Revue de presse :

Lundi 23 novembre

Vous pouvez continuer à inciter quelqu’un à devenir maigre

Les députés retirent finalement de leur projet de Loi Santé les articles relatifs à « l’incitation à la maigreur excessive » qui visaient principalement les sites « pro-ana », acronyme charmeur pour pro-anorexie. Marisol Touraine s’est montrée favorable à cet amendement, dont le texte est toujours en débat à l’Assemblée nationale où nos valeureux députés réfléchissent très fort afin de découvrir les secrets de la vie éternelle ou, à défaut, d’établir la cartographie d’un paradis sanitaire. Le projet de loi prévoyait de sanctionner tous ceux qui incitent à « rechercher une maigreur excessive en encourageant des restrictions alimentaires prolongées ayant pour effet d’exposer la personne humaine à un danger de mort ou de compromettre directement sa santé. ». Les députés ont sans doute bien fait d’écarter de leur projet de loi cette usine à gaz législative qui intègre aussi bien des données esthétiques que morales. Comment, en effet, distinguer ce qui relève de l’incitation et de l’attirance (ne parlons même pas du fantasme) ? Comment, d’autre part, spécifier les critères objectifs qui permettent de différencier la maigreur de la minceur ? A partir de quel ratio poids-taille passe-t-on du statut de « sujet » à celui de « victime » ? Et enfin, comment appréhender sereinement la prochaine campagne de santé publique qui nous indiquera « excessivement » de manger cinq fruits et légumes quotidiennement ? Autant de questions qui restent en suspens.

Attentats : paroles d’experts

Appel à témoins : Salah Abdeslam

Une ceinture d’explosifs est retrouvée au fond d’une poubelle de Montrouge. Il pourrait s’agir de la ceinture portée par Salah Abdeslam, soupçonné d’être un des auteurs des récents attentats. Depuis les attaques du 13 novembre, journalistes, politiques et « experts » en tous genres insistent sur le degré d’organisation et de professionnalisme stupéfiant des terroristes. On nous serine que nous avons désormais affaire à des soldats aguerris, à des tueurs sur-entraînés préparant minutieusement leurs forfaits et bénéficiant d’une logistique tentaculaire. Au final, il apparaît au fur et à mesure des développements de l’enquête que ces terroristes, comme les précédents, se caractérisent plutôt (et heureusement) par leur amateurisme. Les deux kamikazes du Stade de France avaient les moyens de provoquer un véritable carnage qui n’a heureusement pas eu lieu. Un troisième s’est fait sauter tout seul dans un bar. Abdelhamid Abaaoud, présenté comme le « cerveau » des attentats, aurait erré tout le week-end dans Paris avant de téléphoner à sa cousine pour qu’elle vienne le chercher. Salah Abdeslam, toujours introuvable, aurait donc peut-être renoncé in extremis au « martyr » en abandonnant sa ceinture d’explosifs.

Il faut dire que les commentateurs autorisés semblent avoir bien du mal à caractériser les djihadistes, écartelés qu’ils sont entre la volonté d’insister sur leur extrême dangerosité et le souci de les rabaisser le plus possible. Ils sont ainsi présentés (souvent en même temps et par les mêmes personnes) comme des lâches dénués de courage et des fanatiques prêts à tout, des soldats professionnels et des délinquants minables, des idéologues sans états d’âme et des détraqués mentaux. Il semble bien, pourtant, que le plus effrayant dans le phénomène terroriste actuel, c’est d’une part qu’il est très simple d’organiser et d’exécuter ce genre d’action, et d’autre part que les djihadistes français qui en assurent l’organisation se caractérisent par leur extrême banalité.

Mardi 24 novembre

Spiritualité : le manque à gagner

Un attentat suicide fait 13 morts à Tunis. Sur Twitter, le site Riposte Catholique continue à diffuser le texte du prêtre Hervé Benoît, publié le 20 novembre, intitulé « Les Aigles (déplumés) de la mort aiment le diable ! ». Depuis le 13, des textes fleurissent mettant en cause le vide spirituel de la France post-moderne, le défaut de supplément d’âme de notre société, cette béance étant censée favoriser le développement du nihilisme, notamment djihadiste. On a la version de gauche (voire, dans le meilleur des cas, pasolinienne) : si nous n’offrons à nos jeunes que la perspective d’une société de jouissance consumériste, il ne faut pas s’étonner qu’ils investissent leur soif d’idéal dans des idéologies délétères. La version de droite : Flaubert vs Mojito, la faillite de l’école, l’indifférence à la culture, la haine du passé, le festivisme, voilà les racines du désert spirituel dans lequel s’engouffre le salafisme apocalyptique. Et la version cléricale, celle de Riposte catholique : les spectateurs du concert du Bataclan attaqués à la kalachnikov « ce sont des morts-vivants. Leurs assassins, ces zombis-haschishin, sont leurs frères siamois », « même déracinement, même infantilisme, même inculture ».

