Revue de presse :

Lundi 18 janvier :

Iran : la moustache rebelle

L’échange de prisonniers entre l’Iran et les Etats-Unis, 5 Américains contre 7 Iraniens, tous accusés d’espionnage, est la démonstration que personne à l’exception de Barack Obama et de son homologue iranien Hassan Rouhani ne souhaite la normalisation des relations diplomatiques entre leurs deux pays, à l’intérieur comme à l’extérieur de leurs frontières respectives. Le procureur général des Etats-Unis (équivalent du ministre de la justice en France), Loretta E. Lynch, a ainsi objecté que cet échange de prisonniers portait entre des citoyens américains innocents des charges d’espionnage retenues contre eux, et donc injustement emprisonnés dans les geôles iraniennes, et des personnes d’origine iranienne qui eux sont forcément coupables des chefs d’inculpation qui pèsent eux (tous sont citoyens américains et une partie d’entre eux bénéficient de la double nationalité). Mis à part le fait que le système judiciaire aux Etats-Unis est loin d’être impartial (c’est tout le problème des jurys populaires) on peut aussi ajouter que les preuves à l’encontre de ces iraniens condamnés pour avoir exfiltré vers Téhéran des informations relatives aux technologies de pointe, ou pour avoir tout simplement exporté des informations sur la technologie américaine (le minitel ne faisait pas parti du lot), s’avèrent en réalité bien minces. Ces dangereux criminels ont semble-t-il davantage fait les frais d’une « chasse aux sorcières » de laquelle il ressort que tout iranien s’il n’était pas un opposant politique revendiqué au régime des Ayatollahs, ou tout simplement un membre de la famille du Shah en exil, devenait une cible potentielle de cette lutte contre l’obscurantisme politico-religieux. S’il est possible que certains d’entre eux aient tenté d’apporter leur soutien au régime iranien en faisant passer des informations « relativement » sensibles (« relativement », car ces personnes n’ont pu transmettre que des informations qui n’étaient pas couvertes par le secret défense et qui se trouvaient par conséquent disponibles pour tous les initiés du secteur de l’aérospatial et des hautes technologies), il est indéniable également que certains des prisonniers du côté américain ont été en lien avec la CIA et qu’ils leur ont fourni des renseignements. Tout ceci aurait dû remettre les compteurs de la diplomatie à zéro (pas ceux en revanche de ceux qui ont vécu ces années de captivité) mais rien n’y fait, et Loretta E. Lynch n’en démords pas, un moustachu américain vaut mieux qu’un moustachu iranien. (Lire l’article dans son intégralité)

Iran : L’ombre de Nasser

France : un bon chômeur est un chômeur mort (en plus, il est radié)

Un rapport de la Cour des comptes recommande une réduction des allocations des chômeurs. Comme ils en ont l’habitude quand ils décident de s’immiscer dans le débat politique en affichant leur supposée neutralité, les «  sages  » de la Cour des comptes prennent soin de préciser que les décisions «  ressortent de la compétence des partenaires sociaux  ». Mais cette précaution ne change rien à l’affaire puisque le rapport précise que, de toute façon, il faut impérativement modifier les «  paramètres  » du dispositif de l’assurance chômage et que la plupart des pistes de modification envisagées amèneraient une dégradation de la situation des chômeurs. Rappelons que la Cour des comptes est une juridiction officiellement indépendante dont la fonction est de «  s’assurer du bon emploi de l’argent public et d’en informer les citoyens  » (selon l’article 47-2 de la Constitution). Elle se permet pourtant régulièrement, sous couvert d’expertise neutre, de faire œuvre de propagande dans tous les domaines au service du dogme de la réduction des dépenses publiques et, en l’espèce, de l’incitation au retour à l’emploi (comme s’il était évident que ces paresseux de chômeurs avaient impérativement besoin d’être incités à chercher du travail). Quant à la prétendue indépendance de cette juridiction, il suffit pour en juger de constater que ce rapport est diffusé le jour même où le Président de la République François Hollande déclare, lors de ses vœux aux «  acteurs de l’entreprise et de l’emploi  »,  qu’il veut modifier les règles de l’assurance chômage afin de favoriser le «  retour à l’emploi  » des chômeurs. Nous suggérons pour notre part une réduction généralisée des remboursements de soin afin d’inciter les malades au retour à la santé.

