Dans la course à l’investiture pour le parti démocrate, Hillary Clinton semble perdre pied sur tous les terrains : bataille des idées, image et intégrité.

Son image politique est malmenée, tout d’abord, car elle a perçu de Wall Street et de clubs économiques divers et variés la coquette somme de 21,7 millions de dollars pour une série de conférences données après son départ du poste de Secrétaire d’Etat en 2013. La base modérée du parti lui reproche ensuite de ne pas avoir une vision programmatique très claire en matière de politique économique (elle n’en a tout simplement pas). Et les « Millennials », ceux qu’on appelait les « jeunes » en langage pré-sociologique, semblent d’autant plus se lasser de ses déclarations vaseuses à propos de l’égalité des sexes et des races qu’elle s’interdit de formuler tout moyen permettant de la réaliser concrètement.

De son côté, Bernie Sanders veut amorcer une « révolution culturelle » en établissant le salaire minimum à 15 Dollars de l’heure, en instaurant la gratuité de l’enseignement universitaire et en créant un régime d’Assurance Sociale comparable à celui dont dispose la France. Il a d’ores et déjà publié une feuille de route pour en assurer le financement, qui consiste en un redressement massif du taux d’imposition du Top Ten des contribuables américains et des sociétés de Wall Street les plus cotées.

Toutes les femmes sont des pestes, les autres sont des sottes.

Afin de remédier au « siphonage » de son électorat par un socialiste surexcité, Hillary Clinton a décidé de sortir de ses tiroirs un « concept » fort et original : les femmes. Bien mal lui en a pris.

Pour la soutenir dans son combat, elle a sollicité la présence de Madeleine Albright, première femme Secrétaire d’Etat sous l’administration de Bill Clinton, à un meeting à Concord dans le New-Hampshire. Celle-ci a gentiment accepté l’invitation et a donné une conférence qui a laissé abasourdi son auditoire. Exhortant les femmes « d’en avoir », si l’on peut dire, elle a demandé aux participantes de bien vouloir se ranger derrière la candidature d’Hillary Clinton sous l’argument… qu’elle est une femme. Et celle-ci d’ajouter : « Il y a une place spéciale en enfer pour les femmes qui ne s’entraident pas ». La déclaration a provoqué le rire gêné de l’intéressée qui s’est imméditement réfugiée dans son verre d’eau. Lors d’une interview pour la chaîne américaine NBC, Madeleine Albright a cru bon d’en remettre une petite couche en suggérant que les femmes pouvaient être « dures » entre elles et qu’elles étaient portées à se juger les unes les autres au lieu de se soutenir mutuellement. Tout ceci pour démontrer que, dans un monde peuplé d’hommes, ce penchant des femmes à persifler contribue fâcheusement à occulter combien le combat d’Hillary Clinton pour son investiture est difficile.

Un second soutien est venu compléter l’arsenal pré-électoral déployé par Hillary Clinton. Vendredi 5 février, Gloria Steinem, une porte-parole historique du mouvement féministe, aujourd’hui âgée de 81 ans, a déclaré dans une interview sur la chaîne HBO, que les femmes ont tendance à devenir plus actives politiquement à mesure qu’elles prennent de l’âge, et que le succès de Bernie Sanders est dû au fait que les femmes se rendent à ses meetings parce qu’elles espèrent y trouver des garçons : « Quand vous êtes jeunes, vous vous demandez : « où sont les garçons ? ». Ils sont avec Bernie ». Et donc elles y courent, en masse apparemment. Les féministes n’ont pas manqué de marquer leur mécontentement en dénonçant, à juste titre, cette théorie fumeuse qui en dit long sur le désarroi d’Hillary Clinton et sur son incapacité à définir un programme politique cohérent, en dehors du ramassis habituel des bonnes intentions (femmes, minorités, etc.). Au désespoir, elle convoque le pire cliché de la femme-objet qui, sottement, fera ce qu’on lui dit de faire, dans un réflexe de solidarité à l’égard d’une confrère en jupette.

Les femmes pensent, malheureusement.

En évacuant toute réflexion sur la nature des rôles féminins-masculins, les féministes (celles-ci en tout cas) importent un type de masculinité qu’elles calquent sur une psyché féminine. Si Madeleine Albright et Gloria Steinem colportent un tel barda de clichés sur les femmes, c’est parce qu’elles associent la domination matérielle et symbolique dans la société à un facteur exclusif, la « communauté » des hommes, à laquelle elles veulent justement se substituer (tout en en reproduisant les effets : la volonté de domination). Les femmes sont alternativement des idiotes, lorsqu’elles ne se soumettent pas aux injonctions de la communauté des femmes guerroyant contre la communauté des hommes, et des « patriotes » lorsqu’elles se rangent derrière la bannière du féminisme partisan.

L’essence du politique est d’énoncer les règles du jeu social. Certains considèrent que la structure mentale des femmes les prédispose à la préservation des valeurs morales (les Républicains) ; d’autres, au contraire, réclament une symétrie des rôles homme-femme car ceux-ci sont présentés comme le résultat d’une construction sociale et de préférences idéologiques qu’il faut dépasser (les Démocrates). Ce sont ces préférences collectives qui construisent les rôles sociaux. Ce que l’on appelle le « quotidien » n’est finalement que l’aménagement au niveau individuel de règles de vie inscrites dans le droit pénal et les mœurs (la loi sociale). Une femme présidente serait la validation institutionnelle de l’égalité homme-femme. Mais cela ne peut se faire à tout prix.

Car, homme ou femme, il est certain que vouloir porter quelqu’un à la présidence pour la seule raison qu’il est à notre image met à bas tous les principes fondamentaux de la démocratie. La transcendance de la représentation est la condition sine qua non de tout gouvernement démocratique. Si les femmes votent pour Hillary Clinton parce qu’elle est une femme, elles mettent les hommes dans l’obligation de voter pour un représentant de la « masculinité ». De la même manière, si un candidat est élu parce qu’il est noir, en dehors de ses qualités propres, il met en demeure tous les autres de riposter en votant pour celui qui leur est le plus proche. En ce sens, la Nation est une protection contre les travers du communautarisme (ethnique, régionaliste, féministe) dont la conséquence est l’implosion du vivre-ensemble. Le « vivre-entre-soi » porte toujours et partout le chaos, menant à la guerre civile. Il est le versant social du Capitalisme. Il est une régression de l’humanité à son âge le plus sombre, où « la guerre de tous contre tous » devient loi.

En convoquant des femmes à son chevet électoral, non pour ce qu’elles pensent, mais pour ce qu’elles sont, Hillary Clinton agit dans le sens contraire de l’intérêt de celles qu’elle prétend défendre. Car elle est avant tout une femme de pouvoir qui oeuvre pour sa survie politique, et non par philanthropie. Rien ne la distingue des membres du parlement (majoritairement des hommes) pour lesquels la politique est à la fois une ambition et un objet de pouvoir immanent. Sans programme politique, Hillary Clinton doit perdre. Ou plutôt, les Américains ont la responsabilité de la faire échouer.

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