Revue de presse :

Lundi 14 décembre

Elections : Résistants malgré nous

Christian Estrosi, « Le Résistant », a gagné les élections régionales en PACA grâce au report massif des voix de gauche du premier tour dans le but d’empêcher la victoire de Marion Maréchal Le Pen. Contrairement à ce que clame le Front National, le front républicain ne constitue en rien un déni de démocratie. D’abord parce que les partis politiques sont parfaitement libres de leurs alliances, même purement tactiques. Ensuite parce qu’on ne peut pas passer son temps à répéter que les électeurs ne suivent plus les consignes de vote des dirigeants politiques (lieu commun qu’il conviendrait d’ailleurs d’étayer) pour ensuite s’indigner d’une confiscation du vote des français quand ces mêmes consignes semblent finalement efficaces. Il est de toute façon évident que si les électeurs avaient voulu massivement donner la victoire au FN, ils l’auraient fait indépendamment des directives des états-majors politiques. En revanche, la nouvelle initiative de Christian Estrosi pose quant à elle un vrai problème : il a en effet annoncé la mise en place d’un « conseil territorial de la région », une structure consultative qui inclurait des candidats de gauche qui se sont retirés après le premier tour des élections. Monsieur Estrosi a aussi émis l’idée de constituer un « conseil des sages » dans lequel figureraient notamment les socialistes Michel Vauzelle et Michel Pezet figures de la gauche locale. En dehors du fait que ces initiatives prêtent facilement le flanc à l’accusation de copinages en tous genres que le Front National dénonce à longueur de discours, elles se heurtent de toute manière à une objection de principe. La décision du Parti Socialiste de retirer ses listes dans trois régions ne peut conserver de signification que dans la mesure où ceux qui l’ont prise en assument toutes les conséquences c’est-à-dire, au premier chef, leur disparition pendant toute une mandature des institutions régionales. Espérons donc que la « gauche de progrès » résistera fermement aux torves initiatives du « Résistant ».

Estrosi 2015 - Resistance

Nigéria : « Que celui qui n’a jamais péché jette la première pierre »

Au Nigéria, le gouvernement, qui se bat toujours dans le nord-est du pays contre les forces armées (mais déclinantes) de Boko Haram (le groupe sunnite anciennement proche d’Al-Qaïda et depuis 2015 affilié à l’Etat Islamique) s’en est pris samedi sans raison apparente à la minorité Chiite dans le nord-ouest du pays, faisant au moins 830 morts, plus des dizaines (voire des centaines) d’autres dont l’armée est accusée d’avoir fait disparaître les corps. Le gouvernement iranien, qui se veut le défenseur de la communauté chiite à travers le monde, s’est ému du massacre et demande officiellement des explications au président Muhammadu Buhari, le général à la retraite aujourd’hui âgé de 72 ans, élu en mars 2015 (et qui au passage a pris 7 mois de réflexion avant de former son gouvernement). Lors d’une conférence de presse, le Général Adeniyi Oyebade a voulu clarifier les raisons d’un tel massacre : pendant la visite du Lieutenant Général Tukur Buratai (le chef des forces armées nigérianes) auprès d’un émir local, les « agresseurs » ont « commencé à jeter des missiles, des pierres, des machettes et toutes sortes de projectiles » (sic).

Les organisations de défense des droits de l’homme sur place ont quant à elles accusé l’armée d’avoir « sur-réagi », comme elle en a pris l’habitude avec Boko Haram. Un élu du sénat nigérian, Shehu Sani, a déclaré que la tuerie « n’est pas la réponse légale, civilisée et appropriée au blocage d’une route ». Il apparaît en effet que les membres de la “communauté chiite”, le Mouvement Islamique au Nigéria (M.I.N.), n’avaient pas l’intention d’agresser le général en visite mais qu’ils avaient improvisé un check-point sur la route afin de sécuriser une procession religieuse qui se tenait dans la région. Les autorités nigérianes parlent quant à elles d’agression et de tentative délibérée de meurtre sur la personne du chef des forces armées nigérianes. Le gouvernement en a profité pour arrêter dans la foulée Ibrahim Zakzaky, le chef de file du mouvement chiite, ainsi que sa femme. Encore un témoignage cinglant qui éclaire sur les difficultés que va rencontrer la coalition alliée en Syrie si elle veut prendre partie dans un conflit où les revendications religieuses abritent en réalité une guerre civile, et donc politique, dont les tenants et les aboutissants sont autant liés à la volonté d’une « ethnie » d’imposer ses normes et ses valeurs sur un territoire donné que de capter politiquement le pouvoir afin de faire triompher les intérêts de sa communauté, quitte à écraser toutes les autres. Le gouvernement officiel du Nigéria utilise les mêmes méthodes de « milice » que les factions religieuses intégristes sur son territoire, à savoir : le meurtre et l’épuration ethnique, culturelle et religieuse.

