Le monde politique français tremble sur ses bases : François de Rugy et Jean-Vincent Placé ont décidé de quitter le parti Europe Ecologie-Les Verts, tout en restant tranquillement présidents des groupes parlementaires écologistes de l’Assemblée nationale et du Sénat.

On peut certes se gausser des querelles picrocholines d’une formation politique qu’on décrit comme flirtant constamment avec la tentation groupusculaire (comme s’ils le faisaient exprès!) mais cela ne justifie pas l’analyse adoptée par la plupart des grand journaux pour rendre compte de ce nouvel épisode de ce qui est désormais présenté partout comme une « décomposition de la gauche ». La plupart des articles mettent en effet l’accent sur les querelles de personnes, la nature « politicienne » de la crise que traverse le parti écologiste et le manque de maturité politique de cette formation.

C’est rien que des gauchistes m’sieur, d’ailleurs ils fument des joints

Il est vrai que les rebelles, de Rugy et Placé, n’ont pas contribué à élever le débat en justifiant leur départ par une supposée « dérive gauchiste » du parti EELV, ce qui doit bien faire rire Lénine et Mao au paradis (s’il existe un paradis pour les mécréants de cet acabit). Si EELV doit être considéré comme une organisation gauchiste (le seul élément gauchiste chez EELV, c’est son léger attrait pour le cannabis), alors l’UDI incarne la social-démocratie et le parti Les Républicains le centre gauche. On notera à ce propos l’utilisation aberrante du terme social-démocrate, par la quasi totalité des journalistes et des politologues médiatiques, pour qualifier la politique de François Hollande et de Manuel Valls ou les positions de l’aile droite du PS (dite « réformiste »). On conseillera à tous ces « spécialistes » de relire les textes des théoriciens (notamment allemands) de la social-démocratie, ce qui devrait les convaincre que le « tournant social-démocrate » de François Hollande n’est ni un tournant (il fait ce qu’il a toujours dit et écrit, sauf au moment de la campagne électorale de 2012) ni un infléchissement social-démocrate mais, quoi qu’on en pense sur le fond, une politique libérale.

Quoi qu’il en soit, la crise actuelle de l’écologie politique n’est pas essentiellement due à un égocentrisme politicien mais à de vraies divergences de fond correspondant à des problèmes fondamentaux.

D’abord, tout parti écologiste doit affronter un problème qui tient de la quadrature du cercle : étant écologiste, un tel parti est censé parler principalement, voire exclusivement, d’écologie. Cependant, s’il ne parle que d’écologie, il n’est plus un parti politique puisqu’il est parfaitement logique qu’une formation qui présente des candidats aux élections soit interrogée sur ses positions concernant des sujets comme la sécurité, l’éducation, la culture, l’immigration, etc. De ce point de vue, il n’est pas illégitime qu’il y ait des écologistes de gauche et des écologistes de droite mais la question se pose fatalement de leur capacité à coexister. Sont-ils prioritairement écologistes ou bien de gauche ou de droite ? Les justifications que donnent MM. Placé et de Rugy à leur départ esquivent d’ailleurs la question puisqu’ils fustigent une supposée dérive gauchiste d’EELV (qui s’éloignerait ainsi de la « pureté » écologiste) tout en prônant ouvertement une alliance indéfectible avec le PS et même avec le Centre. De deux choses l’une, soit l’écologie doit se définir exclusivement comme écologique et un parti de cette nature ne peut alors que faire le choix de l’indépendance absolue, soit il y a une écologie de gauche et une écologie de droite et, dans ce cas, il serait logique que les représentants de l’une et de l’autre forment un courant ou une sensibilité du PS et de l’UDI (ou même des « Républicains »).

L’écologie est devenu inutile, Intermarché vend des ampoules basse consommation

D’autre part, on agite souvent l’idée selon laquelle les écologistes seraient devenus inutiles car ils auraient gagné, tout le personnel politique ayant désormais intégré l’urgence environnementale. C’est ce qu’affirme, par exemple, l’historienne Marion Fontaine dans une récente interview au Monde où elle déclare, à propos de l’écologie politique : « si tout le monde est écologiste, à quoi bon un parti ? Son épuisement ne vient-il pas du fait qu’elle a accompli sa mission et qu’elle n’a plus rien à dire ? ». Il est vrai que tous les partis politiques s’astreignent désormais à mentionner l’écologie comme une de leurs préoccupations majeures. Il suffit toutefois de consulter leurs programmes ou d’examiner leurs pratiques quand ils sont au pouvoir pour constater que la prise en compte de l’écologie par les partis classiques est au pire purement rhétorique, au mieux très parcellaire. L’écologie politique, si l’expression a un sens, désigne un projet de refondation globale de la société en fonction des dangers environnementaux et des impératifs de préservation de la planète. De ce fait, l’écologie politique est par définition un courant de pensée radical, voire révolutionnaire. On est d’ailleurs en droit de considérer que même le programme d’EELV est, en réalité, extrêmement timide en termes de révolution écologique. Que dire alors de l’écologie politique de MM. de Rugy et Placé que ceux-ci veulent « mondialiste et qui assume l’économie de marché » (Jean-Vincent Placé) avec pour objectif de « fédérer les écologistes réformistes » (François de Rugy) ? Les deux compères ne perdent d’ailleurs jamais une occasion de souligner que les préoccupations environnementales ne doivent surtout pas nuire à la croissance économique, ce qui est tout de même un comble pour des écologistes.

On soulignera enfin la mauvaise foi (ou la paresse) de tous ceux qui se gaussent des divisions des partis de « la gauche de la gauche » (que ce soit EELV, le Parti de gauche ou le Parti communiste) qui, soi-disant, consacreraient tout leur temps à se déchirer plutôt qu’à travailler sur le fond. Tous ceux qui suivent de près les travaux des différents partis politiques français savent bien que ce sont précisément EELV, le PG et le PCF qui consacrent le plus de temps à la réflexion théorique, quoi qu’on pense du résultat. On peut même considérer que l’un des obstacles électoraux que rencontrent ces partis réside probablement dans un trop grand attachement aux idées et aux raisonnements au détriment de l’action concrète et « des jeux politiciens » que l’on ne cesse pourtant de leur reprocher.

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