Acculé par l’initiative d’organiser une primaire pour désigner un candidat unique de la gauche pour l’élection présidentielle de 2017, pilonné par Martine Aubry et les frondeurs du Parti Socialiste, conspué par la « gauche de la gauche », menacé d’élimination au premier tour  par la candidature de JeanLuc Mélenchon ; François Hollande semble dans une situation désespérée. Pourtant, sa réélection en 2017, si elle sera incontestablement très difficile, n’apparaît pas si irréaliste qu’on pourrait le penser.

La force des faibles

La faiblesse même de Hollande pourrait finalement lui servir. A mesure que sa réélection apparaît comme absolument impossible, les ambitions risquent de s’aiguiser, à gauche mais aussi à droite. Si Sarkozy gagne la primaire de la droite, François Bayrou se présentera et l’UDI de JeanChristophe Lagarde se posera la question de présenter un candidat. Nicolas DupontAignan se lancera probablement dans la course quoi qu’il arrive et Philippe de Villiers y pense très fort. De quoi prendre des voix au candidat  des Républicains mais aussi à Marine Le Pen. Si c’est Alain Juppé qui est désigné candidat du parti Les Républicains, l’hypothèque Bayrou sera levée mais restera pendante la question du positionnement politique de Juppé. Au-delà de sa posture de sage modéré, Juppé aligne en fait depuis des mois des propositions très droitières, à l’image des autres candidats à la primaire qui se font tous concurrence à qui sera le plus libéral  dans le domaine économique et le plus ferme sur les sujets régaliens (sécurité, immigration, lutte contre le terrorisme). Si Juppé se recentre, la fraction sarkozyste de son parti risque d’être tentée par un vote Le Pen ; s’il continue à se droitiser, François Hollande pourra se positionner à la lisière du centre gauche et du centre droit, ce qui est clairement sa stratégie depuis des mois.

La course au centre

De plus, l’idée fort répandue selon laquelle la société française se radicaliserait de plus en plus fortement est extrêmement contestable. On glose constamment sur la supposée montée des « populismes » et des « radicalités » dont le succès du Front National serait le signe le plus évident. Or, précisément, le Front National n’engrange en réalité que très peu de succès et on peut considérer que le mouvement majoritaire en France, plutôt qu’une course aux extrêmes, se définit peut-être  plutôt comme un recentrage général de l’opinion. Plusieurs indices plaident en ce sens.

D’abord, la société française a rarement été aussi peu conflictuelle. Que l’on examine le nombre de jours de grève dans les entreprises ou les administrations ces dernières années (et le nombre de grévistes) ou l’ampleur des mouvements sociaux et manifestations ; on constate en fait un niveau très faible de conflictualité. Le ton du débat politique est lui aussi somme toute assez feutré. Malgré les divagations de certains journalistes qui font régulièrement mine de s’offusquer de la « violence » de tel ou tel propos, les affrontements politiques se déroulent plutôt dans une ambiance de gentlemen. Il suffit pour s’en convaincre de consulter des images d’archives des années 80.

Ensuite, les derniers résultats électoraux, la cote de popularité des personnalités politiques ou les études sur l’état de l’opinion publique tendent à rendre manifeste un positionnement centriste d’une très grande partie de l’électorat, notamment chez les sympathisants du Parti Socialiste. Les élections régionales ont montré de manière incontestable que le Front National reste structurellement minoritaire dans le pays et continue à être l’objet d’un rejet de principe par les trois-quart des français. Les personnalités politiques les plus populaires, à droite comme à gauche, sont des centristes (Juppé, Macron, Valls). Les français plébiscitent l’idée de gouvernement de coalition et d’union nationale.

Le rejet de la conflictualité

Sur à peu près tous les sujets, les positions du PS et des Républicains tendent à se rapprocher considérablement. C’est flagrant du point de vue économique mais de plus en plus net aussi sur les autres sujets, sécurité et immigration notamment. De ce point de vue, les querelles internes au PS ou la popularité (très relative) de personnalités clivantes comme Sarkozy chez les militants de leur parti ne doivent pas être exagérées. Tout indique que, bon an mal an, le positionnement VallsMacron est aujourd’hui majoritaire chez les sympathisants socialistes. Si on examine les propositions précises des uns et des autres sur tous les sujets politiques importants, tout indique aussi que l’UDI et une partie non négligeable des sympathisants de droite partagent la ligne VallsMacron. Il faut d’ailleurs souligner que la ligne en question ne manifeste pas nécessairement à proprement parler un glissement à droite du PS mais plutôt un changement radical de paradigme dans la vision de la société. Ce qui semble en effet gagner du terrain, et qu’on peut qualifier faute de mieux de positionnement centriste, c’est justement le rejet d’une conception conflictuelle de la société. Sur le terrain économique et social, le discours de Valls et de Macron (mais aussi de Raffarin ou de Juppé) revient à marteler que les intérêts des patrons et des salariés sont exactement les mêmes et qu’ils n’ont donc aucune raison de s’affronter (sauf s’ils sont « manipulés » par les syndicats ou des organisations corporatistes). Sur le plan régalien, leur discours est celui d’une réconciliation nationale (qu’on peut aussi interpréter comme un unanimisme autoritaire) qu’il s’agirait d’obtenir par une pacification des relations sociales (lutte contre la délinquance, intégration-assimilation des immigrés, défense de la laïcité).

Face à une Le Pen qui ne peut pas gagner l’élection, à un Mélenchon qui sera sans doute désavoué par les communistes et les écologistes et à un candidat de la droite qui devra, quel qu’il soit, donner des gages à sa fraction la plus dure, il n’est donc pas tout à fait exclu que Hollande puisse se qualifier in extremis pour le second tour de la présidentielle en captant le « désir de centre » de l’électorat. Ensuite, dans un deuxième tour qui serait probablement marqué par une assez forte abstention (les radicaux de tous les bords restant chez eux), tout deviendrait possible pour le héros de la synthèse.

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