Si on se réfère aux commentaires journalistiques qui ont accompagné sa nomination au poste de Premier ministre, Jean Castex est pourvu de trois caractéristiques majeures : il a un charmant accent du sud (on s’en fiche), il est « un homme de dialogue » (encore heureux) et, surtout, c’est un « gaulliste social ».

Mais qu’est-ce donc qu’un gaulliste social ? Il convient d’abord de ne pas le confondre avec le gaulliste asocial qui lit les Mémoires de guerre du général enfermé dans une cabane au fond des bois ou avec le gaulliste anti-social qui installe dans son jardin une croix de Lorraine inversée où figure l’inscription « I love Satan ».

Le gaulliste social est donc un gaulliste gentil. Pour le définir plus précisément, nous pourrions examiner la liste des personnalités politiques se définissant comme gaullistes sociaux : Nicolas Sarkozy, Gérald Darmanin, François Fillon, Xavier Bertrand, Valérie Pécresse, Rachida Dati, Laurent Wauquiez, Alain Juppé…nous sommes obligés de nous arrêter en constatant que pratiquement tous les politiciens de droite actuels sont des gaullistes sociaux.

François Fillon se déclarait, lors de la campagne pour les dernières élections présidentielles, gaulliste social et grand admirateur de Margaret Thatcher, ancienne Première ministre britannique ultra-libérale. Laurent Wauquiez est un gaulliste social qui souhaite obliger les bénéficiaires du RSA à accomplir des travaux d’intérêt général et considère que l’Etat-providence favorise la paresse. Nicolas Sarkozy est un gaulliste social qui souhaite que les Français se lèvent tous très tôt pour aller travailler longtemps sans se plaindre. Valérie Pécresse est une gaulliste sociale qui estime que les aides sociales sont trop importantes en France et nuisent au dynamisme du pays.

Notre enquête progresse, nous sommes désormais en mesure d’affirmer que le gaulliste social est, bon sang mais c’est bien sûr, un militant de droite. Le problème du militant de droite est qu’il n’a pas toujours la chance de parler comme Fernandel. Par conséquent, dépourvu d’un accent évoquant le chant des cigales, il est contraint de fournir des gages de son bon caractère. Il suffit pour cela d’ajouter social après n’importe quel mot, comme dans les expressions « tortionnaire social » ou « tueur de dauphins social » qui ont pour effet d’adoucir l’âpreté de l’activité ainsi désignée.

Quant à « gaulliste », c’est un adjectif très pratique puisque, d’une part le général De Gaulle est mort et ne risque pas de protester, d’autre part, même de son vivant, absolument personne n’était capable de définir ce que signifiait exactement le mot « gaulliste » (en dehors du fait que le gaulliste aime la France et souhaite son indépendance, comme… tout le monde).

Résumons-nous : Jean Castex est un militant de droite qui n’insulte pas systématiquement les gens à qui il s’adresse et quand il réclame des baisses d’impôts pour les entreprises et des diminutions de crédits pour les services publics, il le fait toujours avec une voix qui fleure bon la lavande de Provence.

Il est des nôtres, c’est un gaulliste social comme les autres.

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