Revue de presse :

Lundi 21 décembre :

Espagne : démocratie entêtée et gouvernement étêté

Élections législatives en Espagne, le pays risque d’être ingouvernable. Le parti de droite du Premier ministre en place, Mariano Rajoy, arrive en tête mais obtient seulement 123 sièges sur 350. Il ne pourrait gouverner qu’en obtenant le soutien ou l’abstention du Parti socialiste ouvrier espagnol (PSOE) arrivé deuxième, lequel a déjà averti qu’il n’en était pas question. Le parti de gauche radicale Podemos (troisième) et le nouveau parti centriste Ciudadanos (quatrième) refusent quant à eux de s’allier à qui que ce soit. Une situation délicate qui pourrait toutefois favoriser un débat fructueux en Espagne sur les nouvelles politiques à mettre en place pour répondre aux vœux des électeurs. Mais le lobby patronal espagnol ne l’entend pas de cette oreille puisque le président du Cercle des entrepreneurs (où siègent la plupart des multinationales) a réglé le problème en invoquant « la nécessité d’un grand pacte PP, PSOE et Ciudadanos », seule solution qui montrerait que les « leaders politiques » agissent « pour le bien du pays, [en] le préservant de leurs intérêts personnels ». Le bien du pays exigerait donc de réunir le Parti Populaire de droite (rongé pas des scandales de corruption), le PSOE de gauche (qui réalise le score le plus catastrophique de son histoire) et les centristes de Ciudadanos dans une grande coalition d’union nationale dont les seuls exclus seraient les membres de Podemos, c’est-à-dire l’unique parti qui propose…des hausses d’impôts pour les multinationales. C’est beau l’amour de la patrie.

Mais le Cercle des entrepreneurs est manifestement soutenu par toutes les forces vives démocratiques puisque la bourse espagnol a chuté de 3,26 % à l’annonce des résultats, tandis que les agences de notation Moody’s et Fitch (les cadors qui expliquaient que tout allait pour le mieux dans le meilleur des mondes en 2008 juste avant la catastrophe financière) se sont fendues de communiqués qui soulignent que les résultats électoraux sont mauvais pour l’économie car « Ils augmentent l’incertitude politique et suscitent des doutes sur la capacité et la volonté du nouveau gouvernement de continuer les réformes structurelles et la consolidation fiscale ». Rappelons que dans le langage des « experts » de l’économie, consolidation fiscale signifie baisser les impôts des plus riches et réformes structurelles veut dire faciliter les licenciements et réduire les allocations chômage. Les agences de notation estiment donc que les élections en Espagne sont fort fâcheuses dans la mesure où elles n’ont pas reconduit le gouvernement de droite en place tout en accordant la troisième place à Podemos, un parti quelque peu suspect d’hétérodoxie en matière de « consolidation fiscale ». C’est ce que les gens avertis appellent « le cercle de la raison » : expliquer aux peuples à longueur de temps qu’il faut voter pour des partis appliquant les recettes de l’économie libérale et s’ils votent mal quand même, bousiller leur économie à coup de krach boursier et de délocalisations débridées pour qu’ils comprennent leur erreur.

Mardi 22 décembre :

Syrie : nazi cool et démocrate tortionnaire

Le journal Le Monde nous apprend que des frappes aériennes russes auraient visé la ville d’Idlib en Syrie. L’article précise que l’attaque a pris pour cible « des locaux de l’Armée de la conquête, une alliance de rebelles modérés, islamistes et djihadistes qui tient l’essentiel de la province ». Une alliance d’islamistes et de djihadistes modérés ? Et pourquoi pas un conglomérat de fascistes raisonnables et de nazis humanistes ?

Moyen-Orient : débordé par les demandes des martyrs, Dieu repousse les fêtes de fin d’année

Un combattant du Hezbollah, emprisonné pendant près de 30 ans pour son implication dans une attaque terroriste contre Israël, ayant entraîné la mort d’un policier, d’une fillette et de son père à la frontière libanaise en 1979, a été tué dans une attaque aérienne en Syrie, nous indique le New York Times. Il avait été libéré en 2008, en échange du retour de la dépouille de deux soldats Israéliens détenus par l’organisation nationaliste libanaise, et accueilli comme un héros par la population au sud-Liban et par Hassan Nasrallah, responsable du Hezbollah, durant une cérémonie officielle avec tapis rouge et reportage télévisé. Depuis sa libération, Samir Kuntar avait apporté son soutien au régime de Bachar al-Assad et à la communauté chiite syrienne en guerre contre Daech, l’organisation sunnite radicale. Son frère Bassam a confirmé sa mort en déclarant que « c’est un honneur de rejoindre les familles des martyrs ». Dieu délibère à ce propos et donnera sa réponse ultérieurement.

