Il est plus que temps de (re)découvrir l’œuvre d’Alan Clarke (1935-1990), réalisateur britannique injustement ignoré de notre côté de la Manche, malgré une filmographie s’étalant sur deux décennies et témoignant d’un éclectisme passionnant : de Penda’s Fen (1974) – récit de sorcellerie proche de The Wicker Man – à la comédie paillarde Rita, Sue and Bob too (1987), en passant par une adaptation télévisée du Baal de Bertolt Brecht, en 1982, avec David Bowie dans le rôle-titre, Alan Clarke aura abordé tous les genres, au point d’égarer le cinéphile de bonne volonté qui voudrait découvrir son travail, mais ne saurait par quel angle l’aborder. C’est la raison pour laquelle nous nous limiterons ici à évoquer les quatre films du coffret édité par Potemkine, au début des années 2010, regroupant Scum, Made in Britain, Elephant et The Firm, soit une tétralogie informelle dont le fil conducteur serait la critique radicale de l’Angleterre thatchérienne.

Si selon nous – et à la différence de François Fillon qui l’avait prise pour modèle politique – Margaret Thatcher laisse derrière elle un bilan plus que mitigé à l’issue de ses trois mandats de premier ministre (1979-1990), la « dame de fer » aura eu au moins le mérite de stimuler admirablement la culture britannique en devenant, sans doute malgré elle, un objet de détestation qui produisit d’excellentes chansons (« Shipbuilding » et « Tramp the Dirt Down » d’Elvis Costello, « Margaret on the Guillotine » de Morrissey), des romans remarquables (What a carve up ! de Jonathan Coe, GB 84 de David Peace, Born under Punches de Martyn Waites) et, bien sûr, quelques très beaux films de Ken Loach (Looks and Smiles), Stephen Frears (My Beautiful Laundrette, Sammy and Rosie Get laid) ou Mike Leigh (Meantime, High Hopes, Life is Sweet). Toutefois, et malgré notre admiration sincère pour les titres cités plus haut, le travail de ces réalisateurs pâlit en comparaison de l’approche magistrale de la tétralogie : en quatre films, Alan Clarke aura produit un résumé cinglant et indépassable des mutations infligées à la société britannique par onze années de thatchérisme.

On pourrait penser que l’univers d’Alan Clarke est strictement réservé à un public averti tant il est vrai que la violence qui le caractérise – parfois très crue – peut intimider. Il serait pourtant dommage de passer à côté d’une œuvre singulière, qui – malgré son pessimisme indéniable – suscite le plus souvent un véritable enthousiasme en raison de la force et de l’acuité qui la définissent. Les amateurs de comédies sont d’ailleurs incités à découvrir une autre facette du talent protéiforme de Clarke avec Rita, Sue & Bob Too (également édité chez Potemkine). Festival de vulgarité et de mauvais goût, le film imagine – à travers son récit d’adultère et de triolisme – la possibilité de supprimer les barrières sociales par une approche du sexe hédoniste et débridée. S’il s’agit à nos yeux d’une réalisation mineure du cinéaste, Alan Clarke y témoigne en revanche d’une franche empathie pour ses personnages et d’un anarchisme joyeux qui le rendent très attachant et peut-être plus accessible.

Nous vous proposons donc de (re)découvrir la l’oeuvre du cinéaste britannique à travers quatre de ses films les plus marquants : Scum (1979), Made in Britain (1982), Elephant (1989) et The Firm (1989).

  1. Par snobisme anglophile, aucun titre n’a été traduit!

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