Revue de presse :

Lundi 7 décembre

République : le bateau ivre

La campagne de deuxième tour des élections régionales démarre tambour battant. Duel au sommet, bien qu’à distance, entre Nicolas Sarkozy invité au 20H de France 2 et Manuel Valls convié à celui de TF1. Tandis qu’il zappe de l’un à l’autre, une sourde angoisse s’empare du téléspectateur. Même usage approximatif du français (les « y a » incessants de Sarkozy et la grammaire chaotique de Valls), même argument unique répété en boucle (nous sommes les seuls à pouvoir faire barrage au Front National), même obsession monomaniaque (La République), mêmes poses de matamores sur le retour : les chefs de file des deux principaux « partis de gouvernement » seraient-ils les fruits vénéneux d’une mystérieuse expérience génétique de clonage humain ?

Même humour bouffon, aussi, l’un et l’autre pouvant se reconvertir sans problème comme comiques troupiers si leurs carrières politiques se terminent prématurément (pas de faux espoirs). Ainsi du sketch désormais culte de Nicolas Sarkozy : le Jugement Dernier est pour demain si toutes les préconisations du Medef ne sont pas appliquées immédiatement en France. Après avoir sobrement identifié l’enjeu de ces élections régionales – « La civilisation européenne est en train de disparaître » – le patron du parti Les Républicains nous informe sur les véritables raisons qui font du Front National un parti dangereux : « Madame Le Pen veut garder la retraite à 60 ans. Madame Le Pen veut augmenter le Smic. ». Où l’on comprend donc que si le FN doit absolument être tenu à l’écart du pouvoir, c’est parce que Marine Le Pen serait une sorte de Jean-Luc Mélenchon xénophobe. Mais manifestement, ce n’est pas la xénophobie qui gêne le plus Nicolas Sarkozy.

Quant à notre vaillant Premier ministre, il s’est montré, une fois de plus, un dialecticien d’exception. Manuel Valls, lui aussi, a tenu à réaffirmer solennellement les véritables enjeux de ces élections régionales : « Il y a deux conceptions de la république, de la France. Celle de la république, qui est exigeante, qui affirme l’autorité, qui veut protéger les français mais qui veut aussi les rassembler au nom de nos valeurs. Et puis il y a une vision qui est celle de l’extrême droite, étriquée, petite, et qui n’offre aucune solution ». Le raisonnement est magistral : il y a deux conceptions de la République, dont l’une est celle… de la République. Quant au Front National, il faut s’en méfier comme de la peste car sa conception de la République est… petite ! A n’en pas douter, face à un choix aussi clair, les millions d’abstentionnistes du premier tour vont se précipiter aux urnes pour le deuxième round. Et on dit qu’il n’y a plus de grands intellectuels dans ce pays.

Le même jour, Christian Estrosi, candidat Les Républicains en région PACA face à Marion Maréchal Le Pen, déclare en toute modestie depuis Vitrolles : « Je suis ce matin à Vitrolles le résistant. Et c’est dans la résistance que la France finit toujours par l’emporter. ». La résistance à l’indécence et au foutage de gueule ?

Ami, entends-tu le vol noir des fachos sur nos plaines ?

Ami, entends-tu les cris sourds des richards qu’on enchaîne ?

Ohé, grands patrons, cadres sup et dirigeants, c’est l’alarme.

Ce soir les manants on va tous les passer au lance-flammes.

