Le chanteur du groupe Pulp, dissous en 2002, sort un superbe disque, Beyond the Pale, avec une nouvelle formation nommée Jarv is…

Jarvis Cocker est né en 1963 à Sheffield. Deux informations anodines qui, pourtant, sont fondamentales pour comprendre ce chanteur, anglais jusqu’au bout des ongles et cinquantenaire peu enclin à courir derrière un mythique âge d’or de la jeunesse. Jarvis Cocker a fondé le groupe Pulp, identifié à la vague de la fameuse, et peut-être surestimée BritPop des années 1990. Pourtant, dès le premier album de Pulp, on a compris qu’on tenait là quelque chose d’original, de décalé et de complètement incontrôlable. La voix de Jarvis Cocker, d’une gravité d’outre tombe ponctuée de ses célèbres cris venus de nulle part (mi James Brown mi sanglier effarouché); les paroles tour à tour drôles, émouvantes ou glaçantes; la musique et la composition des chansons s’écartant subtilement de la routine pépère du rock domestiqué (couplet, refrain, couplet, refrain et tout le monde chante en allumant des briquets).

Jusqu’à la séparation du groupe, en 2002, Pulp a enregistré 7 disques, toujours intéressants, parfois brillants, mais Jarvis Cocker n’est jamais devenu Mick Jagger et il continua à se languir d’une gloire qu’il avouait candidement (une candeur roublarde, bien sûr) rechercher avidement. Après 2002, il a multiplié les tentatives en solo et les collaborations plus ou moins convaincantes. Et puis, voilà qu’il sort, comme un diable de sa boîte, un disque superbe, Beyond the Pale, avec une nouvelle formation qu’il a baptisée, avec son proverbial égocentrisme bonhomme, Jarv is… . On y retrouve tout ce qui faisait l’intérêt de Pulp, la folie en moins et la maîtrise en plus.

Beyond the Pale ne comprend que 7 morceaux, ce qui n’est pas plus mal car cela nous change des groupes qui croient nécessaire de nous infliger des opus de 17 titres (dont 6 fonds de tiroirs et 4 versions “alternatives” complètement inutiles). Le disque est équilibré, cohérent, ce qui tient peut-être à sa genèse. Jarv is… a été créé à l’occasion d’une invitation adressée à Jarvis Cocker par Sigur Ros pour un festival en Islande en 2017. Il réunit alors une petite bande – la harpiste Serafina Steer, la violoniste et guitariste Emma Smith, le bassiste Andrew McKinney, le batteur Adam Betts et Jason Buckle aux synthés – et les morceaux vont être composés et affinés sur scène au fil d’une série de concerts.

Cela donne un album magnifique, mêlant électronique et envolées orchestrales, chant lyrique et spoken word (rebaptisé slam en France pour faire plaisir à Grand Corps Malade), centralité de la voix de Jarvis Cocker et surgissement des voix féminines. Pulp est mort, vive Jarv is… !

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