Après le très mauvais En finir avec Eddy Bellegueule, Edouard Louis publie son deuxième roman, le calamiteux Histoire de la violence. La recette reste la même : prétendre écrire de la littérature alors qu’on se contente de s’exhiber de manière indécente tout en faisant œuvre de propagande.

En finir avec Eddy BellegueuleEn 2014, Edouard Louis a publié un vrai-faux roman intitulé En finir avec Eddy Bellegueule. Le texte est purement autobiographique et raconte la douloureuse enfance de l’auteur dans une famille de « personnalités toxiques », comme on dit dans les fanzines de psychologie. La famille du personnage-auteur est présentée comme incurablement vulgaire, raciste et homophobe et la description du village de Picardie où il grandit ferait passer Germinal de Zola pour le récit des aventures d’un groupe de bobos parisiens. Le texte est très fortement centré sur l’homosexualité d’Edouard Louis et l’impossibilité de la vivre sereinement dans cet environnement hostile. Le livre fut encensé (à quelques heureuses exceptions près) pour son courage et son style prétendument célinien.

Une fiction garantie non fictionnelle

Or, non seulement ce texte est stylistiquement fort pauvre (il ne suffit pas d’écrire « pédé » dans un livre pour être crédité d’un style célinien) mais il a malheureusement tout du roman à thèse. Edouard Louis le confirme d’ailleurs dans tous les entretiens qu’il accorde à la sortie de son livre, par exemple dans le journal Les Inrockuptibles (mars 2014) où il déclare : « Mais a posteriori, je m’aperçois que ce qui gêne dans mon roman, son aspect le plus subversif peut-être, c’est de dire que ce que j’écris a été vécu. Et ce que j’écris a été vécu. ». En dehors du fait qu’il est assez puéril de se vanter d’avoir écrit un livre soi-disant subversif (le subversif étant de toute façon devenu la nouvelle norme culturelle), il est absolument affligeant de voir un écrivain affirmer que la principale force de son roman réside dans le fait que ce n’est pas un roman. On peut évidemment s’inspirer de sa propre vie pour écrire un texte de fiction, de très grands auteurs l’ont fait, mais le caractère autobiographique d’un récit ne nous dit strictement rien sur la qualité du texte. Ou alors, il faut porter au pinacle de la création littéraire les mémoires de Zinédine Zidane. Au final, En finir avec Eddy Bellegueule s’apparente à une sorte de transcription écrite d’émission de télé-réalité pour intellectuels de gauche parisiens : Edouard est embêté par ses camarades d’école ; les parents d’Edouard n’ont pas lu Pierre Bourdieu, il n’y a pas de Gay Pride en Picardie, etc.

http://www.ina.fr/video/CPF86632261

Pas d’adversaire, rien que des ennemis

Quelques mois après la parution de son roman, Edouard Louis a publié, en compagnie du philosophe Geoffroy de Lagasnerie, un appel à boycotter le colloque des Rendez-vous de l’histoire sous prétexte que la conférence inaugurale sur le thème de la rébellion devait être prononcée par le philosophe Marcel Gauchet. Dans ce texte stupéfiant de sottise et de mauvaise foi, les deux compères écrivent notamment : « C’est donc avec stupéfaction et même un certain dégoût que nous avons appris que Marcel Gauchet avait été invité à en prononcer la conférence inaugurale. Comment accepter que Marcel Gauchet inaugure un événement sur la rébellion ? ».

En quoi la figure de Marcel Gauchet (qu’on pourrait sans doute situer politiquement entre Manuel Valls et François Bayrou) peut-elle susciter le dégoût ? Tout simplement parce qu’il a eu l’outrecuidance d’exprimer des positions différentes de celles de nos deux censeurs sur un certain nombre de questions : « Contre quoi Gauchet s’est-il rebellé dans sa vie si ce n’est contre les grèves de 1995, contre les mouvements sociaux, contre le Pacs, contre le mariage pour tous, contre l’homoparenté, contre les mouvements féministes, contre Bourdieu, Foucault et la « pensée 68 », contre les revendications démocratiques ? ».

Il ressort de tout cela que, manifestement, Edouard Louis a une conception de l’art profondément stalinienne (l’artiste doit être un « ingénieur des âmes », c’est-à-dire un propagandiste) et qu’il considère le débat intellectuel sous l’angle unique de la rectification idéologique (quiconque n’est pas entièrement avec nous est intégralement contre nous).

La sociologie critique de tout sauf d’elle-même

Histoire de la violenceEdouard Louis a donc publié un nouveau « roman » autobiographique en janvier 2015, Histoire de la violence. Le sujet de ce nouveau livre ? Eh bien il est encore arrivé un malheur à Edouard Louis, décidément ce gars n’a pas de bol. Alors qu’il rentre chez lui pendant la nuit, le personnage-auteur est abordé par un garçon prénommé Reda. Les deux hommes vont chez le narrateur, font l’amour et discutent, essentiellement du racisme dont aurait été victime en France le père Kabyle de Reda. Au moment où Reda s’apprête à partir, Edouard Louis s’aperçoit qu’il lui a volé son téléphone et le lui fait remarquer. Reda frappe alors le narrateur, le viole et tente de l’étrangler.

Le reste du livre est une « réflexion » remplie de clichés sur la violence, le racisme, l’homosexualité, le sexisme, autrement dit toute la vulgate de la « sociologie critique » de déconstruction des logiques de domination (l’auteur doit-il porter plainte contre son agresseur alors que celui-ci, étant fils d’immigré, ne peut être réellement coupable puisqu’il est par nature une victime et patati et patata). Le style, quant à lui, est fidèle à celui du premier roman de l’auteur, lourd, plat, démonstratif, avec pour seul « originalité » une pesante polyphonie mêlant le récit des événements par Edouard Louis et par sa sœur (qui, bien sûr, ne comprend rien, la pauvrette, raison pour laquelle le livre retranscrit les propos de la sœur avec des corrections entre parenthèses de l’auteur, un procédé particulièrement ridicule). Dans un entretien à Livres Hebdo, Edouard Louis assène de nouveau son antienne : « Dans ce livre, il n’y a pas une ligne de fiction. La structure est fictionnelle, mais tout est vrai, y compris le prénom du garçon, ses origines ».

 Il peut être rassuré, non seulement il n’y a pas une ligne de fiction dans Histoire de la violence, mais il n’y pas non plus la moindre trace de littérature, l’ombre d’un style ni l’embryon d’une pensée. Reste l’impudeur confondue avec la sincérité et la ratiocination dogmatique en guise de réflexion. On ne veut aucun mal à Edouard Louis en tant qu’individu, il est peut-être un garçon charmant et ce qui lui est arrivé est éminemment regrettable, mais le fait que son nouveau pensum soit salué par une grande partie de la critique (notamment le redoutable Monde des Livres) en dit long (et rien de bon) sur les conceptions dominantes en matière d’art et de littérature.

« La littérature, comme toute forme d’art, est l’aveu que la vie ne suffit pas. » Fernando Pessoa (Fragments d’un voyage immobile)

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.