Etats-Unis : suicide d’une nation

Dans une allocution prononcée depuis le bureau ovale de la maison blanche, seulement la troisième fois depuis son investiture à la présidence américaine, Barack Obama s’est solennellement adressé à la nation afin de calmer les esprits enflammés des adeptes de la crispation nationale, critiquant ainsi en creux les appels de Donald Trump à interdire toute immigration musulmane et à continuer de garantir un libre accès des américains aux armes à feu afin d’«assurer leur sécurité » (sic). Il a ainsi qualifié le massacre de San Bernardino en Californie, perpétré par un couple de musulmans inspirés par la propagande djihadiste en provenance du Moyen-Orient (dont l’épouse pakistanaise a bénéficié d’un visa K-1 pour rejoindre son époux après un mariage arrangé durant le pèlerinage à La Mecque de leurs familles respectives), « d’acte terroriste destiné à tuer des innocents » mais qui n’autorise nullement à se « dresser les uns contre les autres et à définir ce combat [contre le terrorisme] comme une guerre entre l’Amérique et l’Islam ». « Cette sorte de division, qui trahit nos valeurs, fait le jeu des groupes comme Daesh. ». Il en a profité pour déclarer que la quantité des armes en circulation sur le territoire américain constitue l’un des problèmes majeurs quant à la sécurité du pays et qu’elle est le résultat d’« un choix politique répété qui mène à ce qui arrive presque tous les mois en Amérique ». Anticipant un durcissement des critères permettant d’acquérir une arme à feu, des milliers d’américains se sont précipités dans les armureries pour y acheter des armes de gros calibres, faisant exploser les ventes. S’il ne fait pas de doute qu’une restriction de la législation régulant les armes aux Etats-Unis n’aurait pas pu éviter la tuerie de San Bernardino, en revanche, on ne voit pas comment la multiplication des armes en circulation aurait pu l’empêcher. Il est à noter aussi que, depuis le 11 septembre 2001, 45 personnes sont mortes suite à l’attaque de djihadistes sur le territoire national américain mais que 48 ont parallèlement été tuées par des suprémacistes de la race blanche. Si l’on ajoute à ce décompte macabre les milliers de morts qui sont tombés sous les balles d’un ado mécontentent, d’un employé maniaco-dépressif viré de son boulot parce que chaque jour on l’entendait répéter « je vais tous vous buter », d’un consommateur mécontent du prix des cigarettes qui augmentent, ou d’un policier furieux que son autorité soit remise en cause ; le plaidoyer de Donald Trump et de la National Rifle Association pour un tout-sécuritaire avec arme au ceinturon est un concept que l’on peine à comprendre. Mais les américains sont de grands enfants, il faut juste leur donner des jouets de leur âge.

Mardi 8 décembre

Libé : la vie en rose

Les réseaux sociaux sont en effervescence : le journal Libération est taxé de racisme, de sexisme et d’islamophobie pour un article intitulé « La femme voilée du métro » qui décrit les réflexions angoissées qui saisissent l’auteur du texte du fait de la présence d’une femme voilée portant « une abaya couleur corbeau » dans la même rame de métro que lui. Le hashtag #LibéRacisme se hisse au sommet de la popularité sur Twitter. L’association Osez le féminisme dénonce une « chronique à la fois raciste et sexiste ». A la lecture de l’article, il apparaît que l’accusation de racisme est absolument infondée et même grotesque. Infondée et grotesque, comme la plupart des excommunications fulminées par ce même journal Libération depuis des années. Eh oui, à force d’avoir pour seule ligne éditoriale la traque et la dénonciation publique de prétendus racistes, homophobes, islamophobes et sexistes, on finit par enraciner dans les mentalités l’habitude de l’amalgame, de l’indignation bornée et de la lecture au premier degré. De l’arroseur arrosé à l’anti-fasciste fascisé.

