Décidément, si le Front National n’existait pas, il faudrait l’inventer. Rien de tel qu’un mouvement politique « fascisant et xénophobe » pour s’offrir à volonté un ravalement de façade idéologique à bon compte.

Préférez-vous être malade ou en bonne santé ?

Le Parti Socialiste peine à convaincre ses « partenaires naturels » du Front de gauche et du parti écologiste EELV de s’allier avec lui dès le premier tour des élections régionales de décembre 2015 ? Qu’à cela ne tienne, le premier secrétaire du PS, Jean-Christophe Cambadélis, concocte en octobre un « référendum citoyen » (autre nom pour « consultation bidon ») en interrogeant les « sympathisants de gauche » sur cette question épineuse : « Face à la droite et à l’extrême droite, souhaitez-vous l’unité de la gauche et des écologistes aux élections régionales ? ».

Et pourquoi, selon monsieur Cambadélis, l’union de toutes les forces de gauche serait-elle absolument indispensable dès le premier tour des régionales ? Bien évidemment, du fait du risque d’une victoire du Front National dans un certain nombre de régions. Il conviendrait donc de ne tenir aucun compte des divergences profondes entre les différents partis de gauche, de l’incompatibilité foncière entre leurs visions politiques respectives puisque, une fois de plus, le fascisme serait à nos portes.

A la surprise générale, Jean-Christophe Cambadélis a annoncé une victoire héroïque (dans son style inimitable, à mi-chemin de Bossuet et d’André Malraux :« C’est le top, pas le flop »), 89 % des votants ayant indiqué qu’ils étaient favorables à l’union et donc hostiles à la désunion. Gageons qu’ils sont aussi probablement contre le cancer, la pédophilie et les engelures.

Le CSA, dernier rempart face à la barbarie

Quelques jours après ce triomphe du Parti Socialiste, le 22 octobre 2015, l’émission politique de France 2, Des paroles et des actes, est annulée du fait du refus de son invité principale, Marine Le Pen, de s’y rendre. Il apparaît que le patron de LR, Nicolas Sarkozy, et celui du PS, Cambadélis, se sont écrits et parlés au téléphone afin de mettre au point une initiative commune pour protester contre l’invitation de la présidente du Front National à l’émission. Les deux partis sollicitent le CSA (conseil supérieur de l’audiovisuel) qui, s’apercevant soudain que la présence de Marine Le Pen à l’émission Des Paroles et des actes pose un grave problème d’éthique (bien que ce soit leur travail, les « sages » du CSA ne s’en étaient pas du tout avisés auparavant, bien que l’invitation ait été annoncée depuis longtemps), somme France 2 d’inviter à la même émission les concurrents de Marine Le Pen aux régionales en Nord-Pas-de-Calais-Picardie. La chaîne décide alors d’inviter les concurrents PS et LR de la présidente du FN, Xavier Bertrand et Pierre de Saintignon (les concurrents des autres partis pouvant apparemment être écartés sans que cela pose le moindre problème d’éthique au CSA), ce qui aboutit à la décision (évidemment tactique) de Marine Le Pen de ne pas participer à l’émission. Les réactions des politiques à cet événement, tout comme celles des journalistes défenseurs des droits de l’homme et de la république mais exclusivement pour leurs amis (Renaud Dély et Bruno Roger-Petit, par exemple), indiquent clairement que l’invocation des élections régionales est cousue de fil blanc puisque tous les partisans de l’intervention du CSA se sont inquiétés d’une surreprésentation du Front National dans les médias. Peu importe que cette surreprésentation soit parfaitement inexistante (le PS et LR sont très largement dominants dans l’expression médiatique et tous les autres partis sont sous-représentés), il semble bien que la fin justifie les moyens et qu’on peut tout se permettre pour arrêter le Front National.

Fusionne-moi si tu peux

Et justement, troisième épisode de cette glorieuse saga du combat contre la bête immonde, voilà que Manuel Valls suggère qu’en cas de risque de victoire du FN dans une ou plusieurs régions aux élections de décembre, les listes PS et LR devraient fusionner au second tour. A plusieurs reprises depuis le 8 novembre, le premier ministre a en effet décrit l’arrivée du Front National à la présidence d’une région comme un « drame » qu’il faudrait empêcher par tous les moyens. Son entourage affirme d’ailleurs crânement qu’« il faut assumer l’UMPS, l’UMPS c’est l’équivalent chez les autres pays européens des grandes coalitions » (Le Monde, 12 novembre). Il conviendrait donc, pour contrer le FN, ce parti odieusement surreprésenté dans les médias et qui compte déjà le nombre faramineux de deux députés à l’Assemblée nationale, de s’allier avec le parti de Nicolas Sarkozy que le PS ne cesse par ailleurs (à raison) de vilipender pour ses grossiers appels du pied au même Front National. Signalons d’ailleurs une déclaration du plus haut comique de la ministre de la justice Christiane Taubira qui s’est écriée dans une réunion publique, à propos de certains candidats proches de la Manif pour tous présents sur les listes menées par Valérie Pécresse (LR) pour les régionales en Ile-deFrance : « Oui, ils reviennent, les anciens de Boulanger, les anciens de Doriot ! Nous devons nous arc-bouter pour protéger la république ! ». Nous sommes tout à fait prêts à nous arc-bouter tant qu’on voudra mais certainement pas en comparant n’importe quel adversaire politique à l’ultra-collaborationniste Jacques Doriot, tueur de juifs et de résistants, ce qui est une insulte à toutes les victimes du nazisme (d’ailleurs, madame Taubira sera-t-elle poursuivie pour incitation à la haine?).

« Il n’est donc pas nécessaire à un prince de posséder toutes les vertus énumérées plus haut ; ce qu’il faut, c’est qu’il paraisse les avoir. » (Machiavel)

Au final, si on met bout-à-bout les initiatives récentes de Jean-Christophe Cambadélis et de Manuel Valls, la grande coalition que cherche à former le PS semble tout à fait inédite. En effet, de l’union de toutes les gauches à l’union de tous les centres, toujours pour contrer le Front National, bien sûr, le PS prendrait alors la tête de toutes les forces politiques du pays à l’exception du Front National et de la frange la plus dure de la droite LR. Malheureusement, cette magnifique coalition rassemblant des gens qui ne sont d’accord sur rien n’aura jamais lieu puisque, comme le savent pertinemment nos deux stratèges socialistes, la droite n’acceptera jamais une fusion de ses listes avec celles de la gauche et les écologistes et le Front de gauche n’accepteront jamais une alliance du PS avec le centre. Tout ceci n’est donc qu’une triste palinodie destinée à attribuer l’entière responsabilité d’une possible victoire du FN aux régionales à la droite tout en préparant une tentative d’élargissement au centre du PS pour les présidentielles de 2017.

Des politiciens prêts à toutes les compromissions pour gagner une élection (ou minimiser une défaite), des stratégies électorales ignorant totalement le débat d’idéxes, des manipulations grossières des médias ; poursuivez vos efforts, messieurs Cambadélis et Valls, vous avez sans doute encore quelques idées brillantes pour faire monter le Front National. Et tant pis si Marine Le Pen fait 25% aux prochaines présidentielles pourvu que le candidat socialiste ait une petite chance d’atteindre lui aussi le second tour pour pouvoir la battre tranquillement en rassemblant les « forces progressistes ». Comme le dirait notre Périclès national, ce sera le top, pas le flop.

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