires collectifs. Or, l’art est le domaine de la subjectivité. Une farouche, intolérante (et parfois intolérable), indomptable subjectivité.

Contre le sexisme au cinéma,  mettons en place des quotas

« En France, chacun, chacune peut créer, inventer, s’exprimer librement au travers de la création artistique. Grâce à l’exception culturelle, notre Etat considère que le fruit de cette création n’est pas un bien marchand comme les autres, préservant ainsi la réalisation des œuvres culturelles. Avec son cinéma et ses actrices, la France incarne le septième art à travers le monde par sa diversité, sa singularité et son glamour.

Malgré tout, comme dans bien des domaines d’activité, les femmes restent discriminées dans le cinéma : moins d’un long-métrage sur quatre agréé par le Centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) est réalisé par une femme. Aucune exposition à la Cinémathèque française n’a été consacrée à une cinéaste. En soixante et onze ans de Festival de Cannes : une demi-Palme d’or a été décernée à Jane Campion en 1993, partagée avec Chen Kaige. Et un César de la meilleure réalisatrice pour Tonie Marshall en  2000. Sans parler d’inégalités salariales, avec un écart de 42% en défaveur des femmes, et d’inégalité des chances, avec seulement 28 % des avances sur recettes attribuées par le CNC pour des projets menés par des femmes.

Si la France ne cesse d’œuvrer pour que les femmes parviennent à peser de la même façon que les hommes sur la société et sur son évolution, le chemin à parcourir reste encore long et sinueux. Ailleurs dans le monde émerge une prise de conscience pour une réelle égalité des sexes dans les métiers du cinéma. La Suède et l’Irlande ont adopté des quotas avec pour objectif que, d’ici trois ans, 50 % des subventions aillent à des projets portés par des femmes. L’Espagne, elle, a choisi un système de points, qui bonifie les projets des femmes pour l’attribution des aides. Le Canada s’est donné trois ans pour atteindre et maintenir la parité en ce qui concerne le nombre de productions réalisées par des femmes et les postes-clés de création. Les politiques de quotas sont les plus efficaces en matière de résultats. En Suède, à la suite de cette politique, la proportion de réalisatrices est passée de 16 % en 2012 à 38 % en 2016.

Le 28 septembre 2017, le Conseil de l’Europe a même adopté une recommandation historique invitant les États membres à revoir leurs législations et leurs stratégies pour promouvoir l’égalité dans le secteur, mettre fin à la répartition inéquitable des subventions et assurer la collecte, le suivi et la publication de données en la matière. Nous pouvons légitimement nous demander pourquoi la France n’a alors pas légiféré.

Quand l’application d’actions fortes est nécessaire, les quotas, qui ont déjà donné des résultats, constituent une étape inévitable pour vaincre les inégalités. N’en fut-il pas de même pour la chanson francophone ? En politique ou pour les -conseils d’administration des grandes entreprises ? Certains diront que le seul critère de sélection doit être le talent, que le talent… Cependant, le talent n’est pas qu’un don reçu au berceau, mais également le fruit d’une éducation et d’une construction sociale dans lesquelles les femmes restent encore désavantagées par rapport aux hommes. A moyens égaux, le talent le sera aussi ! 60 % des effectifs sortant de l’École nationale supérieure des métiers de l’image et du son (Femis) sont des femmes, et seulement 21% de films de femme ont été agréés par le CNC : doit-on parler de talent ? Ou de discrimination à l’embauche ?

Ajoutons que 85 % des fonds publics européens sont attribués à nos confrères réalisateurs : juste une question de talent ? ! A travers cette tribune, nous voulons soutenir la ministre de la culture, Françoise Nyssen, qui, le mercredi 7 février, lors du comité ministériel pour l’égalité entre les femmes et les hommes, a annoncé sa détermination pour garantir la parité dans le monde de la culture. C’est une occasion historique pour Mme Nyssen de s’associer à une évolution majeure du secteur culturel. Nos objectifs partagés avec la ministre de la culture sont : de parvenir à la parité des commissions de production, à la parité du nombre de projets soutenus dans les instances qui gèrent les fonds publics ; d’obtenir le renouvellement des programmateurs pour atteindre la parité dans les lieux de promotion, de diffusion des œuvres cinématographiques et audiovisuelles.

La France ne doit pas rester à la traîne de l’Europe. Elle doit faire émerger de nouvelles figures dans la création et l’industrie de la culture. Ne laissons plus le sexisme et le machisme être des entraves à la liberté d’expression. Le cinéma a besoin de l’imaginaire des femmes, de la fabrication de leurs images et de leurs histoires pour transformer les repères esthétiques dominants qui ont créé ces stéréotypes vénéneux. Les femmes ont une histoire qui ne peut ni ne doit plus être effacée de notre mémoire collective et de sa transmission aux jeunes générations. Gageons que les responsables des organisations professionnelles et syndicales de la culture sauront saisir l’occasion historique de participer au changement promis par la ministre. »

Le Monde, vendredi 2 mars 2018

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