Face aux attentats qui endeuillent la France, méfions-nous des opportunistes qui jouent aux sauveurs de la patrie.

Les héros se ramassent à la pelle

La voilà de nouveau en ordre de marche, la cohorte des Clemenceau du dimanche, la légion des De Gaulle à la petite semaine, tous les apprentis sorciers qui se voient déjà en sauveurs de la nation et s’en délectent sans vergogne. On peut espérer que les périodes dramatiques de l’histoire suscitent de grands hommes. Mais au départ, elles produisent surtout des pitres et des comédiens de bas-étage. Comment ne pas être pris de haut-le-cœur en observant un Laurent Wauquiez, député de la nation, exécuter son énième numéro de cirque en pleine Assemblée nationale, en le voyant froncer les sourcils, trembloter des lèvres, marmonner des imprécations, en l’entendant formuler à la tribune, du ton solennel des imbéciles à cravate, les propositions les plus grotesques ? On a beau être cynique, on a beau connaître les hommes et leurs faiblesses, il subsiste toujours un étonnement, une sidération même, devant le spectacle de ces homoncules égocentriques qui n’hésitent pas à marcher sur des cadavres encore chauds pour trois minutes sur BFM.

Le plus pathétique, c’est que Wauquiez et ses compagnons d’infamie ne sont probablement même pas vraiment cyniques. Un enfant qui tape du pied parce qu’il veut être au centre de l’attention générale ou qui se roule par terre pour avoir un bonbon n’est pas cynique. Il est convaincu de sa légitimité, de son droit imprescriptible de dire et de faire n’importe quoi au nom de ses pulsions obscènes. Nous sommes enclins à penser que le petit Wauquiez s’est suffisamment exalté pour se persuader qu’il agit dans le seul but de sauver la France, pour se convaincre qu’entre la barbarie des terroristes et l’innocence des victimes immolées ne se dresse plus qu’un ultime rempart : le courageux petit Wauquiez. On se le représente sans peine rentrant chez lui et ruminant toute la soirée, les yeux rougis d’émotion, sa ridicule envolée finale à l’Assemblée nationale quand il s’est écrié : « Il n’y a pas de liberté pour les ennemis de la République ! », charmant petit SaintJust à chevalière. Au moins les SaintJust et les Robespierre ont-ils mis leur peau au bout de leurs idées. Alors, un conseil, Laurent, va donc faire un tour à Rakka, on en reparle après.

Le bons sens, ennemi mortel de l’intelligence

Mais nous ne devons pas seulement subir les délires des hommes providentiels et des sauveurs de la patrie. Derrière ceux-là, se tient la horde innombrable des défenseurs du bon sens et des partisans du « Pourquoi pas ? ». Pourquoi ne pas interner indéfiniment et sans jugement tous les individus fichés S ? Pourquoi ne pas créer un Guantánamo à la française ? Pourquoi ne pas autoriser les policiers à tirer à vue sur tout individu suspect ? Pourquoi ne pas envoyer en prison toute personne ayant consulté au moins une fois un site considéré comme salafiste ? Puisque nous sommes en guerre, n’est-il pas du plus élémentaire bon sens de considérer tous ceux qui ne sont pas inconditionnellement avec nous comme des ennemis ? Comment ça, il faudrait des critères précis permettant de distinguer l’ennemi, le nous, le eux ? Ah, je vois, vous êtes un défaitiste, un idiot utile de la barbarie, au gnouf ! Non vraiment, le bon sens  il n’y a que ça de vrai. Par exemple, n’est-il pas parfaitement raisonnable d’accepter une limitation des libertés individuelles et collectives afin d’assurer la sécurité de tous ?

Un Bazooka ou je fais un malheur !

Là aussi, le refrain est connu. On l’a souvent entendu. Au 19e siècle. Au 20e siècle. A chaque période de crise. Il en va toujours ainsi. De braves gens bien sous tous rapports commencent à nous expliquer avec componction que, bien entendu, la sécurité est la première des libertés (donc toutes les autres libertés peuvent être potentiellement sacrifiées), que les forces de sécurité ont besoin de marges de manœuvre mais que les braves citoyens n’ont rien à craindre car seuls les criminels doivent avoir peur d’un accroissement des pouvoirs de la police. Pourquoi, voilà qui n’est jamais expliqué, il s’agit de croire, un point c’est tout, les policiers ne s’en prennent jamais aux bons citoyens, la chose est tellement évidente que toute justification constituerait un début d’intelligence avec l’ennemi. Et puis, de fil en aiguille, on en vient à écouter un Henri Guaino expliquer tranquillement que l’attentat de Nice n’aurait pas eu lieu si on avait posté des soldats avec des lance-roquette sur la Promenade des Anglais. Des bazookas, quelle idée lumineuse, camarade Guaino ! Pourquoi pas, en effet ? Un bazooka est plus efficace qu’un pistolet pour arrêter un camion, question de bon sens. Et pourquoi pas des chars sur les ChampsÉlysées ? Pourquoi pas des détecteurs de mensonges dans les écoles pour repérer les élèves en voie de radicalisation qui pratiqueraient sournoisement la dissimulation (doctement nommée Taqiya par les spécialistes de l’islam qui se sont dépêchés de lire Le Coran pour les Nuls le 15 juillet).

Face à ce déchaînement d’insanités, à ce manque absolu de dignité, à ce naufrage intellectuel et moral, c’est au peuple Français de rester ferme et de conserver son sang-froid et sa boussole morale. Ce qu’il fait d’ailleurs, pour l’instant, admirablement.

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