Les aventures de Donald continuent

Donald Trump, le milliardaire ébouriffé accessoirement toujours candidat à la primaire républicaine, essuie des critiques de tous bords, même de son propre camp, après ses déclarations concernant l’interdiction de l’entrée sur le territoire américain des personnes de confession musulmane jusqu’à « ce qu’on soit en mesure de savoir de quoi il retourne exactement bon dieu de bois » (en anglais : « until our country’s representatives can figure out what the hell is going on. »). Une nouvelle fois, il a clairement signalé qu’il avait des amis bougnou… des amis musulmans, tout en lisant de manière malaisée, et contre son habitude de débiter spontanément des paroles crypto-politiques dont le sens caché doit être confié aux techniciens de la Kabbale, un texte dont la teneur est explosive dans un pays pétri de religiosité. Lors d’un meeting à Charleston, en Caroline du Sud, Donald Trump s’est malgré tout vu gratifié d’une foule de supporters dont la faculté de raisonnement n’égale que celle du maître, ce dont témoigne Susan Kemmerlin, une habitante de Charleston présente au rassemblement : « vous ne pouvez pas regarder un musulman et savoir s’il est un terroriste ou un ami. » (source : The New York Times). L’argument est imparable, vrai en toutes circonstances, valable pour tout être humain comme pour un chien, car oui bon dieu de bois on ne peut jamais savoir à qui on a affaire. Donald Trump s’est aussi vu crédité du soutien d’un autre candidat (aux abois) à la primaire républicaine, Jeb Bush, qui a repris en bon nigaud les déclarations de Trump sur la création d’une carte d’identité confessionnelle car, savez-vous, il faut rester vigilant et identifier les musulmans parce que Oh-la-la on ne sait jamais ce qu’ils peuvent cacher derrière leur turbans et leurs barbes postiches. Là encore, argument imparable. Quand on lui a demandé comment il comptait s’y prendre pour reconnaître un musulman, celui-ci a vaillamment répondu : « Oh ben si, quand même, ça se voit ». Pour le reste, l’opinion publique américaine, comme l’ensemble de la classe politique à Washington, des démocrates aux républicains, sont allés à l’encontre de l’idée que l’on se fait de l’américain moyen en Europe, raciste et xénophobe, en dénonçant ces déclarations. Car les américains ont une obsession supérieure à celle de la nation, qui la dépasse et jette un pont entre les confessions, entre chrétiens, juifs et musulmans, ce que le « mécréant » Donald Trump ne pouvait anticiper ou même comprendre : cette obsession, c’est une bigoterie maladive.

ZZ Top, c’était mieux avant

Des membres du groupe de gros rock Eagles of Death Metal sont revenus sur les lieux du carnage au Bataclan pour un hommage aux disparus du 13 novembre, juste avant d’accompagner U2 pour un méga-show vraiment vraiment super. On attend avec impatience que la population française jette sur son mur Facebook « je suis Jesse Hughes » (le leader de EODM) soit : un moustachu redneck, ayant longtemps vécu dans une caravane, christian reborn, membre actif de la National Rifle Association et pour la prolifération des armes à feu (« j’ai tout de suite reconnu le son des kalachnikovs »), contre l’avortement et autres libéralités de gauchos à la con, admirateur de la grande Amérique de Reagan, et amoureux transi de George W. Bush. Couillu.

Mercredi 9 décembre

Venezuela : Hugo Chavez trop « popu »

Le journal Le Monde publie un éditorial intitulé « Venezuela : la débâcle du populisme ». Le texte se présente comme une analyse (affligeante) de l’exercice du pouvoir par la gauche radicale chaviste dans ce pays. Mais le mot important est évidemment « populisme » car visiblement, l’auteur de l’éditorial se moque éperdument du Venezuela. Sa connaissance du pays et de son histoire semble d’ailleurs, au mieux, incertaine puisqu’il n’hésite pas à écrire une énormité comme : « Seize ans d’un régime ultranationaliste, sacralisant la souveraineté nationale, célébrant le protectionnisme économique (…) sont donc venus à bout d’un des pays les plus riches du continent ». Ah les salauds de bolcheviks qui ont bousillé le paradis sur terre ! Nous ne sommes pas des admirateurs échevelés du putschiste Hugo Chavez mais on peut tout de même rappeler que, avant son arrivée au pouvoir, le Venezuela était un des pays les plus inégalitaires de la planète. Mais l’important n’est pas là pour Le Monde, ce qui compte c’est la conclusion de l’article : « Parce que les recettes trop simplistes, au Venezuela comme ailleurs, débouchent toujours sur des débâcles. ». Résumons : le Venezuela a porté au pouvoir un parti de gauche radicale, donc l’équivalent du Parti de Gauche de Mélenchon. Le parti d’Hugo Chavez a sacralisé la souveraineté nationale (à l’instar des révolutionnaires français de 1789, soit dit en passant) comme le fait le Front National. Donc Le Pen et Mélenchon c’est la même chose. Par conséquent, il faut se garder à tout prix du populisme de gauche et de droite et voter pour le parti Les Républicains ou le Parti Socialiste aux élections régionales françaises (et aux élections en général). Les braves vénézuéliens seront sans doute ravis d’avoir contribué au sauvetage de la région Nord-Pas-de-Calais-Picardie.