Le père Hervé Benoît pourra se revendiquer du statut de victime expiatoire, tout le monde lui tombe dessus en poussant des cris horrifiés et en qualifiant son texte d’abject. Pourtant, il ne fait que formuler en termes dogmatiques catholiques la thèse que des commentateurs de tous bords défendent depuis une semaine : ce qui nous arrive, au fond, est de notre faute. Aussi, plutôt que d’agonir d’injures Hervé Benoît, nous préférons insister sur l’unicité des phénomènes culturels. Il n’y a pas à choisir entre Flaubert et le Mojito, la superficialité et la profondeur, le Heavy-metal et Saint Thomas d’Aquin. La caractéristique de notre culture, celle que nous devons revendiquer, c’est précisément d’être tout cela à la fois. Et les morts de Tunis ne buvaient pas de Mojito.

En vrac

Le très sérieux Smithsonian Institute – institution dédiée à la conservation du patrimoine culturel américain et à sa diffusion (Levi’s a fait bien plus pour la transmission de la culture américaine dans le monde, cela dit) – déclare sur son blog que la statue de la Liberté est inspirée par une femme musulmane égyptienne ; Manuel Valls exclut une intervention terrestre en Syrie ; Eugénie Bastié nous alarme sur le fait que Francis Lalanne chercherait toujours une rime en “clan” pour terminer sa chanson hommage aux victimes des attentats ; le pape sort sa compilation rock et musique grégorienne avant de s’offrir le tour de l’Afrique de l’Est (en chanson, par conséquent) ; Michel Onfray annonce dans le journal Le Point qu’il a renoncé à publier son prochain livre, « Penser l’islam ». Est-ce le signe que le sens caché de l’histoire serait sur le point de nous être révélé ? Faut-il interpréter ces évènements à la lumière d’une intervention divine ? Michel Onfray est-il le messie revenu parmi les hommes pour les sauver ? Ce sont toutes les questions qui sont débattues au sein de la rédaction de Bruit Blanc actuellement.

Mercredi 25 novembre

Les femmes dans une « Pandémie mondiale »

« Journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes ».  L’ONU Femmes, l’organisation des Nations-Unies chargée de promouvoir l’égalité des sexes, qualifie la violence contre les femmes de « Pandémie mondiale » et affirme que cette violence a une triple nature : physique, sexuelle et psychologique. Rappelons que le mot Pandémie est un terme strictement médical qui désigne une épidémie touchant un très grand nombre de personnes dans une zone géographique très étendue. Si graves et inacceptables que soient les violences infligées aux femmes (et aux êtres humains en général), il est extrêmement inquiétant que l’ONU utilise les procédés de propagande des groupes de pression catégoriels (pas seulement féministes) et notamment celui qui consiste à modifier sans vergogne le sens des mots. La violence infligée aux femmes ne peut en aucun cas être assimilé à une maladie. Qui serait malade dans ce cas, d’ailleurs ? Quant à la notion de violence psychologique, si elle peut incontestablement avoir un sens émotionnel, elle est désormais de plus en plus utilisée dans un sens prétendument scientifique et/ou juridique pour tenter de qualifier des faits pénalement. Il faut donc inlassablement rappeler aussi ceci : si méprisable que soit un homme qui ne s’adresse pas correctement à son épouse ou à son petit ami, ce n’est ni un délinquant ni un criminel.

