Le premier tour des élections régionales a donné lieu à une vague abstentionniste à faire rougir d’envie un variant Delta. Immédiatement, la classe politique s’est unanimement alarmée de cette « alerte démocratique ». Dès le soir du premier tour, les idées fusèrent pour y remédier, du vote obligatoire (conformément à l’air du temps qui tend à transformer les droits en devoirs) au vote électronique (puisqu’ils sont cons et paresseux, donnons-leur la possibilité de voter entre deux vidéos Tik Tok). La palme revient, comme souvent, à Marlène Schiappa qui a souligné que pour lutter contre l’abstentionnisme il faudrait donner aux électeurs l’envie de voter (face à tant de brio tautologique, il ne reste plus qu’à se taire ou à tenter de s’étouffer avec les professions de foi des candidats, ah non, mince, la société Adrexo a oublié de me les livrer).

Au-delà de ces propositions ébouriffantes, un débat s’est rapidement engagé pour déterminer si nous sommes aux prises avec une crise de l’offre ou de la demande. Autrement dit, les politiciens sont-ils nuls ou bien sont-ce les électeurs ? Remarquons, d’ailleurs, que l’un n’empêche pas l’autre. Marine Le Pen a tranché, de toute évidence elle estime que ses sympathisants ne sont pas à la hauteur puisqu’elle a décidé de les engueuler. Gageons que s’ils ne se déplacent pas en masse au second tour pour élire des conseillers régionaux nationalistes (peu importe ce que cela veut dire), ils verront sonner à leur porte une Marine furibarde munie d’un fouet tricolore. Tremblez patriotes Provençaux, Alsaciens et Bretons, elle a vos adresses.

Heureusement, les candidats ont pris conscience du caractère abyssal de la désaffection citoyenne et ils ont spontanément décidé de mener une campagne de second tour digne, raisonnée et sincère susceptible de rendre ses lettres de noblesse au combat politique. C’est ainsi que Valérie Pécresse, visiblement troublée par la moustache stalinienne de Clémentine Autain, a solennellement mis en garde contre l’arrivée à la tête de la région d’une extrême gauche indigéniste, islamo-gauchiste et crypto-sataniste. Il est vrai qu’une gestion indigéniste des transports en commun est une perspective proprement glaçante.

D’ailleurs, partout en France, la « droite républicaine » (il faut comprendre par là, tous les politiciens de droite, même les plus fanatiques, du moment qu’ils ne sont pas au Rassemblement National) a choisi la voie de la modération. Les écologistes sont forcément partisans d’une « écologie punitive » (expression qui désigne n’importe quelle proposition un tout petit peu ambitieuse visant à limiter le saccage de la planète), les Insoumis sont « radicalisés » (comme des terroristes islamistes, donc), les socialistes ne sont plus sociaux-démocrates (social-démocrate veut désormais dire de droite mais mignon et du coup…on ne voit pas du tout en quoi les socialistes ne seraient plus sociaux-démocrates) et les communistes sont tous des Bolcheviks prêts à mettre en place une police politique régionalisée (le célèbre KGB bourguignon).

Les socialistes, ne se tenant plus de joie à l’idée de conserver la présidence de quelques régions, plastronnent comme si Olivier Faure venait d’être élu Monsieur Univers. Certains, victimes d’un accès d’euphorie, appellent à la constitution d’un front républicain contre Jean-Luc Mélenchon, rejoignant ainsi la « droite républicaine » qui n’a de cesse d’assimiler le Rassemblement National et la France Insoumise (encore que, pour la « droite républicaine », le principal défaut de Marine Le Pen est de vouloir rétablir la retraite à 60 ans, allons allons, pas de radicalisation, restons sociaux-démocrates, que diable).

Du côté de la majorité présidentielle, Monsieur Darmanin (social-démocrate de droite qui considère que Marine Le Pen est trop molle sur les questions de sécurité et d’immigration) s’est querellé avec Monsieur Dupond-Moretti (social-démocrate de on ne sait pas trop quoi) car le premier a félicité chaleureusement Monsieur Bertrand (social-démocrate de droite) arrivé premier dans les Hauts-de-France, alors même que le second était candidat en compagnie du premier contre le troisième. Monsieur Le Drian (social-démocrate du centre) s’est alarmé que dans sa bonne région de Bretagne, les écologistes (adeptes d’une vilaine écologie punitive) puissent s’associer au second tour avec la liste socialiste. Heureusement, la tête de liste socialiste bretonne (un social-démocrate de gauche bien que socialiste) a refusé une telle hérésie tout en s’associant avec une liste dissidente écologiste (mais sans doute social-démocrate verte).

Le chef, Monsieur Macron (surnommé « Et de droite et de gauche mais plus de droite quand même et surtout pas ni de gauche ni de droite car c’est une formule des lepénistes et ils ne sont pas républicains contrairement à moi puisque je suis social-démocrate »), indifférent à ces péripéties politiciennes et tout entier pénétré de la sacralité de sa fonction présidentielle, a décidé d’appeler les Français à faire la fête en compagnie de Jean-Michel Jarre (un oxymore) devant un parterre de pauvres hères assis sur des chaises inconfortables comme pour une réunion Tupperware.

Quant aux sondeurs, ils se sont livrés à leur éternel vrai-faux mea culpa. Quand ils prévoient les résultats, ils s’en félicitent. Quand ils se sont trompés, ils insistent sur le fait que les sondages ne sont pas prédictifs tout en promettant que la prochaine fois, ils parviendront à…prévoir les résultats. Personne ne semble s’apercevoir que si les sondages ne se trompaient jamais, la seule conclusion logique serait de supprimer les élections.

Non, décidément, on a beau y réfléchir, ce taux d’abstention de 67 % au premier tour des élections régionales est tout simplement incompréhensible.

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