L’ancien Premier ministre n’avait pas d’autre projet politique que la promotion de sa propre personne.

Malgré le scepticisme, voire les railleries, d’un certain nombre de commentateurs, les débats de la primaire de la Belle Alliance populaire ont finalement été à la hauteur de l’enjeu. Non seulement parce que des idées intéressantes ont été formulées mais aussi parce que le résultat du premier tour a permis une confrontation entre deux lignes politiques incarnées par Benoît Hamon et Manuel Valls, ou plutôt entre une ligne politique (celle de Hamon) et une posture politicienne (celle de Valls). Si bien qu’à défaut de trancher entre les deux gauches (il faudra pour cela un débat entre Hamon et Macron), le deuxième tour de la primaire peut nous indiquer si la politique a encore sa place en France ou si le débat public se réduit à la promotion de stratégie marketing.

Quand on n’a pas de programme, il faut « faire président »

On peut relever que, très curieusement, beaucoup de journalistes n’ont visiblement tenu aucun compte du déroulement de la campagne et des différents débats qui ont eu lieu. Ils avaient décidé que Manuel Valls était le seul présidentiable crédible parmi les candidats et ils ont continué imperturbablement à asséner cette fausse évidence pourtant largement démentie par le comportement même de l’intéressé.

S’il y a en effet un enseignement à tirer de cette primaire, c’est bel et bien que Manuel Valls n’est ni crédible ni sérieux. Tous les candidats (si on met de côté JeanLuc Bennahmias et ses bouffonneries) ont en effet, à des degrés divers, développé une vision politique, à l’exception de Manuel Valls.

La confusion de Manuel Valls se voit d’abord physiquement, dans ses sourires figés, dans son débit à la fois haché et monocorde. On a l’impression qu’il ne comprend pas ce qu’il fait là et son embarras est tel qu’on est parfois gêné pour lui.

La confusion est manifeste aussi dans le contenu de ses propos. On peine à entendre dans ses interventions ne serait-ce que l’ébauche d’un raisonnement. Il ne pense pas, il se contente de parler, ou plutôt de mettre des mots bout à bout en espérant qu’ils constitueront dans le meilleur des cas une phrase intelligible. Gauche de gouvernement, gauche du réel, réformisme, lutte contre le terrorisme, valeurs de la République, laïcité. Ces termes parsèment les discours de Valls sans que jamais ne soit tenté l’esquisse d’une définition, d’une mise en perspective, d’une liaison argumentative.

Quand on ne sait pas quoi dire, il faut prononcer le mot République

Or, tous ces mots et toutes ces expressions n’ont, en eux mêmes, strictement aucun sens. Tout le monde est pour les valeurs de la République, la question est de savoir comment les incarner concrètement. Tout le monde est pour la laïcité mais il en existe presque autant de définitions que d’usagers du terme. Tous les gens de gauche sont pour une gauche de gouvernement (contrairement à cette affirmation ahurissante de bêtise selon laquelle certains électeurs de gauche, ceux de Hamon et Montebourg bien entendu, préféreraient rester dans l’opposition plutôt que de se confronter au réel). Au final, la seule vision politique qui ressort de toutes les interventions de Manuel Valls est la suivante : votez pour moi car j’ai été Premier ministre. Très curieusement, les journalistes qui passent leur temps à proclamer que les Français souhaitent un renouvellement du personnel politique sont les mêmes qui ont endossé sans barguigner les éléments de langage de l’équipe de propagande (pardon, de communication) de Manuel Valls qui se résument, justement, à indiquer que Valls est le meilleur candidat parce qu’il a déjà exercé le pouvoir.

Quand on a oublié qui était Jaurès, on peut imiter Sarkozy

Dans le même ordre d’idée (si l’on peut dire), la proposition centrale de la campagne de Manuel Valls a été le rétablissement de la défiscalisation des heures supplémentaires, une mesure prise par Nicolas Sarkozy en 2007 et une des principales propositions du… candidat Sarkozy lors de la récente primaire de la droite. La ressemblance entre les deux hommes ne s’arrête d’ailleurs pas là puisque, à plusieurs reprises, Valls a repris textuellement les mots que Sarkozy a utilisé pour justifier son désir de redevenir Président de la République : j’ai l’énergie, j’ai l’expérience, j’ai la volonté (comme si tous les autres candidats étaient des gros mous velléitaires entrés en politique depuis quinze jours). Un autre point commun majeur est la capacité de l’un et de l’autre à se contredire sans la moindre vergogne. Manuel Valls qui a très fortement acté (à raison) l’existence de deux gauches « irréconciliables » (au sein même du PS) il y a quelques mois appelle désormais au rassemblement de toute la gauche derrière son panache blanc. Manuel Valls qui a utilisé l’article 49 alinéa 3 de la Constitution pour entrer délibérément en guerre ouverte contre les « frondeurs » socialistes propose maintenant de supprimer ni plus ni moins le 49.3 au nom de la « démocratie » (encore un grand mot vide, un de plus). Comme Sarkozy, il nous fait le coup du « J’ai changé » mais, à la différence de Sarkozy qui s’était mis en retrait (officiel) de la politique après sa défaite de 2012 ; Valls prétend quant à lui avoir profondément changé en 24 heures, c’est-à-dire dans la nuit qui a suivi sa démission du poste de Premier ministre. En « bon » communicant qu’il est, Manuel Valls n’hésite jamais à prendre les gens pour des imbéciles, la stupidité du public étant le postulat fondamental de tout publicitaire digne de ce nom (mais quand il s’agit de vendre des bagnoles, on peut comprendre).

Quand on n’a aucun sens de l’intérêt général, il faut passer pour un dur de dur

Les propositions de Benoît Hamon sont bien entendu discutables et du reste, nous ne sommes pas favorables au revenu universel d’existence. Mais force est de constater que Hamon est le seul candidat de cette primaire (avec François de Rugy qui a eu le mérite d’être un écologiste qui parle d’écologie) qui a proposé une vraie réflexion sur la société, l’avenir, les mutations en cours et que, de ce point de vue, le candidat de la confrontation avec le réel c’est incontestablement Hamon et pas Valls. Proposer une réflexion sur la raréfaction du travail disponible suite au développement de la numérisation et de la robotisation comme le fait Hamon, c’est critiquable, mais c’est tenter de penser l’avenir et le commun (c’est-à-dire aussi la Nation que Valls voudrait accaparer), c’est faire de la politique au sens le plus noble du terme. Enchaîner les slogans creux tout en laissant entendre régulièrement qu’on est un vrai mec qui va défoncer les méchants terroristes et les vilains islamistes comme le fait Valls, c’est se comporter comme un politicard de la pire espèce.

Par conséquent, réjouissons-nous, pour la dignité du débat politique et pour l’honneur de la gauche, que le vainqueur de la primaire soit Benoît Hamon. Nous pourrons ainsi examiner et critiquer ses propositions. Tandis que si Valls avait été vainqueur, il n’y aurait pas eu de débat car cet homme n’a tout simplement rien à dire sur aucun sujet.

Post-scriptum: Une fois n’est pas coutume, cet article est pamphlétaire, nous en avons conscience. Mais, tout bien considéré, pas davantage que n’importe quelle intervention de Franz-Olivier Giesbert ou de Christophe Barbier (nos héros et nos modèles).

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