Pourtant, la criminalisation est bel et bien à l’ordre du jour puisque l’association Osez le féminisme lance une campagne pour la reconnaissance juridique du crime de « Féminicide ». Sur son site, l’association déclare : « Il est temps de reconnaître que le machisme, au même titre que le racisme, l’antisémitisme, l’homophobie et la lesbophobie, est une idéologie de haine qui va jusqu’au meurtre. ». L’important dans cette phrase surréaliste est « au même titre ». Où l’on peut à nouveau constater que la loi Pleven de 1972 (provocation à la haine, à la discrimination ou à la violence raciale) et la loi Gayssot de 1990 (contestation de crime contre l’humanité) ont ouvert une véritable boîte de Pandore. Toutes les associations catégorielles (féministes, homosexuelles, handicapés, victimes d’inceste, musulmanes, chrétiennes) calquent leurs revendications, leur argumentation et leur vocabulaire sur le modèle de la lutte contre le racisme avec son cortège de mots en « phobe », de dénonciation des « discours de haine » et de « continuum » des violences.

Donald Trump s’est trompé d’érection

En achetant le Golf Club de Lowes Island pour la coquette somme de 13 millions de dollars, et en injectant quelques centaines d’autres afin de réaménager le site et de couper au passage 400 arbres pour s’offrir une vue imprenable sur la rivière Potomac, le chevelu leader de la primaire républicaine a cru bon d’ériger une plaque surmontée du drapeau américain pour y commémorer un événement tragique de l’histoire de l’Amérique : la guerre de Sécession. « Beaucoup de grands soldats américains, du Nord et du Sud, sont morts à cet endroit » a-t-il déclaré lors de son inauguration. Sur cette plaque, il a fait graver l’inscription suivante : « Les victimes furent en si grand nombre que la rivière en est devenue rouge, la rendant célèbre sous le nom de : « Rivière du sang » (River of Blood). […] C’est un grand honneur de préserver cette importante section de la rivière Potomac ». Comme le rapporte le New York Times, le problème est que la bataille n’a jamais eu lieu à cet endroit. Interrogeant l’intéressé sur la question en faisant valoir l’autorité des plus grands historiens sur le sujet, celui-ci a répondu : « Et alors, ils y étaient ? ». Efficace.

Dieudonné : la relaxe attendra

Ce même 25 novembre, Dieudonné Mbala Mbala est condamné à deux mois de prison ferme (qu’il ne purgera pas) par le tribunal correctionnel de Liège, en Belgique, pour des propos « discriminatoires, antisémites, négationnistes et révisionnistes » à propos des Juifs, des handicapés et des homosexuels. Après une enquête poussée, les juges ont dû se résoudre à constater, la mort dans l’âme, qu’il n’avait rien dit d’injurieux à l’égard des petits chats, des myopes et des fans de musique bretonne.

Jeudi 26 novembre

Passage au tabac

L’Assemblée nationale a voté dans la nuit l’instauration du paquet de cigarette « neutre ». La « neutralité » dudit paquet consistera à l’illustrer uniquement par des photos obscènes de corps en souffrance. L’association Droits des non fumeurs se félicite bruyamment de cette décision, prélude à de futurs victoires dans la lutte pour « un monde sans tabac » (objectif déclaré de la ministre de la santé Marisol Touraine). Si on se rend sur le site de Droits des non fumeurs, on tombe notamment sur des questions de particuliers à l’association, par exemple celle-ci : « Séparée de mon mari, mes enfants subissent la fumée de leur père lors de la garde alternée (…) C’est pourquoi je vous demande de bien vouloir m’indiquer la démarche à suivre pour l’inciter à arrêter de fumer en présence des enfants. ». En réponse, l’association conseille benoîtement à la maman délatrice de « se rapprocher d’associations de protection de l’enfance » et de « prendre conseil auprès du juge aux affaires familiales ». Protéger l’enfance en incitant une mère à traîner en justice le père de ses enfants, voilà une conception novatrice de la pacification des familles.

Malheureusement, cette vision irrigue toutes les tentatives actuelles de purification de l’espace social, de la lutte contre le tabac à l’éradication de la drague de rue en passant par la fin de toutes les discriminations. Et quand nous aurons enfin réussi à supprimer toute conflictualité à coups de lois punitives et de rééducation citoyenne, nous pourrons tranquillement nous suicider, dans un monde épuré de toute pulsion. La pulsion de vie notamment, ce désir anarchique et mal élevé.