Mardi 19 janvier

France : Valls, défenseur d’une laïcité de combat, mais pas pour tout le monde

La polémique enfle après les propos tenus la veille au soir par Manuel Valls à la réunion des Amis du CRIF (Conseil représentatif des institutions juives de France). Le premier ministre a fortement mis en cause l’Observatoire de la laïcité et ses deux responsables, Jean-Louis Bianco et Nicolas Cadène. Il a notamment fustigé Jean-Louis Bianco pour avoir signé un texte condamnant les attentats du 13 novembre en compagnie d’organisations proches des Frères musulmans (singulièrement le CCIF – Collectif contre l’islamophobie en France), estimant que “L’Observatoire de la laïcité (…) ça ne peut pas être quelque chose qui dénature la réalité de cette laïcité (…) On ne peut pas signer des appels, y compris pour condamner le terrorisme, avec des organisations que je considère comme participant du climat qu’on a évoqué tout à l’heure.”. Le climat en question se réfère notamment à l’antisémitisme et à la tentative de meurtre subie le 11 janvier par un juif portant la kippa à Marseille. C’est donc reparti pour un tour, les uns accusant leurs adversaires de “réaction laïciste intégriste” (Bianco), les autres traitant les premiers de collabos ou d’idiots utiles de l’islamisme. Les torts sont sans doute partagés et Jean-Louis Bianco et Nicolas Cadène font parfois preuve d’une certaine hypocrisie en lançant des accusations outrées contre les prétendus intégristes laïques (Elisabeth Badinter, par exemple) tout en se récriant dès qu’on leur répond un peu vertement. Toutefois, c’est une fois de plus le premier ministre qui se distingue par une profonde confusion intellectuelle. Certes, le CCIF est une association très proche de l’idéologie du mouvement fondamentaliste des Frères musulmans. Mais le texte mis en cause par le premier ministre (“Nous sommes unis”, Libération du 15/11/2015) a été signé par un grand nombre de personnalités, dont le directeur exécutif du CRIF (Robert Ejnes) et son contenu est parfaitement anodin. Derrière cette polémique, se joue en réalité la définition de la notion de laïcité. Or, quoi qu’on pense de lui, Jean-Louis Bianco a le mérite de souligner depuis des années que la laïcité n’interdit en rien l’expression des religions dans l’espace public, ce en quoi il a parfaitement raison. Le premier article de la loi du 9 décembre 1905 stipule que “La République assure la liberté de conscience”, donc le droit de croire ou de ne pas croire. Le deuxième article indique que “La République ne reconnaît, ne salarie ni ne subventionne aucun culte.”. (ping “laîcité pour tous, de l’islam à la moselle) Par conséquent, à titre d’exemple,  le concordat d’Alsace-Moselle est une violation caractérisée du principe de laïcité tandis que le port de la burka dans la rue, même si on peut en être profondément choqué, ne contrevient pas à la laïcité. Or, Manuel Valls ne cesse d’entretenir l’ambiguïté sur la définition et le périmètre d’application de la laïcité. De plus, s’il est par principe hostile à l’expression publique des religions, il est éminemment paradoxal qu’il se fasse le défenseur d’une laïcité intransigeante en lançant des accusations contre des associations musulmanes à l’occasion d’une réunion organisée par le CRIF, une organisation purement confessionnelle (et par ailleurs un groupe de pression actif en faveur du gouvernement israélien). Notons d’ailleurs que si on s’obstine à justifier l’interdiction des manifestations publiques de foi religieuse (comme dans le cas de la burka) par l’invocation du principe de laïcité, on tend la perche aux groupes intégristes ou antisémites qui réclament l’interdiction du port de la kippa dans la rue ou hurlent sans cesse au deux poids deux mesures.

Mercredi 20 janvier :

Israël : tout faire péter préventivement

Michael Morell, l’ancien responsable de la CIA, déclare au New York Times qu’ « Avant les négociations sur le nucléaire iranien, nous [les Etats-Unis] étions à deux doigts de déclarer la guerre à la République Islamique d’Iran, plus qu’en 1979 ». Il révèle également que les risques d’une guerre entre les deux nations étaient plus forts sous l’administration de Barack Obama que sous celle de George W. Bush qui avait rejeté l’option en dépit des recommandations de Dick Cheney. Ehud Barack, l’ancien ministre de la défense israélien, livre lui aussi quelque secrets d’Etat dans ses mémoires. Il écrit que Benjamin Netanyahu, le premier ministre israélien, à trois reprises, a pratiquement appuyé sur le bouton qui aurait déclenché une guerre nucléaire. Ce qui fait dire au quotidien New Yorkais que la décision de l’Iran de renoncer à son projet d’armement nucléaire était peut-être commandée par un instinct de survie. On signalera qu’Israël vient de réitérer sa menace de « tout faire péter préventivement » si elle suspecte la moindre activité nucléaire en Iran. Comme disait Brigitte Fontaine, il fait froid dans le monde.

