Benjamin Griveaux était porte-parole du gouvernement en 2018. Il a néanmoins apparemment jugé tout à fait approprié de filmer son phallus et d’envoyer l’œuvre ainsi obtenue à une femme. Un agitateur Russe a diffusé les images sur les réseaux sociaux, aidé en cela par un député qui confond anticonformisme et bêtise assumée (Joachim SonForget) et par un chirurgien spécialiste des opérations du pénis (Laurent Alexandre, certainement motivé par un intérêt purement professionnel compte-tenu de l’objet exhibé).

Et voilà que cette affaire où le sordide le dispute au grotesque devient l’alibi des plus extravagants délires. On met en cause les réseaux sociaux vecteurs de haine, on réclame la fin de l’anonymat sur Twitter, on accuse l’activiste Russe à l’origine du scandale d’être un agent de Moscou, on s’inquiète de la montée de la violence dans notre république jadis, c’est bien connu, si saine et policée.

Les réseaux sociaux ont bon dos. D’abord parce que ce sont souvent les mêmes qui aujourd’hui crient au loup alors qu’hier encore ils s’extasiaient devant la merveilleuse révolution numérique. Ensuite parce le mot « social » dans l’expression « réseau social » n’a jamais voulu dire poli ou raisonnable. Les réseaux sociaux sont des réseaux publics, autrement dit tout le monde y a accès. Il est par conséquent parfaitement normal qu’on y trouve le pire comme le meilleur. Et ce d’autant plus qu’on rencontre aussi l’un et l’autre dans les journaux, à la radio ou à la télévision, y compris dans des émissions animées par des “vrais” journalistes.

Après tout, les médias – qu’on oppose souvent aux réseaux sociaux comme on opposerait la vertu au vice ou le normal au pathologique – regroupent aussi bien des journaux sérieux que des publications qui annoncent tous les deux jours que telle ou telle star est en train de mourir ou a trompé sa petite amie avec la cousine de sa tante. Quant à l’anonymat, on ne voit vraiment pas ce qu’il vient faire dans cette histoire. On connaît le nom de la personne qui a mis les vidéos en ligne (Piotr Pavlenski), il a revendiqué son geste, et on sait aussi qui les a relayées sur Twitter.

Pour ce qui est de Piotr Pavlenski (qu’un certain nombre de nobles humanistes pourfendeurs de la xénophobie et du racisme appellent avec mépris « le Russe » ou « ce Russe »), il faut tout de même avoir de sérieux problèmes de boisson pour estimer qu’étant Russe il est nécessairement un agent secret de Vladimir Poutine. Sans compter que si M. Poutine a l’intention de déstabiliser la démocratie française, il a sans doute mieux à faire que de couler la campagne d’un candidat à la mairie de Paris dont tout le monde s’accordait à dire qu’il n’avait à peu près aucune chance de gagner.

Les usagers de Twitter et de Facebook sont-ils les pires ennemis de la démocratie? En tout cas, ils sont des boucs émissaires précieux qui évitent de parler de la misère, des inégalités, de l’insondable arrogance des politiciens, de la parfaite bonne conscience des médias “honorables” et…de l’infinie rapacité des patrons de Twitter et de Facebook.

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