Chine : Querelles et chinoiseries

L’avocat et opposant chinois a été condamné à trois ans de prison avec sursis pour « incitation à la haine raciale » et « provocation de querelle et de troubles » du fait de sept messages publiés sur Weibo, le Twitter chinois. L’incitation à la haine raciale correspondait à des critiques émises par Pu Zhiqiang vis-à-vis des politiques gouvernementales envers les Ouïgours du Xinjiang. En défendant ces derniers, l’avocat se serait rendu coupable d’incitation à la haine envers les Hans, l’ethnie chinoise majoritaire. Quant à la provocation de querelles et de troubles, elle renvoie aux reproches adressés par Monsieur Pu à des personnalités liées au parti communiste chinois. Trop drôle ces chinois ? On peut aussi se demander si le gouvernement chinois n’offre pas une version kitsch et autoritaire de l’idéologie de pacification sociale généralisée qui se met en place en France.

Nous avons déjà le délit d’incitation à la haine, il ne nous reste qu’à mettre en place l’incrimination de « provocation de querelles ». Premiers inculpés : Dieu, François Hollande et Julien Lepers.

Mercredi 23 décembre :

Pologne : selon le journal Le Monde, « dommage qu’ils soient Polonais »

Le Monde nous livre un long article sur le nouveau gouvernement polonais dominé par le parti conservateur Droit et Justice (PiS). Manifestement, le journaliste est alarmé et cherche à nous mettre en garde contre les sombres visées rétrogrades du PiS. Sont mis en cause la volonté du gouvernement polonais de mettre fin à l’indépendance du Tribunal constitutionnel ainsi que son intention de prendre le contrôle des médias et d’infléchir la politique culturelle dans un sens nationaliste et religieux. Puis, et sans transition, l’article poursuit sa liste des éléments rendant dangereux le parti PiS en signalant « les taxes annoncées sur le secteur financier et les grandes surfaces, de même que la volonté de repolonisation de l’industrie et des médias » et d’autres mesures d’un programme économique « jugé à bien des égards populiste » comme « la baisse de l’âge de départ à la retraite, un vaste plan de hausse des allocations familiales ou la gratuité des médicaments pour les plus de 75 ans ». Enfin, comble de l’horreur, « Alors qu’une hausse des déficits publics a été officialisée à la mi-décembre, la plupart des économistes redoutent qu’après le Tribunal constitutionnel le PiS ne s’attaque au Conseil de politique monétaire et à l’indépendance de la Banque centrale pour financer son onéreux programme. ». Par quelle étrange dérive intellectuelle et morale en est-on venu à considérer comme évidemment scandaleux qu’un État contrôle sa Banque centrale (le fait de battre monnaie a toujours été, avec le monopole de la violence légale, un attribut fondamental de la souveraineté politique) ? Et quelle est cette curieuse idéologie qui stigmatise comme « conservateur » et « populiste » la décision de rendre gratuit les médicaments pour les personnes âgées ? Il y a fort à craindre qu’il s’agisse de la philosophie officielle de l’Union européenne, le règne du Marché et du Droit. On peut appeler cela autrement : haine du politique et de la démocratie.

France : Vendre son âme pour gagner une élection ? Encore faudrait-il avoir une âme

Mardi, les médias annonçaient que François Hollande avait renoncé à inscrire la déchéance de nationalité pour les binationaux né français dans son projet de réforme constitutionnelle. Finalement, la mesure figure bien, dans le texte présenté mercredi au conseil des ministres. Décidément, on peut faire confiance à François Hollande, entre la fidélité aux principes et l’opportunité d’embarrasser la droite en reprenant une de ses propositions, le Machiavel de Corrèze choisira toujours la tactique politicienne la plus mesquine. C’est rassurant de constater qu’il reste quand même des repères stables dans ce monde incertain.

Jeudi 24 décembre :

Même chantée par un ancien militaire, la musique adoucit les moeurs.

Vendredi 25 décembre

Cisjordanie : les chrétiens et le méchoui palestinien

En Cisjordanie, les représentants de la communauté chrétienne (qui ne constitue que 2% des 2,7 millions de résidents palestiniens) ont pris sur eux de demander à leurs paroissiens de ne pas organiser de processions pendant les festivités de Noël, en bloquant le trafic routier et en faisant retentir leurs klaxons comme il est de tradition dans les pays arabes, ceci afin de montrer leur solidarité envers les palestiniens musulmans. Plus de 130 d’entre eux sont morts depuis cet été, dont les deux-tiers ont été convaincus d’avoir perpétré, ou suspectés d’avoir voulu porter, des attaques au couteau qui ont fait 19 morts parmi la population israélienne durant les violentes altercations à Jérusalem-Est et en Cisjordanie. Privés de sapin et de père noël, certains dénoncent le fait que la minorité chrétienne doit en permanence montrer son allégeance envers une société de plus en plus conservatrice et islamisée. Musa Hadid, le maire chrétien de Ramalah, a indiqué quant à lui que cette attitude est rendue nécessaire par les « conditions de vie des palestiniens imposées par l’occupation israélienne ». Pour le père de Malek, 19 ans, tué le 8 décembre durant un raid des forces de l’ordre israéliennes dans le camp de réfugiés de Dheisheh, les choses sont claires : « Comment pouvez-vous être content quand je suis triste ? ». Finalement, il est demandé aux chrétiens du Moyen-Orient comme aux musulmans de France, de faire œuvre de solidarité en ces temps de menace terroriste sur fond de rivalités culturelles et religieuses. Sous l’argument fallacieux de ne pas se sentir reconnu et respecté dans son pays, il faut être idiot pour ne pas comprendre ni accepter que mettre son « sapin » en berne est un acte de solidarité liminaire au vivre-ensemble. Faire nation implique certains sacrifices qui vont, dans certains cas extrêmes, jusqu’à l’abandon pur et simple de la dinde aux marrons.