Jeudi 21 janvier

France : antisocial, tu perds ton sang froid

Dans un article en page 4 du New York Times, Suzanne Daley brosse le portrait du Rap hexagonal à travers un texte intitulé « Rap gives poor youths a voice in France » (Le Rap donne la parole aux jeunes en France) dans lequel elle s’enthousiasme à faire le plein de lieux communs. Le propos, qui se veut pédagogique, explique à la ménagère américaine, qui probablement s’en contrefout, ce qui pousse ces jeunes Français à poser en tenue de gangsters en vomissant les valeurs de la France. On y voit la photo de Médine, le rappeur havrais, et on y apprend que ses textes sont l’expression d’un désarroi socioculturel de la jeunesse de banlieue. Elle relate en ces termes la polémique autour du Bernie Bonvoisin de la rime « légère » : « Alors que ce genre de satires [sociales] sont si souvent célébrées en France, Médine, un musulman originaire d’Algérie, s’est retrouvé accusé de fondamentalisme car il ne respecterait pas les principes élémentaires de la république. En comparaison avec le respect accordé au journal irrévérencieux Charlie Hebdo, le magazine satirique qui fut l’objet de l’attaque terroriste l’année dernière, il déclare que son travail est « perçu avec la condescendance réservée aux banlieues. » ». Elle nous explique ensuite que, à l’instar du Wu-Tang Clan, le rappeur barbu prête sa voix à des millions de personnes pauvres vivant dans ces quartiers populaires. J’aimerais quant à moi parler de ma mère, puisque la monographie semble être en vogue actuellement. C’est une brave femme, je le pense, sans argent, vivant justement dans ces quartiers populaires, en H.L.M.. Elle côtoie dans son entourage toutes sortes de personnes, des Français de souche (cessons cette hypocrisie consistant à faire semblant de ne pas comprendre ce que cette expression recoupe), des gens de la mixité (tout le monde comprend) et elle n’a pas reçu une éducation lui procurant une grille de lecture idéologique de son environnement social (de droite comme de gauche). Ma mère s’entend très bien avec son voisin de palier, qui est Arabe, et elle dit ouvertement qu’il est Arabe, lorsque l’occasion se présente (pour le décrire la plupart du temps), sans même comprendre en quoi cela pourrait être problématique. Elle aime bien aussi « la petite dame du premier », qui est Arabe également, et elle le dit qu’elle est Arabe, la dame du premier. Elle n’aimerait pas Médine, son air agressif, et elle serait terrifiée si elle voyait son clip « Don’t laïk ». Je crois qu’elle partage cela avec son voisin de palier et la dame du premier. Ma mère est une simple femme qui elle aussi a le droit de s’exprimer, même si la plupart du temps elle préfère se taire. Médine devrait s’en inspirer, de ma mère, de son voisin de palier et de la petite dame du premier.

Irak : le monastère et ses fantômes

This Nov. 7, 2008, photo shows St. Elijah's Monastery on the outskirts of Mosul, Iraq, about 360 kilometers (225 miles) northwest of Baghdad. St. Elijah’s served as a center of the regional Christian community for centuries, attracting worshippers from throughout the region to pray with its priests. (AP Photo/Maya Alleruzzo)

This Nov. 7, 2008, photo shows St. Elijah’s Monastery on the outskirts of Mosul, Iraq, about 360 kilometers (225 miles) northwest of Baghdad. St. Elijah’s served as a center of the regional Christian community for centuries, attracting worshippers from throughout the region to pray with its priests. (AP Photo/Maya Alleruzzo)