Jeudi 10 décembre

Mode : Claude Bartolone suit la tendance

La veille au soir, Claude Bartolone, candidat socialiste aux régionales pour l’Ile-de-France, a déclaré à propos de son adversaire du parti Les Républicains, Valérie Pécresse : « Avec un discours comme celui-là, c’est Versailles, Neuilly et la race blanche(ping Immigration tempête dans une fuite d’eau) qu’elle défend en creux ». Le « discours » en question fait référence à une affiche de campagne de Madame Pécresse dont le slogan est : « Nous ne voulons pas devenir la Seine-Saint-Denis de Bartolone ! ». Les réactions indignées fusent à droite tandis que les alliés de la « gauche plurielle » de Bartolone cachent mal leur embarras. Valérie Pécresse fustige « un homme du système socialiste et des vieilles méthodes (…) qui a osé traiter une gaulliste sociale de raciste ». On remarquera d’ailleurs que, depuis que le FN menace de gagner des régions, les candidats de la droite la plus décomplexée (qui ont besoin des voix de gauche pour le battre) se sont tous métamorphosés en gaullistes sociaux (Christian Estrosi, « Le Résistant », le premier, mais aussi Xavier Bertrand). Devant l’insondable stupidité des propos de Claude Bartolone, on s’interroge en vain pour comprendre ce qui a bien pu lui passer par la tête. Non seulement la phrase est en elle-même parfaitement idiote mais, même d’un point de vue purement tactique, cette sortie est totalement absurde. Au coude-à-coude avec Valérie Pécresse pour le deuxième tour des régionales, Claude Bartolone est à peu près assuré des voix de gauche et aurait donc tout intérêt à mobiliser des abstentionnistes de sensibilité centriste que ses propos outrés ne peuvent que heurter. En réalité, la phrase de Claude Bartolone n’a sans doute pas d’autre explication qu’un triste conformisme bas du front qui a habitué les représentants de la gauche depuis des années à traiter mécaniquement leurs adversaires de racistes. Signalons tout de même qu’ils sont bien aidés dans leur entreprise d’éradication de tout débat sensé en France par les « gaullistes sociaux » de la droite qui ne sont jamais en reste pour lancer des appels du pied au Front National. L’affiche de Valérie Pécresse se réfère au fait que Claude Bartolone a été président du Conseil général de Seine-Saint-Denis. Toutefois, elle n’est évidemment pas sans rapport avec l’idée que la Seine-Saint-Denis évoque immédiatement une population « colorée » et musulmane. Les valeureux défenseurs de la République, de droite et de gauche, sont décidément les apprentis sorciers qui ont, main dans la main avec le FN, méthodiquement ethnicisé le débat politique français.

La Cour Suprême américaine « nique la race »

La Cour Suprême américaine a été une nouvelle fois saisie afin de statuer sur le cas d’une loi relative à la discrimination positive (affirmative action) en faveur des minorités (lesquelles ?) accusée d’entraîner la discrimination « négative » de la majorité de la population. L’affaire est portée devant la cour suprême par Abigaïl Fisher qui se dit victime de discrimination en raison de sa race (blanche) après avoir été recalée à l’admission d’entrée de l’Université du Texas (Austin). Par cette action, elle met directement en cause le principe de l’intégration automatique du Top 10 des lycéens à la prestigieuse académie, critère de sélection appliqué à chaque lycée texan, qui lui aurait donc pris sa place malgré des résultats scolaires inférieurs au sien. Une décision de 2003 de la Cour Suprême interdit pourtant à l’Etat de classer les étudiants selon leur race. Le dispositif d’admission automatique du Top 10 des lycéens a permis de contourner cette interdiction en instaurant un mécanisme de sélection appliqué non pas aux étudiants eux-mêmes mais à leurs établissements scolaires, dont certains sont exclusivement fréquentés par des étudiants noirs. L’objectif étant de favoriser l’accès aux meilleures écoles des étudiants afro-américains. Comme le rappelle Samuel Alito, juge à la Cour Suprême, « la raison d’adopter ce principe était, au départ, de faire bénéficier les personnes qui souffrent de discrimination et qui sont issus de famille de condition modeste d’un système plus généreux pour leur admission ». Le juge renégat, et foncièrement à droite, Antonin Scala, a sans surprise répondu que des étudiants avec des résultats inférieurs à ceux requis dans une université seraient « dans une meilleure position au sein d’une école à la portée de leurs moyens ». Celui-ci poursuit : « je ne crois pas qu’il soit fondé en raison que l’université du Texas accueille autant de noirs que possible ». Plus surprenant, en revanche, est la déclaration de Ruth Bader Ginsburg, le juge rouge, qui déclare que « le Top 10 Program est problématique parce qu’il est ordonné selon le critère de la race », autrement dit un facteur anticonstitutionnel. Elle indique que le problème est « entièrement lié au fait d’avoir des quartiers et des écoles marqués par la ségrégation raciale opérant comme une désincitation pour une minorité d’étudiants à sortir du carcan communautaire et tenter d’obtenir par une voie normale un accès à l’éducation. ». Encore une loi qui, à force de bons sentiments, a favorisé les droits de certains au détriment de ceux des autres, ouvrant un boulevard à la guerre de légitimité entre les uns qui se sentent spoliés et les autres qui se sentent exclus. Il n’y a plus guère que dans les tribunaux que les barrières de race, de revenus, de classes sociales s’effacent pour qu’enfin le vivre-ensemble triomphe à grands coups de gnons juridiques. La décision de la Cour Suprême devrait intervenir en juin et elle s’appliquera à l’ensemble des universités américaines.

Vendredi 11 décembre

Vie de couple : la République songe à porter plainte contre Manuel Valls pour mauvais traitements

Manuel Valls poursuit sa croisade pour « la commanderie du Bien et le pourchas du Mal » (non, pardon, ça c’était la police religieuse des Talibans Afghans) sur France Inter. Le Premier ministre s’insurge contre le fait que le Front National est « toujours dans l’outrance » puis, très logiquement, déclare que voter pour ce parti va entraîner la guerre civile. « Parce que au fond, il y a deux options pour notre pays, il y a une option qui est celle de l’extrême droite qui au fond prône la division et cette division elle peut conduire à la guerre civile, et il y a une autre vision qui est celle de la République et des valeurs ». Notons que le Premier ministre ne s’embête même plus à déclarer qu’il faut défendre les valeurs de la République française que sont la liberté, l’égalité et la fraternité. Non, il y a une vision qui est celle des valeurs. Et pis c’est tout. Notons aussi que s’il y a bien des idées au nom desquelles les hommes se sont allégrement entre-tués tout au long de l’histoire, ce sont bien les Valeurs. On aurait aimé qu’un Premier ministre socialiste s’oppose au Front National au nom de, voyons voir, tiens, la justice sociale par exemple. Ceci dit, puisque Manuel Valls ne cesse de répéter qu’il souhaite changer le nom du PS en enlevant le mot Socialisme qu’il estime complètement ringard, voilà un nom formidable pour la nouvelle formation de ses rêves: Les Valeurs. Les Républicains contre Les Valeurs, vivement les prochaines élections.

