Michel Onfray, le Pascal Praud de la philosophie, nous a averti : les écologistes « n’aiment pas trop la république ». Certes, il n’a pas apporté le moindre argument probant à l’appui de cette sentence mais il est philosophe de son état, il ne va tout de même pas s’embêter à justifier des affirmations gratuites comme un vulgaire élève de terminale. Anne Hidalgo, candidate putative socialiste à la prochaine présidentielle, a souligné que la France Insoumise (LFI) et Europe Ecologie Les Verts (EELV) ont « un problème avec la république ». Le président du Printemps Républicain a appelé à voter Valérie Pécresse au second tour des régionales pour éviter la victoire de la liste d’union de la gauche. Diverses personnalités socialistes et de droite ont recommandé la constitution d’un front républicain contre Jean-Luc Mélenchon. Le front républicain canal historique, celui qui est chargé d’empêcher le Rassemblement National (RN) de gagner une élection, a été réactivé en PACA où la droite « républicaine » est soutenue par toutes les forces « républicaines » pour combattre le candidat RN.

Face à toutes ces alertes solennelles, l’observateur de bonne foi est fondé à s’inquiéter : si la république est en danger, c’est donc que des forces royalistes puissantes semblent en mesure de restaurer l’Ancien régime. Pourtant, à part les clowns de l’Action française, groupuscule groupusculaire, on peine à repérer un quelconque danger monarchiste en France.

Les mots « république » et « républicain » ont ceci de caractéristique qu’ils sont sans cesse utilisés et jamais définis. Pourtant, ce n’est pas extraordinairement compliqué. La république (res publica, chose publique) est classiquement synonyme d’État. Dans sa signification moderne, à partir du 18e siècle, république désigne un État non monarchique. Et puis voilà. La France est une république. La Chine communiste est une république. La Russie autoritaire de Monsieur Poutine est une république. La Corée du nord totalitaire est une république. Le Royaume-Uni n’est pas une république mais c’est une démocratie.

Dès lors, comment se fait-il que les Insoumis et les Verts soient accusés de ne pas être républicains ? Et en quoi, exactement, le Rassemblement national serait-il anti-républicain ? Notons immédiatement que si ces différents partis étaient, de manière évidente, animés par un projet de destruction de la république, ils devraient être immédiatement interdits. Or, les juges français ne semblent pas dévorés par la même inquiétude que Madame Hidalgo ou Monsieur Onfray. Dès lors, où l’anti-républicanisme des écologistes et des insoumis peut-il se nicher ? Si on s’en tient aux propos de leurs accusateurs, les deux seules raisons invoquées seraient un déficit de foi laïque et une indulgence envers le communautarisme. Les écologistes et les insoumis seraient de vils islamo-gauchistes, expression qui désigne désormais tout ce qui est à la gauche de Manuel Valls, donc ils seraient des ennemis de la république. Quel est le rapport entre la laïcité et la république ? Absolument aucun. Une république peut fort bien ne pas être laïque. D’ailleurs, EELV et LFI proclament-ils leur opposition à la laïcité ? Pas du tout. Les Etats-Unis, pays communautariste, ne sont-ils pas une république? Bien sûr que si.

Il apparaît dès lors que les écologistes et les insoumis seraient des ennemis de la république uniquement parce qu’ils ne partagent pas une certaine définition de la laïcité et une certaine conception de la nation. Le moins que l’on puisse dire, c’est que c’est un peu mince. C’est d’autant plus mince que cette définition de la laïcité, outre qu’elle ne peut en aucun cas prétendre être la seule possible, est pour le moins assez vague. En quoi, par exemple, être favorable à l’existence de réunions non-mixtes entre femmes ou entre « racisés » serait-il en soi contraire à la laïcité ? Et à la République ? C’est pourtant ce que la candidate de droite aux régionales, Valérie Pécresse, a reproché à la candidate socialiste Audrey Pulvar. Et c’est la raison pour laquelle le président du Printemps républicain a appelé à voter Pécresse. On nous dira qu’il ne s’agit pas ici de laïcité mais de communautarisme. Et alors? On peut être totalement opposé aux réunions non-mixtes, c’est notre cas, cela n’empêche pas que ce type de pratique n’a rien en soi d’anti-républicain.

Quant au Rassemblement national, en quoi est-il anti-républicain ? On ne sait pas. Le Rassemblement national est hostile à l’immigration, comme la droite. Le Rassemblement national est favorable à une politique très répressive en matière de sécurité, comme la droite. Le Rassemblement national défend la fierté d’être français (ce qui consiste à être fier de quelque chose qui ne dépend aucunement de nous, c’est certes ridicule mais ce n’est pas anti-républicain), comme la droite. Il n’existe absolument aucune différence notable entre les discours de Marine Le Pen et ceux de Laurent Wauquiez (si ce n’est que Laurent Wauquiez est sans doute plus radical que Marine Le Pen) mais l’un serait républicain et l’autre anti-républicaine ?

Quel est le point commun fondamental entre tous ceux qui se désignent du terme « républicain » afin de mieux jeter l’anathème sur leurs adversaires réels ou fantasmés ? C’est somme toute assez simple. Ils sont tous plutôt satisfaits de l’organisation politique, sociale et économique de la France actuelle. Autrement dit, les « républicains » sont simplement ceux qui préconisent le maintien des structures fondamentales d’une société particulière. En regard, quel est le point commun entre ceux qui sont frappés du sceau d’infamie de l’anti-républicanisme? Il existe très peu de points communs entre le Rassemblement national d’un côté, EELV et LFI de l’autre. Il y en a même de moins en moins depuis que la normalisation du RN l’amène à se rapprocher de plus en plus des positions de la droite « républicaine » sur les questions économiques et sociales. Le seul point commun est la radicalité du projet ou du discours. Les écologistes et les insoumis proposent une remise en question structurelle des fondements de notre organisation sociale. Quant au Rassemblement national, il mime la posture révolutionnaire. Accessoirement, rappelons qu’il n’y a pas de porosité entre les électeurs de LFI ou d’EELV et ceux du RN alors que ce sont les électeurs du parti Les Républicains qui sont pour un grand nombre d’entre eux susceptibles de voter Rassemblement national, toutes les études l’indiquent.

Par conséquent, l’anti-républicanisme de LFI, de EELV ou du RN désigne en fait leur volonté, réelle ou proclamée, de changer fondamentalement l’organisation économique et sociale de la France. Ces partis font donc ce que l’on nomme…de la politique. Tant de bruit pour rien ? Oui.

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