Sur la même page du New York Times, photos à l’appui, on apprend que les militants de l’Etat Islamique ont rasé, en août ou septembre 2014, à Mossoul (Irak), le monastère de Saint Elijah vieux de 1400 ans. Cela fait suite à la destruction systématique entamée par l’organisation terroriste de tous les sites qui ne sont pas musulmans, ou sunnites, parmi lesquels : les ruines de Nineveh, celles de Nimrud et la tombe de Jonah en Irak ; le site de Palmyre en Syrie ; des sites islamiques comme ceux de Yahya ibn al-Qasim et Ibn Hassan Aoun al-Din à Mossoul. Pour en revenir au rappeur Médine, qui se pose comme la victime d’un racisme généralisé, comment peut-il croire une seconde que ces évènements (qui affectent la vie des musulmans) ne susciteront pas une forme d’émoi en France ? L’Islam est en expansion partout dans le monde et les musulmans se livrent au Moyen-Orient une guerre de religion (qui est aussi une guerre civile) dont les retombées sont internationales. L’immigration pose quant à elle un autre problème, celui de l’intégration de ces populations. Dans ses chansons, le rappeur plaide pour un mode de vie qui n’est pas spécifiquement de culture française ce qui implique une complète mutation du système de valeurs. Traditionnellement, l’intégration en France a pour finalité l’assimilation, qui contrairement à ce qu’en dit le Front National n’est pas un processus mais un résultat (les Italiens et les Polonais sont devenus français lorsqu’ils ont fini par oublier qu’ils étaient Italiens ou Polonais). Par conséquent, on ne peut proposer une lecture du monde qui soit en rupture avec les valeurs de la société dans laquelle on vit (le port de la burqa pour ne citer que cela) et se plaindre en retour d’être stigmatisé ou ostracisé. De façon violente, Médine introduit un débat où il se fait l’avocat d’un mode d’intégration de type anglo-saxon, c’est à dire communautariste. Il doit par conséquent lui aussi apprendre à recueillir la controverse sans s’adonner à l’invective facile, en dénonçant tout le monde comme raciste.

Kenya : la destruction pour nature

La découverte d’ossements de corps atrocement mutilés (dont une femme enceinte) vieux de 10 000 ans serait la preuve que l’humanité, depuis son origine, nourrit un penchant funeste pour la guerre et le massacre. On pensait jusqu’à présent que les guerres avaient commencé avec la sédentarisation des peuples nomades et les prémices de l’agriculture. Désormais, on sait que même chez les chasseurs-cueilleurs on aimait s’estourbir pour la conquête de pissenlits.

Vendredi 22 janvier

Danemark : et mon cul, c’est du poulet ?

Le conseil municipal de Randers, au Danemark, une ancienne cité industrielle de 60 000 habitants, a décidé que le porc deviendrait obligatoire dans les cantines scolaires, sans plat de substitution, au prétexte que servir une nourriture traditionnelle est un élément important de la préservation de l’identité nationale. Martin Henriksen, le leader du parti d’extrême droite Parti du peuple danois, a répondu sur sa page Facebook aux accusations de xénophobie et de racisme en déclarant qu’il était nécessaire que la culture danoise adopte une attitude de défense à la hauteur de la menace Islamique. « Il est inacceptable de bannir de nos cantines la culture culinaire danoise, incluant des repas à base de porc. » En plus d’un contrôle aux frontières renforcé, le Danemark est aussi en passe d’autoriser son gouvernement de se saisir des objets de valeur des migrants afin de financer leurs « frais d’hébergement ». Le Danemark est le plus grand exportateur de viande de porc en Europe et le porc grillé à la sauce au persil a fièrement été intronisé « plat national » en 2014. Sans vouloir entrer de plain-pied dans la polémique, avec néanmoins toute la légitimité d’un amateur de rillettes, on peut indiquer que définir sa culture par la viande de porc, comme fait de gloire, est franchement très triste. Pour le maire de Châlon-sur-Saône, qui vient d’adopter une mesure similaire, on peut aussi signaler que ce n’est pas d’avoir du porc pour repas qui fait que l’on est de culture française, mais c’est de ne plus avoir le droit d’en manger. En revanche, s’accommoder de plats de substitution pour les personnes qui, en raison de leurs convictions, ont un interdit alimentaire, ne devrait pas poser de problème. Et pour les végétariens, ces monstres !, nos deux champions du redressement national feront quoi ? Un pogrom européen ? Proposons-leur l’idée, tiens.

A propos de l'auteur

Articles similaires

Laisser un commentaire

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée.