Dans une interview accordée au journal Causeur, Marine Le Pen affirmait, en avril 2015, que son père avait un « côté punk ». En effet, du « do it yourself » (depuis son OPA sur le Front National tout juste créé par Ordre Nouveau en 1972, Jean-Marie Le Pen est le self-made-man de la politique française) au goût pour la provocation (les punks arboraient volontiers des croix gammées) en passant par la bosse du commerce (le manager des Sex Pistols, Malcolm McLaren, était un ultra libéral, comme Le Pen père) ; le papa de Marine a de nombreux points communs avec le mouvement punk.

Le problème, c’est qu’il est aussi un adepte résolu du No Future, comme le montre, non seulement son attitude depuis quelques semaines mais, en réalité, toute sa vie politique. Sa proposition de présenter sa femme Jany aux élections européennes de 1999 (pour humilier Bruno Mégret), sa première mention des chambres à gaz « détail de l’histoire » en 1987, ses hommages réitérés au collaborateur Robert Brasillach ; tout indique que Jean-Marie Le Pen a toujours préféré être le poil à gratter de la République plutôt que son conquérant (ou même son fossoyeur).

 

C’est la raison pour laquelle sa fille aurait peut-être dû y réfléchir à deux fois avant de mettre en branle une solution finale au problème Le Pen, suite à l’entretien accordé par ce dernier à l’hebdomadaire antisémite Rivarol. Le vendredi 12 juin, le bureau politique du Front National a conforté la suspension du président d’honneur du parti par un vote supprimant purement et simplement ce poste. Cette décision devra être confirmée par un vote des adhérents. Le matin même, Jean-Marie Le Pen s’est rendu au tribunal de grande instance de Nanterre pour demander l’annulation par la justice de sa suspension du Front National, il a évoqué son éviction comme ayant été obtenue par des « méthodes de gangster » (jugement le 02 juillet).

Quelles que soient les péripéties juridiques qui ne vont pas manquer de se produire autour de cette affaire, on peut être sûr que Le Pen père va désormais tout faire pour mettre des bâtons dans les roues de sa fille. Il lui sera impossible de se présenter contre elle à l’élection présidentielle de 2017 (il lui faudrait pour cela récolter 500 parrainages d’élus, hypothèse hautement improbable) mais rien ne l’empêchera de se signaler régulièrement dans les médias par une de ces déclarations incendiaires dont il a le secret. De plus, du fait de son âge avancé (et d’un talent rhétorique indéniable), il va pouvoir jouer le rôle de la victime et présenter sa fille, comble de l’ironie, comme une sorte de führer atrabilaire et dénuée de toute empathie.

Il lui sera difficile de créer un nouveau parti (manque de fonds et manque de troupes) mais il pourrait très bien former un groupe et chanter sur toutes les ondes « God save Marine, her fascist regime ». Bonne nouvelle, on a trouvé le tube de l’été.

2 Réponses

  1. Revue de presse | Bruit Blanc

    […] Le Pen, préconisent un retour à la ligne libérale en économie que suivait bon an mal an le fondateur du parti Jean-Marie Le Pen. La question de la sortie de l’euro cristallise les antagonismes, certains au FN jugeant […]

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