Najat Vallaud Belkacem : La terreur, ça fait peur

Le terrorisme frappe à nouveau la France en la personne d’un instituteur d’une école maternelle d’Aubervilliers attaqué à l’arme blanche par un inconnu aux cris de « C’est Daech, ça ne fait que commencer, c’est un avertissement. ». La ministre de l’Éducation nationale, Najat Vallaud Belkacem, ne fait ni une ni deux, elle se rend sur place, arbore un air grave (une mine à la Cazeneuve, je viens de perdre ma grand-mère mais j’ai quand même pris sur moi pour venir vous parler) et déclare devant les caméras de télévision : « Dès mardi, nous allons réunir les familles pour leur expliquer ce qu’il s’est passé afin que l’anxiété ne l’emporte pas. ». Et que s’est-il passé en fin de compte ? Rien puisque l’instituteur (l’affaire a été confiée à la section antiterroriste du parquet de Paris) finit par avouer aux policiers qu’il a tout inventé. Que reprochait-on déjà, entre autres turpitudes, à Nicolas Sarkozy quand il était Président de la République ? De réagir toujours dans l’urgence, de ne jamais prendre de recul face aux événements, de préférer un passage sur BFM à une consultation d’experts.

La Turquie, succursale pénitentiaire de l’Europe

L’Union européenne reprend officiellement les négociations sur l’adhésion de la Turquie. Le conseil européen des ministres des affaires étrangères accueille trois ministres Turcs pour « faire en sorte que la Turquie nous aide pour que les réfugiés ne viennent pas en Europe » (Sebastian Kurz, chef de la diplomatie autrichienne). Les négociations d’adhésion de la Turquie ont commencé il y a onze ans et elles étaient gelées depuis deux ans. Tout le monde sait par ailleurs qu’un grand nombre de gouvernements européens ne veulent à aucun prix d’une entrée de la Turquie dans l’Union Européenne. Mais un million de « migrants » sont passés par là (ou plutôt par la Grèce et l’Italie) et voilà que les Turcs sont de nouveau européens. Certes, la politique étrangère est toujours une affaire complexe où la recherche effrénée du Bien absolu est souvent mauvaise conseillère. Mais enfin, tout de même, il va bien falloir décider un jour si la Turquie est un pays européen, si son gouvernement est composé de « démocrates-musulmans » ou de dangereux intégristes, si l’État turc persécute les Kurdes ou préserve l’intégrité de son territoire, si les djihadistes de Daech sont les ennemis mortels ou les alliés objectifs de la Turquie. Et aussi, accessoirement, au nom de quoi les Turcs auraient davantage que les Européens le devoir d’accueillir et de maintenir sur leur sol des centaines de milliers de réfugiés syriens.

Mardi 15 décembre

Les alliés des ennemis de nos alliés ne sont pas forcément les ennemis des alliés de nos ennemis

L’Arabie saoudite, par la voix de son ministre de la défense, annonce la création d’une coalition de 34 pays musulmans (sunnites) « contre le terrorisme ». La lutte contre l’organisation Etat Islamique n’est pas spécifiquement mentionnée et les pays à dominante chiite (Iran, Irak, Syrie) ne sont manifestement pas les bienvenus dans le nouveau club. Nul doute que nos valeureux alliés Saoudiens ne vont donc pas tarder à sommer la « communauté internationale » de sanctifier par l’appellation « opération contre-terroriste » la guerre d’agression que l’Arabie saoudite mène depuis des mois au Yémen pour contrer les milices chiites houthistes présentées comme le bras armé de l’Iran. Cette guerre, outre le nombre très élevé de victimes civiles, fait pour l’instant le bonheur des branches yéménites d’Al-Qaïda et de l’Etat Islamique qui se sont implantées dans plusieurs villes à la faveur du chaos. L’Arabie saoudite appartient déjà à la coalition mise en place contre l’Etat Islamique par les américains (même si sa participation n’est que nominale) tandis que la France tente de réunir une nouvelle coalition incluant la Russie. La Libye fait apparemment des émules puisque ce pays compte actuellement trois gouvernements concurrents (dont un mis en place par l’ONU et reconnu par personne) et deux processus de paix parallèles. Le principal enseignement de l’initiative saoudienne est en tout cas de confirmer que la France ne doit à aucun prix prendre parti, même indirectement, dans la guerre civile qui oppose les sunnites et les chiites (ou plutôt les différentes dictatures qui cherchent à s’imposer régionalement en brandissant l’appartenance communautaire).

