White, de Bret Easton Ellis
1.0Note Finale

White est un essai. Quel est le sujet de cet essai ? Après la lecture douloureuse (car l’ennui profond est une authentique douleur) de ce livre, force est de constater qu’on n’en sait rien. D’ailleurs, la quatrième de couverture nous indique, malgré elle, que les éditeurs français de cet ouvrage ne le savent pas non plus. On y lit en effet : « Que raconte White, première expérience de non-fiction pour Bret Easton Ellis ? Tout et rien. ». Mais aussi : « Que raconte White en ayant l’air à la fois de toucher à tout et de ne rien dire ? ». En clair, les éditeurs de White nous informent qu’ils savent pertinemment que ce livre n’a aucun intérêt mais qu’ils ont décidé de le publier quand même car l’auteur est connu. 

Et de fait, White n’a pas « l’air » de ne rien dire, Easton Ellis ne dit effectivement rien dans ce livre et s’il a « l’air » de poursuivre « son analyse décapante des États-Unis d’Amérique », « Loin des clichés » (toujours la quatrième de couverture), White a en fin de compte pour seul et unique sujet Bret Easton Ellis (ce qui est d’autant plus  amusant que le livre prétend dénoncer, entre autres choses, le narcissisme de notre époque).

Le cobra royal mutant

Or, si ce livre nous apprend (ou nous confirme) quelque chose, c’est que Bret Easton Ellis n’est pas quelqu’un de très intéressant. Ce qui pose un léger problème dans la mesure où une grande partie du livre consiste en une autobiographie décousue et soporifique. L’auteur commence par évoquer son enfance et son adolescence en multipliant les références géographiques et culturelles totalement incompréhensibles si on n’est pas un américain ayant vécu à l’époque dans la même ville que lui, « Si je pouvais survivre à Children Shouldn’t Play With Dead Things dans un multiplex de Northridge avec mon ami Robert Scarf ou supporter l’hideuse transformation de Dirk Benedict, d’étudiant assez sexy en cobra royal mutant dans Sssssss, seul dans un cinéma de North Hollywood….. » (il y en a des dizaines de pages du même tonneau).

Le bar de Danny Meyer

De manière générale, on ne voit pas très bien où il veut en venir, les seuls repères étant de vagues sentences convenues sur le fait que autrefois les enfants étaient moins couvés que maintenant et ne s’en portaient pas plus mal (ce qui reste à prouver). S’ensuit une très longue et très indigeste réflexion sur le métier d’acteur où aucun cliché ne nous est épargné, Bret Easton Ellis insistant notamment beaucoup sur cette incroyable révélation : l’acteur est un menteur car il fait semblant ! Cette réflexion indigente sur le cinéma est entrecoupée, comme depuis le début, de passages autobiographiques absolument captivants comme : « Le quartier, pourtant, s’embourgeoisait progressivement, en raison, d’une part, des Zeckendorf Towers qui s’étaient élevées récemment de l’autre côté sur Broadway et, d’autre part, de l’Union Square Café, de Danny Meyer, sur 16th Street ».

Cruise et l’Empire

Finalement, l’auteur consent à aborder ce qui était censé constituer le sujet de son essai, si on en croit la campagne publicitaire qui a accompagné la publication de son livre : le politiquement correct. Il aura fallu attendre la page 107. A partir de là, le livre se transforme en un assemblage très confus de remarques pertinentes mais jamais développées ou justifiées, de retours perpétuels à la vie souverainement (et bourgeoisement) ennuyeuse de Bret Easton Ellis, et de passages proprement incompréhensibles : « Le tact aurait peut-être fonctionné pour Cruise à l’époque de l’Empire, mais un truc comme Knight and Day n’a tout simplement pas marché dans le nouveau monde. Et Les Grossman, le responsable de studio, monstrueux, grossier, de Tonnerre sous les tropiques tournoyant lors des MTV Movie Awards, n’était pas Cruise essayant de parvenir à la décontraction post-Empire parce que Les Grossman tirait magistralement parti de la façon dont Cruise s’en sortait dans la presse traditionnelle – obsession du contrôle Empire au plus serré. ».

Un mauvais livre écrit par un ami politique est…un mauvais livre

L’intérêt de White est en fin de compte tout à fait étranger au livre lui-même. En cette époque où la logique de clans semble prévaloir sur tous les sujets (vous êtes avec nous ou contre nous), le livre de Easton Ellis nous rappelle que ce qui devrait toujours compter, c’est la qualité, intellectuelle ou artistique, d’une œuvre. Nous sommes d’accord avec Bret Easton Ellis : le film Moonlight a été outrageusement surestimé et personne n’osait le dire parce que le personnage principal est noir et homosexuel, les réactions d’hystérie des bourgeois démocrates américains après l’élection de Donald Trump ont été affligeantes, la politique « communautaire » à l’américaine est un cauchemar. Mais cela n’enlève rien au fait que son livre est profondément, irrémédiablement, mauvais. 

Pour finir sur une note positive, on conseillera donc vivement, sur le sujet du « politiquement correct » et des dérives de l’Amérique, l’excellent livre de Mark Lilla, La gauche identitaire ; l’admirable ouvrage de Thomas Frank, Pourquoi les riches votent à gauche ? ; et celui de George Packer, L’Amérique défaite.

Bret Easton Ellis, White (Robert Laffon, 2019).

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