Samedi 12 décembre

Arabie saoudite : lâchez-nous la burqa

Élections municipales en Arabie saoudite. Pour la première fois, les femmes sont autorisées à voter mais aussi à se présenter aux élections. Timide progrès puisque les conseils municipaux n’ont qu’un rôle consultatif, les maires étant nommés par l’État. De plus, un tiers des conseillers municipaux sont eux aussi nommés par le pouvoir. Interrogée dans le journal Le Monde, une féministe saoudienne, Fawziya Al-Bakr, critique le discours occidental « qui nous présente uniquement comme des victimes » et affirme sa préférence pour une politique des petits pas, « Les choses changent doucement » affirme-t-elle. L’occasion de recommander chaudement la lecture du livre de Gilles Kepel, Fitna, Guerre au cœur de l’islam (2004), qui comporte notamment de nombreux passages très éclairants sur l’histoire de l’Arabie saoudite et la complexité sociologique et idéologique de la société saoudienne.

Bernard Kouchner : l’insigne indigné vous livre son message de paix

Bernard Kouchner, ex ministre des affaires étrangères, ex porteur de sacs de riz humanitaires, ne s’embarrasse pas, quant à lui, de complexité. Il publie une tribune dans la même édition du Monde pour engueuler les français qui ne votent pas aux élections. Le diagnostic est impitoyable : « trop nombreux sont ceux qui jouent aux enfants gâtés de la démocratie. Leur non-ingérence démocratique est coupable, elle est une faute inexcusable. Elle est complicité. ». C’est bien Bernard Kouchner qui écrit, l’homme qui a trahi son camp et ses idéaux pour devenir ministre de Nicolas Sarkozy, le « républicain » qui a créé le ministère de l’Identité nationale et informé le bon peuple français que les Roms sont des voleurs nés. Mais peu importe, Kouchner a un argument indiscutable : « Il faut un vrai vote d’adhésion. Pas d’adhésion à un parti [sic, tu m’étonnes]. Pas d’adhésion à un homme ou une femme. Mais une adhésion à une certaine idée de la démocratie. ». Il n’y a pas à dire, les termes du débat deviennent de plus en plus limpides. Aux urnes citoyens !

Les vracs de la semaine

Aux urnes citoyens !

Selon une étude à publier au printemps dans la revue « Genre et Société » (Gender and Society) deux sociologues, Kathleen Gerson et Jerry A. Jacobs, ont établi que 92% des américains plébiscitent désormais les mères qui travaillent et que 77% vont même jusqu’à supporter le fait que les pères restent à la maison pour s’occuper de leur progéniture, même si des comportements normatifs rétrogrades existent toujours pour les couples dont les deux revenus ne sont pas indispensables. Encore une preuve, s’il en était besoin, que la sociologie est une phénoménologie révélant ce qu’on sait déjà.

Le New York Times rapporte qu’une étude a mis à jour la preuve irréfutable que le bonheur ne fait pas vivre plus longtemps ni ne permet de rester en bonne santé. On crève heureux, c’est tout.

Dans le New York Times, toujours, on apprend que le système judiciaire chinois repose encore sur le culte des aveux pour établir la culpabilité d’un prévenu et donc, de fait, sur une pratique presque systématique de la torture dans les prisons. Le système de l’autocritique si chère à Mao est la madeleine de Proust chinoise : une pointe de sel versée sur la plaie démocratique.

Afghans et Pakistanais se mettent d’accord pour entamer des pourparlers avec les Talibans. Le seul problème, c’est que les Talibans n’ont rien demandé, ne demandent toujours rien, et n’ont absolument pas envie de s’attabler avec les autorités afghanes autour d’une chicha pour discuter du réchauffement climatique et de la COP21.

Le Pape est de plus en plus « cool » : après avoir dit aux dirigeants Africains que voler c’est pas bien, dit aux Américains que l’homosexualité c’est toujours pas bien mais bon, le Vatican publie un article répudiant très officiellement la conversion des juifs. Les représentants de la communauté juive, de leur côté, n’ont pour le moment fait aucun commentaire, pas même un « merci ».

Dimanche 13 décembre

Rien. Ah si, deuxième tour des élections régionales, incroyable surprise, le Front National n’obtient aucune région, la République est sauvée. Rien, donc.

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