Christophe Castaner est ministre de l’intérieur. On dit qu’il en rêvait…ce qui en dit long sur ses rêves. Il est aussi, paraît-il, socialiste. En tout cas, il fut longtemps membre du Parti Socialiste avant de devenir un fervent partisan d’Emmanuel Macron et de rejoindre La République en Marche (un nom de parti politique en forme de gag). Monsieur Castaner n’a pas grand intérêt, sauf un : il incarne et résume le naufrage du socialisme français.

Le Parti Socialiste s’est appelé SFIO (Section française de l’Internationale ouvrière) avant 1969 mais il ne s’est jamais nommé Parti Progressiste. Le progressisme, mantra de M. Macron, est une notion très pratique puisqu’elle ne veut politiquement rien dire. Tout le monde est pour le progrès. Imagine-t-on une organisation politique qui choisirait de s’appeler le Parti de la Décadence ou Les Amis de la Régression ? En tout cas, Christophe Castaner adore le progrès. N’étant pas, c’est peu de le dire, un intellectuel, il ne définit jamais ce qu’il entend par là mais il proclame crânement que le progrès c’est mieux.

Le Bien est bon, le Mal est mauvais

Si on examine les déclarations de M. Castaner depuis l’élection de son « boss », Emmanuel Macron, à la présidence de la république, on peut se faire une idée plus précise de ce qu’il entend par progrès. Avant d’être nommé ministre de l’Intérieur, Christophe Castaner a écumé les plateaux de télévision pour affirmer que avant de redistribuer, il faut produire de la richesse (c’est ce qu’on appelle s’y connaître en Économie) et qu’une société ouverte c’est beaucoup mieux qu’une société fermée (c’est ce qu’on appelle s’y connaître en…rien du tout).

Ensuite, à peine nommé ministre de l’Intérieur, il se prit instantanément pour le commissaire Maigret (ou plutôt pour une créature hybride entre Maigret, James Bond et Louis de Funès). Il n’est pas le premier, malheureusement, mais M. Castaner a pris au pied de la lettre la très mauvaise expression « premier flic de France » couramment utilisée pour désigner le ministre de l’Intérieur. Or, il se trouve que, précisément, le ministre de l’Intérieur n’est pas policier et ne doit surtout pas se prendre pour un policier. Les prédécesseurs de Christophe Castaner ont tous, peu ou prou, commis cette erreur, politiquement très grave, consistant à s’imaginer que le ministre de l’Intérieur est le porte-parole des policiers (ils ont pourtant des syndicats). Mais M. Castaner a poussé cette identification jusqu’au ridicule, à tel point que ses interventions en tant que ministre ressemblent souvent à des sketchs. On l’a vu ainsi expliquer très sérieusement à des enfants de dix ans l’utilisation du LBD (lanceur de balles de défense) ou mettre en scène son dialogue avec un préfet d’une manière digne du plus grotesque polar de série B pendant une journée de mobilisation des Gilets Jaunes.

La droite n’est ni de droite ni de gauche

Le 13 mars, M. Castaner a déclaré : « La sécurité publique, pour moi, elle n’est pas de droite ou de gauche ». Tony Blair, un autre socialiste adorateur du « progrès », nous avait déjà expliqué que l’Économie n’est pas de droite ou de gauche afin de justifier sa politique économique de droite. M. Castaner partage totalement les vues de son camarade progressiste Tony Blair puisque « avant de redistribuer il faut produire de la richesse ». Mais voilà donc qu’il nous apprend que la Sécurité, elle non plus, n’est pas de droite ou de gauche, alors même qu’il défend une loi dite « anti-casseurs » proposée par le sénateur de droite Bruno Retailleau. Cette loi vise à limiter le droit de manifester et augmente les pouvoirs de police administrative des préfets mais, qu’on se le dise, elle n’est absolument pas de droite. Elle ne peut d’ailleurs pas être de droite puisque Christophe Castaner est progressiste. Elle est donc tout simplement ni de gauche ni de droite. 

Qu’on ne s’y trompe pas, nous ne reprochons pas à Christophe Castaner d’adhérer aux idées de la droite libérale-conservatrice. Une politique économique libérale mâtinée d’un filet de sécurité sociale, des mesures de fermeté concernant le maintien de l’ordre, un ajustement législatif prudent à l’évolution des mœurs (PMA pour toutes mais pas de GPA), tout cela n’a rien d’infamant. Mais cela n’a rien non plus de socialiste, ni même de « gauche » (terme qu’il faut toujours mettre entre guillemets puisqu’il est généralement utilisé par des centristes honteux). En revanche, on peut reprocher à M. Castaner (et à tous les anciens socialistes reconvertis en macronistes) une profonde malhonnêteté intellectuelle ou, au choix, un incroyable manque de lucidité. Ils devraient commencer par admettre qu’ils se sont trompés toute leur vie en se déclarant socialistes et qu’ils ont changé de convictions politiques. Or, ils ne l’admettent pas et préfèrent divaguer autour de concepts dénués de sens comme l’Ancien et le Nouveau monde.

Marine Le pen, l’adversaire idéal

Les macronistes ne cessent de répéter que le clivage gauche-droite est obsolète et qu’il faut lui substituer le clivage progressisme-conservatisme ou progressisme-nationalisme (le conservatisme et le nationalisme, ce n’est pas du tout la même chose mais passons, les progressistes peuvent se dispenser de toute rigueur, ils sont progressistes). C’est la raison pour laquelle, d’ailleurs, ils sont objectivement les plus ardents soutiens du Rassemblement national de Marine Le Pen qui fait figure d’épouvantail nationaliste-populiste-conservateur idéal. Mais le clivage gauche-droite n’a absolument pas disparu, il s’est simplement recomposé, comme ce fut déjà le cas à de nombreuses reprises dans le passé. 

Le Parti Socialiste, depuis 1983, s’est peu à peu transformé en parti centriste. L’évolution a été longue et jamais assumée. Pendant la même période la droite « gaulliste » est devenue elle aussi centriste. Il n’est en rien surprenant de constater que Manuel Valls, Alain Juppé et Emmanuel Macron sont d’accord sur à peu près tous les sujets. Ils partagent la même vision fondamentale : préserver le système économique et social en l’adaptant aux évolutions (notamment technologiques). Encore une fois, c’est une position parfaitement défendable mais elle n’a rien de particulièrement progressiste, c’est une simple stratégie d’adaptation.  

Les anciens (ou actuels) socialistes qui ont accompagné la métamorphose de leur parti en organisation gestionnaire pourraient théoriser cette évolution, la justifier intellectuellement et politiquement. Mais ils ne le font pas et, de ce point de vue, Christophe Castaner est particulièrement représentatif. Dans sa médiocrité même, il incarne tout l’impensé du socialisme français : un interminable reniement déguisé en opportunisme  bravache.

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