Le candidat de la droite doit se maintenir, même s’il est mis en examen.

La situation dans laquelle se trouve François Fillon revêt au moins trois dimensions : morale, juridique et politique.

Le chantage moral

D’un point de vue moral, le fait de rétribuer grassement sa femme et ses enfants peut en effet poser problème, même si on sait qu’un très grand nombre d’élus français le font en toute impunité. Mais de toute façon, seuls les électeurs sont habilités à trancher cette question morale en votant pour Fillon ou en refusant de le faire. On ne voit pas de quel droit les médias ou la justice seraient compétents pour discréditer une candidature à la présidentielle sous prétexte qu’ils sont choqués d’un point de vue éthique par le comportement personnel d’un politicien. En ce sens, « l’appel au peuple » de François Fillon est parfaitement légitime et n’a rien de particulièrement « populiste ». D’ailleurs, le délinquant multi-récidiviste Jacques Chirac a été élu triomphalement président de la République, face à JeanMarie Le Pen, en 2002 avec l’approbation enthousiaste de ceux qui se pincent le nez aujourd’hui à l’énoncé des salaires de Madame Fillon.

La présomption d’innocence méprisée

D’un point de vue juridique, il est étrange de constater qu’un grand nombre de journalistes affirment sans sourciller que Fillon remet en cause l’État de droit en critiquant l’enquête dont il est l’objet, alors que ces mêmes journalistes ignorent délibérément le principe fondamental de la présomption d’innocence depuis le début de cette affaire. François Fillon n’a pas été condamné, il n’a pas été jugé, et s’il était mis en examen, cela ne changerait rien au fait qu’il resterait présumé innocent. Une mise en examen n’empêcherait absolument pas Fillon de maintenir sa candidature, ce serait son droit le plus strict. Du reste, imaginons le scandale s’il se retirait et que la justice l’innocentait complètement dans six mois. De ce point de vue, Fillon a parfaitement raison de parler de tentative d’assassinat politique à son encontre. Il est en effet évident que quelqu’un a choisi de communiquer au journal Le Canard enchaîné les informations relatives au statut d’assistante parlementaire de l’épouse de François Fillon. Il est tout aussi évident qu’on a choisi de transmettre ces informations précisément au moment où leur révélation était susceptible de torpiller la candidature de Fillon. N’en déplaise à ceux qui passent leur temps à dénoncer le complotisme, les coups tordus ont toujours existé en politique et nous assistons bel et bien à une tentative délibérée de mettre François Fillon hors du jeu politique par des moyens autres que la délibération et le vote démocratiques.

Fillon est politiquement légitime

D’un point de vue politique, on peut noter que les commentaires se sont essentiellement focalisés sur les questions de personnes, le fameux « plan B » censé  fournir au pied levé une candidature alternative à celle de François Fillon. Or, la politique, tout de même, avant d’être un arbitrage entre des ambitions individuelles, est censée être une question d’idées, de projets. La primaire a très clairement tranché (peut-être provisoirement) la question de la ligne politique en ce qui concerne la droite. On peut toujours gloser sur la supposée proximité entre les programmes économiques de Fillon et de Juppé (finaliste de la primaire de la droite et longtemps pressenti comme « plan B »), la réalité est que les visions politiques des deux hommes sont absolument incompatibles. Du reste, Juppé n’a pas simplement perdu la primaire de la droite, il a été écrasé par Fillon. Quoi qu’on pense du positionnement politique de François Fillon, et nous n’en pensons personnellement que du mal, il a été validé par les électeurs de droite de manière parfaitement démocratique.

Il est temps de cesser les cris d’indignation convenue, les comparaisons baroques (François Fillon n’est pas Donald Trump, contrairement à ce que ressassent mécaniquement tous ceux à qui le mot Peuple donne désormais des boutons) et les vains espoirs de ressusciter un centriste providentiel (mon dieu ce qu’il est sympathique, ce brave Monsieur Juppé). François Fillon doit rester le candidat de la droite et la campagne présidentielle doit reprendre (ou prendre) enfin son cours.

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