OTAN : le cadavre bouge encore

Avec la guerre en Syrie, l’Organisation du Traité de l’Atlantique Nord (ce qu’on peut traduire par « nous » en langage militaire) repart comme en 40, ou 1949 pour être exact, date de l’entrée en vigueur du traité qui avait initialement pour mission de nous protéger des russes, de renforcer la coopération des pays d’Europe non-communistes avec les américains, et de maintenir l’Allemagne dans une position de subordination diplomatique et militaire. Par la vertu de l’économie de marché, le dernier volet est définitivement abandonné et les Allemands font désormais partie du gratin diplomatique à se mettre dans la poche afin de clouer au pilori les insoumis à la politique de Washington. La guerre froide c’est donc reparti comme en 40 et l’amitié du réfractaire Vladimir Poutine pour le dictateur Bachar al-Assad est mise en avant pour justifier sa crucifixion sur la scène internationale. En revanche, les Turcs deviennent soudainement séduisants avec leurs moustaches de peintre grec et leur vue plongeante sur le Moyen-Orient, peu importe qu’ils achètent du pétrole aux syriens via les réseaux de l’Etat Islamique. Car ce qui compte, en définitive, c’est de remettre le géant russe dans la fange diplomatique où il aurait dû croupir depuis la fin de la perestroïka et le démantèlement de son empire de partageux totalisants.

Nathalie Kosciusko-Morizet : toujours à droite mais très complexée

Nathalie Kosciusko-Morizet est évincée des instances dirigeantes du parti Les Républicains au profit de Laurent Wauquiez qui devient vice-président délégué, c’est-à-dire numéro 2. La frondeuse NKM est punie pour ses critiques réitérées de la stratégie de « droite décomplexée » défendue vaille que vaille par Nicolas Sarkozy. Il est vrai que les élections régionales n’ont pas permis la moindre clarification quant à la ligne de la « droite républicaine ». Entre  Laurent Wauquiez qui gagne en Auvergne en s’alliant aux centristes tout en menant une campagne strictement calquée sur celle du Front National et Xavier Bertrand qui se transforme en communiste refondateur pour remercier les électeurs de gauche qui lui ont permis de l’emporter en Nord-Pas-de-Calais-Picardie, les uns pourront continuer à affirmer qu’une ligne trop à droite fait le jeu du FN, tandis que les autres persisteront à considérer qu’une droite forte est le meilleur antidote au « populisme ».

Ex-Yougoslavie : on refait le match

Les juges de la cour d’appel du tribunal international de La Haye ont décidé que les deux anciens bras droits (il fallait bien ça) de Slobodan Milosevic, Jovica Stanisic et Franko Simatovic, ont été « mal jugés » en 2013 suite à leur acquittement. Ils ont décrété leur incarcération dans l’attente d’un nouveau procès. Le tribunal spécialement constitué par les Nations-Unis afin de juger les criminels de guerre en ex-Yougoslavie, entre 1991 et 1995, a fait valoir que, du point de vue du droit international, la complicité des crimes qui sont reprochés aux accusés ne requiert pas la preuve que les intéressés ont reçu des « instructions spécifiques » pour les commettre. Les juges avaient en effet acquitté en première instance les deux chefs des milices qui, lors des campagnes sanglantes de Bosnie et de Croatie, étaient affectés à l’annexion de territoires pour le compte de l’autorité serbe. Malgré le fait que la déportation ainsi que la mort de milliers de personnes aient été prouvées, les juges avaient considéré qu’il n’y avait pas de preuves suffisantes que les deux hommes avaient reçu de leurs autorités des directives spécifiques afin de commettre ces crimes. Résumons les faits : leur culpabilité est avérée mais ils sont acquittés ; les juges décident qu’ils ont été « mal-jugés » et déclarent qu’il faut refaire le match. Sans déborder de sympathie pour ces deux criminels, on est quand même en droit de s’interroger sur la valeur du droit pénal international. L’interprétation des textes juridiques en matière de droit international est à tout le moins sibylline, ce dont témoignent les ratés successifs de ces tribunaux d’exception. Au lieu de faire la lumière sur des faits pourtant déjà opaques, la Cour Pénale Internationale ne fait qu’ajouter de la confusion à l’horreur en faisant paraître tour à tour tout le monde coupable et innocent. Un grand ménage juridique s’impose donc à l’ONU en préparation de l’après-conflit syrien.

Mercredi 16 décembre

Gilles Kepel : le Tajine est un élément congruent au Far breton

Jean-Jacques Bourdin reçoit le matin sur RMC le politologue Gilles Kepel. Le journaliste souligne que « Dans votre livre, vous faites le lien entre le djihadisme français et la poussée du Front National », ce à quoi Gilles Kepel opine avant de produire une explication assez floue fondée sur le concept sociologique de « congruence » (qui permet généralement d’associer deux phénomènes qui n’ont rien à voir en vertu du principe que ce-n’est-pas-du-tout-la-même-chose-mais-enfin-quand-même). Le politologue indique que djihadisme français et poussée du FN sont deux phénomènes qui « se ressemblent » car « dans les deux cas, on est dans une société dans laquelle il y a une inclusion qui est de plus en plus faible. ». Marine Le Pen réagit très vite sur Twitter mais, curieusement, ce n’est pas Gilles Kepel qu’elle accable mais uniquement Jean-Jacques Bourdin : « Le parallèle fait ce matin par @JJBourdin_RMC entre #Daech et le #FN est un dérapage inacceptable. Il doit retirer ses propos immondes ! ». Donc, si on prend au sens strict le message de Marine Le Pen, Jean-Jacques Bourdin doit selon elle produire un communiqué dans lequel il nierait que Gilles Kepel établit dans son livre un lien entre le djihadisme et le Front National. La présidente du FN n’en reste pas là et poste, toujours sur Twitter, plusieurs photos d’exactions de Daech avec le commentaire : « Daesh c’est ça ! » (elle met tantôt un C tantôt un S pour orthographier Etat Islamique mais on ne lui en veut pas, nous aussi on a du mal). Le Premier ministre Manuel Valls dénonce la démarche de Marine Le Pen et le ministre de l’Intérieur Bernard Cazeneuve (qui vient une nouvelle fois de perdre sa grand-mère) évoque « l’affaire » à l’Assemblée nationale en considérant que les photos en question relèvent « de la propagande de Daech [avec un C] et sont à ce titre une abjection, une abomination et une véritable insulte pour toutes les victimes du terrorisme ». Nous déplorons l’incroyable indulgence du ministre qui confine presque au crime de « modérantisme » comme on disait du temps des dictatures « populaires ». De toute évidence, la diffusion de ces photos par la présidente du FN n’est pas seulement une abjection ET une abomination mais aussi une crapulerie, une ignominie, une indignité, une vilenie, une gredinerie et une scélératesse. On aurait pu en rester là et c’eût été bien suffisant en termes de ridicule de part et d’autre mais Bernard Cazeneuve a jugé bon de signaler, mercredi soir, la diffusion de ces photos à la police, ce qui a conduit à l’ouverture d’une enquête préliminaire par le parquet de Nanterre visant Marine Le Pen. État d’urgence, impitoyable guerre contre le terrorisme, à n’en pas douter, juges et policiers n’ont rien d’autre à faire en ce moment que d’arbitrer une querelle de cour d’école entre Monsieur Bourdin et Madame Le Pen.

Afghanistan : le pétrin américain fait le pain des Talibans

Le programme de « stabilisation » de l’Agence des Etats-Unis pour le Développement International, (U.S.A.I.D.) consistant à dépenser des sommes folles pour aider à la reconstruction et au développement de l’Afghanistan (programme initié par Barack Obama en 2009), profite avant tout aux Talibans, nous apprend le New York Times. L’objectif initial était de montrer aux Afghans les avantages qu’ils trouveraient à épauler le régime de Kaboul ceci afin de les détourner des barbus à la Kalachnikov. Mais, de l’avis même des organisations américaines présentes sur le terrain, le résultat est juste l’inverse de l’objectif visé. Les villageois sont ainsi persuadés que les projets ayant vu le jour dans leur pays n’auraient pas été possibles sans l’approbation préalable des chefs Talibans, ce qui a pour conséquence de renforcer la sympathie des Afghans pour les rebelles intransigeants. Pire, des lacunes immenses dans la supervision des programmes de développement font que l’U.S.A.I.D. ne sait même pas ce que les projets de développement sont devenus. De l’aveu d’un officiel américain sur le terrain : « L’argent est parti mais il est difficile de dire où il est passé. Beaucoup de projets ont été captés par les Afghans qui ont dépensé l’argent là où ils le voulaient, dans leur village ». Comme si cela ne suffisait pas, les critiques fusent pour dénoncer le fait que les Etats-Unis ont injecté tellement de dollars en Afghanistan que l’économie en est court-circuitée et que la corruption est devenue le mode normal de fonctionnement. Décidément, quand ça veut pas.