Philippe de Belgique : vœux pour le nouvel an et praline à l’endoctrinement

Le Roi Philippe de Belgique appelle à l’unité nationale tout en prévenant néanmoins qu’il y aura une tolérance zéro à l’égard des prédicateurs d’un Islam radical. Au moins 500 belges sont suspectés d’avoir fait le voyage en Syrie, ce qui place la Belgique au premier rang des pays européens ayant fourni des combattants à l’Etat Islamique. Il a salué au passage le professionnalisme des autorités belges qui « ont réagi avec calme, vitesse et détermination » à la menace terroriste (calme et précipitation, donc). Il a ajouté : « Il me semble important de retourner aux fondations de notre société : nos valeurs et les règles de coexistence. Cela implique d’enseigner à nos enfants le respect des différentes convictions religieuses et philosophiques. Ce que nous partageons est le désir de donner un sens à la vie, de respecter les autres et d’être ouvert à eux. Respecter ces règles communes implique aussi une tolérance zéro à l’égard des discours de haine. Cela implique de lutter, jour après jour, contre toutes les formes de stigmatisation et de ségrégation, et d’aider les personnes qui sont tirées vers l’endoctrinement fanatique à résister. ». Signalons à Philippe qu’une place s’ouvre à l’ONU l’année prochaine, du secrétariat, mais de haute volée. Sinon, il y a toujours la possibilité pour la Belgique de se doter d’un Président qui fasse de ce pays, éclaté en deux cultures distinctes et qui ne sait plus comment coexister, une nation tournée vers un destin commun. Car n’oublions pas que les terroristes du mois de janvier à Charlie Hebdo, comme ceux du mois de novembre à Paris, sont les orphelins d’une république qui, par peur de paraître xénophobe et intransigeante, n’a plus rien à proposer (cela marche aussi pour les électeurs du Front National). C’est sur ce terrain de friche identitaire qu’ils ont nourri, à l’ombre d’un « ghetto » culturel qu’ils ont construit de toute pièce, à Molenbeek et en Seine-Saint-Denis, une fascination d’ordre réactionnaire.

Samedi 26 décembre :

Corse : je t’aime moi non plus

Suite à l’agression d’un policier et de deux pompiers le 25, la ville d’Ajaccio connaît son deuxième jour d’émeutes racistes. Vendredi, une salle de prière musulmane a été attaquée et des manifestants ont entrepris de brûler des exemplaires du Coran. Un nouveau rassemblement, ce samedi, a tourné à l’émeute avec des slogans comme « Arabes dehors ! » (en corse, quelle belle langue). Les manifestants brandissaient des drapeaux corses et scandaient « On est chez nous ! ». Ces émeutes xénophobes se produisent deux semaines après les élections régionales qui ont porté les nationalistes au pouvoir en Corse. Des Bonnets Rouges bretons poujadistes aux indépendantistes basques soutiens des terroristes de l’ETA en passant par les nationalistes corses racistes et mafieux, il n’y a pas à dire, les cultures régionales, c’est l’avenir.

Dimanche 27 décembre :

Christiane Taubira : Bruno Retailleau (LR) confond les mots « neutralisation » et « naturalisation »

Interrogé par le Journal du dimanche, le président du groupe Les Républicains au Sénat, Bruno Retailleau, estime que le président François Hollande doit « neutraliser » sa ministre de la Justice, « S’il veut garder Mme Taubira, malgré tant de contradictions, il faut au moins qu’il la neutralise et qu’on stoppe son désastreux laxisme pénal ». Les contradictions évoquées renvoient essentiellement à l’opposition de Christiane Taubira à la déchéance de nationalité pour les binationaux nés français. Quant au désastreux laxisme pénal, on ne voit pas bien ce que Monsieur Retailleau veut dire par là dans la mesure où Madame Taubira est si bien neutralisée et depuis si longtemps qu’elle n’a pas eu l’occasion de mettre en place une seule de ses propositions depuis qu’elle est ministre. En tout cas, la droite a tort de faire de Christiane Taubira sa cible préférée, étant donné qu’elle est le dernier ministre de gauche du gouvernement, les snipers des Républicains devraient au contraire prier pour qu’elle reste en poste le plus longtemps possible. Sur qui et sur quoi vont-ils s’exciter une fois qu’elle aura démissionné ? Les baisses de charge sans contrepartie pour les entreprises ? L’extension indéfinie des pouvoirs de la police ? Le flicage des chômeurs ?

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