La campagne présidentielle de 2017 a présenté un certain nombre de spécificités. L’une d’entre elles résidait dans le fait que deux des principaux candidats, François Fillon et Marine Le Pen, étaient des poutinophiles acharnés, tandis qu’un troisième, Jean-Luc Mélenchon, évitait soigneusement de mettre en cause trop vivement le maître du Kremlin.

Quatre ans plus tard, on est obligé de constater que Vladimir Poutine, malgré les multiples preuves démontrant qu’il est un dictateur corrompu et meurtrier, bénéficie toujours d’une grande indulgence de la part d’une partie du monde politique français.

La persécution subie par Alexeï Navalny en Russie réactive cette étrange mansuétude. Fabien Roussel, secrétaire national du Parti communiste français (PCF) a ainsi déclaré : « Alexeï Navalny est connu pour des propos racistes, antisémites et pour sa ligne nationaliste, donc je regrette que l’UE en fasse un symbole unique. ». De même, au sein de La France Insoumise (LFI) de Jean-Luc Mélenchon, on aime à laisser entendre que Navalny serait un militant d’extrême droite, voire un fasciste. Quant au Rassemblement national, son vice-président Jordan Bardella a souligné son refus de s’ingérer dans les affaires intérieures russes alors que « M. Navalny a un contentieux éminent avec la justice » (en oubliant que le système judiciaire russe est totalement contrôlé par Poutine). De son côté, Marine Le Pen a estimé « regrettable que la France n’ouvre pas un dialogue privilégié avec Moscou », ce qui est exactement le discours que tenait M. Fillon en 2017.

De fait, Navalny a été, dans la première décennie des années 2000, apparenté à une partie du mouvement nationaliste russe. Il a, durant cette période sévèrement critiqué l’immigration, notamment en provenance du Caucase, parfois dans des termes très vifs. Aujourd’hui, et depuis des années, il présente un programme politique de type libéral et il s’est expliqué à plusieurs reprises sur son positionnement passé. L’analyse objective des propos tenus par Alexeï Navalny au fil du temps et le constat des procédures dictatoriales et criminelles mises en place par le pouvoir russe pour le faire taire amènent à s’interroger sur les véritables raisons qui poussent le Rassemblement national, l’aile la plus à droite du parti Les Républicains, le Parti communiste français et La France Insoumise (curieux attelage, tout de même!) à refuser leur soutien à Navalny.

Rappelons d’abord que le grand parrain de l’extrême droite, partout dans le monde et singulièrement en Europe, n’est pas Alexeï Navalny mais Vladimir Poutine. C’est d’ailleurs la raison de l’amitié de Marine Le Pen pour le dictateur russe. Vladimir Poutine soutient les « valeurs traditionnelles », le christianisme (dans une version où Jésus et son message n’ont évidemment aucune place), il combat (en apparence) l’islamisme, l’homosexualité, l’art contemporain et tout un ensemble de hochets idéologiques qui fonctionnent sur certaines personnalités de droite comme des stimuli imparables.

Cela rend d’autant plus absurde le soutien déguisé dont bénéficie M. Poutine de la part des communistes français ou des Insoumis. Certains communistes ne se sont apparemment pas rendus compte que la Russie n’est plus bolchevique et qu’elle est même profondément de droite. Quant à M. Mélenchon et ses lieutenants, leur anti-impérialisme se confond malheureusement avec un anti-américanisme pavlovien. Or, non seulement Vladimir Poutine est d’extrême droite mais le pouvoir russe est fondamentalement impérialiste. L’attaque militaire contre l’Ukraine, l’annexion de la Crimée, l’agression armée contre la Géorgie, ces initiatives de l’Etat russe sont incontestablement des actes d’impérialisme.

Quant au dialogue avec la Russie, c’est un serpent de mer particulièrement pratique pour justifier la lâcheté, l’indécision et les petits arrangements économiques. Il se trouve que l’Union européenne en général et la France en particulier passent leur temps à tenter d’initier un dialogue avec la Russie poutinienne. Vladimir Poutine reste de marbre face à toute tentative de mise en place d’une véritable concertation entre la Russie et l’Europe. Il a saigné la Syrie, il a envoyé ses mercenaires en Libye, il fait la guerre à l’Ukraine, il envoie ses agents secrets assassiner des gens en Europe et Madame Le Pen ou Monsieur Mélenchon (mais aussi Emmanuel Macron ou Angela Merkel) continuent imperturbablement à réclamer…l’ouverture d’un dialogue avec la Russie.

La Russie de Vladimir Poutine est un Etat hostile, ennemi déclaré de la démocratie, contempteur de la « décadence morale » de l’Occident, adversaire impitoyable de la liberté d’expression. Rien ne justifie que l’on continue à considérer M. Poutine comme un dirigeant politique respectable.

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