Jeudi 17 décembre

Terreur : Vladimir Poutine vous souhaite ses meilleurs vœux

Dans sa traditionnelle conférence de presse de fin d’année (d’une durée de trois heures tout de même), Vladimir Poutine a remis les choses en place avec les Turcs et en a profité pour tacler l’Amérique là où ça fait mal, le tout sous les applaudissements d’un parterre de journalistes enamourés. A propos des Turcs, il les a défié de tenter d’abattre à nouveau un avion de chasse russe, en menaçant de représailles et en mettant ouvertement en avant les performances de son système de défense anti-aérien S-400. Toujours à propos de la Turquie, il a raillé le rapprochement de Washington et d’Ankara en déclarant que les Turcs ont peut-être l’intention de « lécher les américains à certains endroits ». Il a également pris la défense de Sepp Blatter, le président de la FIFA, aujourd’hui « démissionné » pour cause de corruption généralisée, en déclarant qu’on devrait lui décerner le prix Nobel de la paix. Il a enfin dressé des louanges à Donald Trump, le candidat à la Primaire républicaine : « Cela ne fait aucun doute qu’il est intelligent et talentueux ». Et il poursuit : « Ce n’est pas notre boulot d’évaluer ses mérites ; c’est aux électeurs américains de le faire. Mais cela ne fait aucun doute qu’il est un leader absolu dans la campagne présidentielle américaine ». Compte tenu du fait que pour un grand nombre de supporteurs du parti républicain la Russie est toujours soviétique, Vladimir Poutine est le grain de sable qui s’invite dans la campagne électorale américaine et met Trump dans l’embarras. Quand Vladimir Poutine vous souhaite ses meilleurs vœux, cela commence toujours par : tremblez, malheureux !

Vladimir Poutine, ubique-roi

Toujours lors de sa rencontre annuelle avec la presse russe et internationale, Vladimir Poutine a reconnu officiellement la présence de militaires russes en Ukraine. Enfin, plus exactement, il a déclaré : « Nous n’avons jamais dit qu’il n’y a pas de personnes engagées dans la résolution de certains problèmes là-bas, y compris dans le domaine militaire. ». C’est en effet limpide. N’y a-t-il pas eu, après tout, une certaine présence de personnes germaniques, juste à côté de « là-bas », en Pologne, entre 1939 et 1945, engagées dans la résolution de certains problèmes, y compris dans le domaine racial ? Et en ce moment même, la France ne nie pas qu’il y a des aéroplanes engagés dans la résolution de certains problèmes en Syrie, y compris dans le domaine terroriste. Tenons-nous-le pour dit : nommer les choses c’est penser le monde.

Eric Zemmour : la haine tout près de chez vous

Eric Zemmour est condamné à 3000 euros d’amende pour provocation à la haine envers les musulmans du fait d’un entretien accordé au journal italien Corriere della sera en 2014. Il y affirmait notamment : « Je pense que nous nous dirigeons vers le chaos. Cette situation de peuple dans le peuple, des musulmans dans le peuple français, nous conduira au chaos et à la guerre civile. ». Dominique Sopo, président de SOS-Racisme, s’est félicité que la justice souligne que la liberté d’expression n’est pas la liberté de propager la haine. On se croirait de retour en 1793 mais ce qui est amusant, c’est que Zemmour comme Sopo jouent à Robespierre. Eric Zemmour en sacralisant tellement l’indivisibilité de la patrie qu’il en vient à la confondre avec l’homogénéité du peuple. Dominique Sopo en qualifiant de discours de haine tout propos qui lui déplaît et en définissant la liberté d’expression par le droit indescriptible de tout être humain de ne jamais contredire SOS RacismeGeorges Couthon âme damnée de Robespierre, membre du Comité de salut public et « terroriste » fervent, l’a magistralement formulé : « Le grand théâtre n’est pas encore tout à fait purgé. Il faut absolument que la scène ne soit occupée que par des gens de bien ; c’est l’intérêt du peuple et la morale publique qui le commandent. ».

