Ancien chanteur des groupes Marquis de Sade et Marc Seberg, Philippe Pascal est décédé le 12 septembre 2019, alors qu’il préparait l’enregistrement d’un album studio prolongeant la reformation scénique de Marquis de Sade en 2017 et 2018. Son fantôme vient pourtant nous rendre visite en ce début d’année 2021, avec la sortie d’Aurora, l’album du groupe Marquis et la parution du livre Fleurs plantées par Philippe de Dominique Ané.

Groupe mythique du post-punk hexagonal, Marquis de Sade enregistra deux albums remarquables – Dantzig Twist en 1979 et Rue de Siam en 1981, qui furent longtemps introuvables avant d’être réédités en CD à la fin des années 80 – puis se sépara en raison de désaccords à la fois personnels et musicaux. De nouveau réunis à partir de 2017, pour une série de concerts, les musiciens projetaient donc d’enregistrer – enfin – un troisième album. Le projet fut brutalement interrompu par la disparition de Philippe Pascal, mais le disque Aurora, sorti le mois dernier sous le nom Marquis nous permet de découvrir quarante ans après Rue de Siam, un troisième opus digne de ses deux prédécesseurs et sur lequel – malgré son absence – plane paradoxalement, du premier au dernier morceau, l’ombre portée de leur ancienne figure de proue.

L’enjeu de ce disque imparfait, mais souvent magnifique, étant de remplacer une personnalité unique – et par définition irremplaçable – le choix aura été fait de ne pas recruter un imitateur, mais de marquer une césure avec un nouveau chanteur (Simon Mahieu, qui se tire très honorablement de cette mission difficile), ainsi que divers invités, à l’instar d’Étienne Daho sur l’émouvant Je n’écrirai plus si souvent ou le regretté Dominic Sonic pour une reprise cabossée de Ocean du Velvet Underground. Ce qui aurait pu ressembler à une réunion d’anciens combattants, coincés dans une nostalgie empesée et mortifère, enthousiasme au contraire par la vitalité et le panache qui se dégagent de ces treize chansons – notamment les deux dernières, Zagreb et Le Voyage d’Andrea – qui rendent un très bel hommage à la mémoire de Philippe Pascal.

         Après la séparation de Marquis de Sade, le chanteur fonda le groupe Marc Seberg qui, en quatre disques, frôla une reconnaissance plus large. A partir du deuxième album – Le Chant des Terres, en 1985 – Pascal fit le choix de chanter exclusivement en français et, adaptant en musique un poème des Fleurs du Mal (« Recueillement »), inventait une New-Wave francophone, marquée par le lyrisme et les influences littéraires. C’est essentiellement à cette seconde période – même s’il n’oublie pas celle de Marquis de Sade – que Dominique Ané (état-civil du chanteur Dominique A) consacre son hommage poignant, Fleurs Plantées par Philippe. En une soixantaine de pages, l’auteur de La Fossette et de Vers les Lueurs célèbre en Philippe Pascal une influence artistique majeure, un chanteur au magnétisme extraordinaire, mais également un homme simple et chaleureux, tout en avouant, avec une certaine tristesse, regretter certains de ses propos et comportements passés. Ané se souvient notamment de déclarations lapidaires, tenues dans un entretien, où il estimait qu’à partir du troisième album de Marc Seberg – Lumières et Trahisons en 1987, marqué par la volonté de toucher une audience plus large – Philippe Pascal était devenu une « caricature » et qu’il n’avait « rien compris ».

Marquis de Sade

On peut rappeler qu’à cette époque, au début des années 90, il était de bon ton dans la presse branchée – pour ne pas la nommer, la revue Les Inrockuptibles – de brocarder l’emphase supposément ridicule du chanteur et d’en faire un objet de moquerie récurrent. Si Ané devait quelques années plus tard clamer son admiration à Philippe Pascal sur le morceau Nationale 137 (« Philippe Pascal / Et ce son insensé ») ou, plus récemment encore, par une reprise délicate du mini-tube L’Éclaircie, il livre, dans Fleurs plantées par Philippe, une oraison funèbre d’une élégance rare, en saluant l’importance de cet artiste dans la brève histoire du rock français et en déplorant qu’il soit injustement si méconnu du grand public.

Aurora est distribué par Caroline Universal.

Fleurs plantées par Philippe est publié chez Médiapop éditions.

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