Pendant des années, des intellectuels et politiciens français ont défendu la « cause » du terroriste et présumé assassin Cesare Battisti. Ce dernier, ancien membre de l’organisation terroriste Prolétaires armés pour le communisme avait fui la justice de son pays. Il a longuement profité de l’hospitalité de la France qui refusait de l’extrader en Italie. Quand on examine les arguments de ceux qui se sont battus d’arrache-pied pour que Battisti ne soit pas renvoyé dans son pays, il est frappant de constater le manque de crédibilité des justifications avancées.

En fin de compte, il apparaît que les uns l’ont soutenu parce qu’il est de gauche, tandis que les autres l’ont aidé parce qu’il est devenu romancier au cours de son exil. Après la Libération de la France, certains se sont ainsi mobilisés pour que le nazi Robert Brasillach ne soit pas fusillé sous prétexte qu’il écrivait des poèmes, alors que le sort des collabos du commun ne les préoccupait nullement. Le général de Gaulle a refusé de gracier Brasillach et il souligna à juste titre dans ses Mémoires que  « Dans les lettres, comme en tout, le talent est un titre de responsabilité. » 

Mes travaux et recherches (sur l’affaire Battisti) me permettent de maintenir ma conclusion sur son innocence (Fred Vargas, romancière)

S’il est vrai (et on ne le rappelle pas assez) que l’immense majorité des attentats sanglants commis en Italie pendant les Années de Plomb (période d’attentats politique en Italie dans les années 1960-1980) ont été perpétrés par l’extrême droite néofasciste et que les auteurs desdits attentats ont bénéficié d’une mansuétude scandaleuse de la part du système judiciaire et policier italien de l’époque, il n’en reste pas moins vrai que les organisations d’extrême gauche prônant la lutte armée ont assassiné des gens. D’autre part, la Guerre Froide est terminée et tout indique que les anciens terroristes d’extrême gauche peuvent être aujourd’hui jugés en Italie en bénéficiant de toutes les garanties de l’État de Droit. Quant au fait que Battisti est de gauche, on voit mal en quoi un meurtre commis au nom du communisme serait moins grave qu’un meurtre commis au nom du fascisme.

Combattant ou terroriste ?

Josu Urrutikoetxea (appelé aussi Josu Ternera), ancien dirigeant de l’ETA (organisation terroriste basque) a été récemment arrêté en France et voilà que de nouveau des voix s’élèvent pour réclamer l’indulgence. Julien Bayou et Sandra Regol, porte-parole nationaux du parti Europe Écologie Les Verts (EELV) ont publié un texte intitulé « Pour la libération immédiate de Josu Urrutikoetxea, artisan de la paix au Pays basque » (on se demande vraiment quel est le rapport avec l’écologie). Le journal Libération a publié une tribune signée notamment par Alain Badiou, Etienne Balibar et Toni Negri titrée « En soutien à Josu Urrutikoetxea ». L’argument central (et quasi unique) repose sur l’idée que  Josu Urrutikoetxea aurait eu un rôle déterminant dans l’abandon de la « lutte armée » par l’ETA. La tribune de Libération affirme : « Ce n’est pas le passé de combattant de Josu Urrutikoetxea – si bien instrumentalisé par les pouvoirs politiques et stigmatisé par les médias –, qui nous intéressera ici, mais bien son apport politique déterminant au processus de paix en cours au Pays basque. ».

L’ETA est une organisation criminelle

Les mots sont importants. Pour Messieurs Balibar et BadiouJosu Urrutikoetxea a un « passé de combattant ». C’est très noble, un passé de combattant. Les résistants au nazisme, par exemple, ont un passé de combattant. Dirait-on qu’un ancien dirigeant de L’Etat islamique ou d’Al-Qaïda a un « passé de combattant » ignoblement instrumentalisé par les pouvoirs politiques et stigmatisé par les médias  ? Sans doute pas. En l’occurrence,  Josu Urrutikoetxea a un passé de terroriste. L’ETA a fait régner une terreur abjecte au Pays basque pendant des années. L’ETA a assassiné dans la rue des personnes qui avaient pour seul tort d’être en désaccord avec cette organisation criminelle. L’ETA a posé des bombes qui ont déchiqueté des enfants. Et ils ont fait tout cela pour obtenir une indépendance du Pays basque dont même les Basques ne veulent pas. On ne voit pas où est « l’instrumentalisation » et la « stigmatisation ». Le fait que Josu  Urrutikoetxea ait décidé (après 40 ans de bombes et de meurtres !) de favoriser l’abandon de la lutte armée n’efface en rien les atrocités qu’il a commanditées auparavant.

Et si on demandait leur avis aux Italiens et aux Espagnols ?

On conseillera pour finir aux intellectuels français qui font preuve de tant de douce indulgence à l’égard des anciens terroristes étrangers d’aller faire un tour dans les pays de ces meurtriers et de parler avec les gens du cru. Après tout, les Italiens et les Espagnols ont peut-être leur mot à dire sur des organisations qui ont ensanglanté leurs pays. Il se trouve qu’on peut se promener aujourd’hui dans les rues de Milan ou de Bilbao sans craindre d’avoir les jambes arrachées par une bombe ou le crâne fracassé par une balle. Voilà qui nous semble plus important que les romans policiers de Cesare Battisti et les proclamations de paix fort tardives de Josu Urrutikoetxea

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