Vendredi 18 décembre

Christine Boutin à contre-courant de l’existentialisme papal

Christine Boutin, fondatrice en 2009 de l’ectoplasmique Parti Chrétien-Démocrate (lequel stipule de manière amusante sur son site : « Le Parti Chrétien-Démocrate est un parti non confessionnel »), est condamnée par la justice à 5000 euros d’amende pour « provocation publique à la haine ou à la violence » envers les homosexuels. Objet du délit ? Elle a affirmé que « l’homosexualité est une abomination ». Madame Boutin a également été condamnée à verser 2000 euros à chacune des associations, Mousse et Le refuge, qui s’étaient constituées parties civiles. En réalité, Christine Boutin avait déclaré (dans un entretien au magazine Charles) : « l’homosexualité est une abomination. Mais pas la personne. Le péché n’est jamais acceptable, mais le pécheur est toujours pardonné ». Elle a donc simplement exprimé la position du Vatican, nonobstant le caractère non confessionnel du Parti Chrétien-Démocrate, même s’il est vrai que le bon pasteur François aurait sans doute évité le terme d’abomination. Quoi qu’il en soit, et quoi que l’on pense du propos, Madame Boutin avait explicitement indiqué qu’elle ne visait pas les personnes homosexuelles. On voit donc mal comment le tribunal a pu la condamner pour provocation publique à la haine ou à la violence. C’est très simple, le raisonnement des juges repose entièrement sur l’idée que les lecteurs sont des imbéciles ou des illettrés. Le procureur a en effet affirmé : « Ce que l’on entend dans vos propos, c’est que les homosexuels sont une abomination », autrement dit il faut vous condamner parce que les lecteurs de l’entretien risquent de ne pas « entendre » ce qui est vraiment écrit. Le procureur a aussi très curieusement insisté, pour appuyer sa démonstration, sur le fait que le parquet avait reçu plus de 500 lettres de particuliers indignés. L’ampleur de la délation justifierait donc la rigueur de la peine. Quant aux juges, ils déclarent dans les attendus de leur décision que « La distinction que Christine Boutin déclare opérer entre l’homosexualité et les homosexuels pour s’exonérer de toute responsabilité (..) apparaît bien plus artificielle et spécieuse que constitutive d’une véritable subtilité qui n’est pas toujours comprise » (puisqu’on vous dit que les lecteurs sont des cons). Artificielle et spécieuse ? Comme le sont généralement les justifications des condamnations politiques.

Samedi 19 décembre

ONU : la dictature continue

S’adressant aux 193 pays de l’Assemblée générale des Nations unies, les 5 membres permanents du Conseil de Sécurité (soit les Etats-Unis, la Russie, la Chine, la France et la Grande-Bretagne) ont fait un pas décisif vers plus de démocratie au sein de cette institution en levant le voile sur la nomination de leur Secrétaire général. Enfin, pas vraiment. Dans une lettre adressée à ses pays membres, l’organisation a demandé aux candidats à la succession de Ban-Ki-Moon de bien vouloir se présenter devant les délégations du monde entier afin de faire l’inventaire et l’article de leurs qualités. En revanche, le P-5 a cru bon de signaler qu’il n’y avait aucune obligation pour les postulants de se plier à cette opération de séduction et que, de toute façon, il se réservait le droit de sélectionner en secret le vainqueur qui sera présenté à l’automne prochain. Nul doute que le résultat sera un plébiscite, comme il est de règle dans toute démocratie. D’ailleurs, Vladimir Poutine a déjà fait connaître qu’une femme comme secrétaire c’est « da » mais qu’une femme comme secrétaire général c’est « niet ». Celui-ci a par ailleurs fait savoir que les « tournantes » étant la règle en matière onusienne, le prochain porte-parole de la paix dans le monde devra être un citoyen des pays d’Europe de l’est. Histoire de mettre un peu d’ambiance dans les discussions internationales, les pays membres de l’Otan, après avoir intégré à leurs effectifs le puissant Monténégro pour montrer à l’ogre russe de quel bois ils se chauffent, seraient bien inspirés de suggérer un Ukrainien comme représentant à la tête de l’organisation.

Dimanche 20 décembre

Dans un souci d’équité et de promotion du dialogue interconfessionnel, l’équipe de Bruit Blanc a décidé de regarder l’ensemble des émissions religieuses disponibles sur le web. Nous travaillons dessus très activement.

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