L’Iran se méfie du sexe et de l’argent

En Iran, le Guide Suprême de la Révolution, l’Ayatollah Ali Khamenei, s’est adressé aux troupes d’élites de la nation, les terrifiants Gardiens de la Révolution Islamique, alertant les autorités politiques afin qu’elles prennent au sérieux les tentatives d’infiltration étrangère, en particulier américaines : « l’ennemi a construit à l’intérieur de la nation un réseau de corruption par l’argent et les plaisirs sexuels pour changer les idéaux, les croyances et subséquemment le mode de vie » des iraniens. Ces déclarations font suite à une vague d’arrestation de journalistes pro-occidentaux par les Gardiens de la Révolution Islamique, ce que le président « modéré » Hassan Rouhani dénonce en critiquant l’abus d’interprétation de tels propos par les partisans de la ligne dure du régime afin de justifier les incarcérations. Avec l’accord sur le nucléaire iranien, le hiatus entre le pouvoir spirituel et le pouvoir politique semble s’exacerber inexorablement. Les Gardiens de la Révolution Islamique voient en effet d’un très mauvais œil le processus d’ouverture de l’économie iranienne sur l’occident et la soif de liberté des iraniens eux-mêmes qui pourraient compromettre leurs intérêts sur les richesses et les entreprises du pays (mainmise sur l’économie iranienne qu’ils ont acquis progressivement depuis la révolution islamique de 1979).

Vendredi 27 novembre

Mélenchon piqué au front

Hommage national aux victimes des attentats du 13 novembre aux Invalides. Des représentants de tous les partis politiques assistent à la cérémonie. Quelques heures plus tard, Jean-Luc Mélenchon se plaint sur Twitter d’avoir été placé près des membres du Front National : « Attention particulière de la présidence : me placer à côté de Le Pen aux Invalides. Misérable. ». On espérait, compte tenu des circonstances exceptionnelles, bénéficier enfin d’une journée dans l’année où le Front National ne serait pas au cœur de « l’actualité ». Encore raté. Quand se décidera-t-on enfin à ne plus faire de ce parti le pestiféré officiel de la République (physiquement contagieux, apparemment) et donc l’alpha et l’omega de la vie politique française ?

Deuil : Michel Onfray ferme son compte Twitter

Suite aux polémiques engendrées par ses prises de positions sur les attentats du 13 novembre, Michel Onfray s’est résolu à un autre acte fondateur : « J’ai pris la décision de fermer mon compte Twitter. Je veux retourner dans mon bureau. ». Un esprit taquin lui rétorquerait que personne ne lui avait demandé d’en sortir. Mais surtout, la ficelle est un peu grosse et elle est utilisée de plus en plus souvent et dans tous les camps : je tiens délibérément des propos que je sais provocateurs, je suscite bien évidemment des réactions indignées, je me plains amèrement d’être soumis à un harcèlement voire à des tentatives de censure, je retourne dans mon bureau (jusqu’à la prochaine fois).

Molenbeek : la nation ou la baston

Pendant qu’un quotidien italien appelait la Belgique le « belgistan », notre Eric Zemmour national, jamais en mal d’un bon mot islamophobe, suggérait qu’au lieu de jeter des bombes sur Raqqa (la capitale de l’Etat Islamique en Syrie) la France ferait mieux de bombarder Molenbeek (du nom du district de Bruxelles ayant abrité certains des terroristes des attentats du 13 novembre). Ce que révèle, au-delà des attentats, les « petites » phrases d’une partie de la presse européenne, c’est la situation dans laquelle la Belgique se trouve actuellement. Car la Belgique est devenue la cible des belges eux-mêmes, qui ne semblent plus croire un seul instant qu’elle puisse un jour refaire nation. Les nationalistes flamands, comme par exemple le chef de la police fédérale M. Jambon (c’est son nom), présente Molenbeek comme un truisme du laxisme wallon. En réalité, si le djihadisme a pu croître en Belgique c’est à l’ombre du refus des belges, et de leurs autorités, de collaborer dans un pays où les langues (le néerlandais et le français) sont devenues des étendards nationaux sur lesquels personne ne veut transiger, rendant ainsi toute communication impossible entre les services de l’Etat. Les belges, à contre-courant de la nation, héritent donc des problèmes liés au fait que l’Etat n’est pas en mesure de revendiquer le « monopole de la violence légitime », pour reprendre les mots du sociologue allemand Max Weber.

Samedi 28 novembre

Prostitution : journées portes ouvertes

Le journal camerounais Ocameroun nous apprend qu’une opération de « marketing des prostituées de Kampala en Ouganda a connu un grand succès aux vues des passes réalisées par [chacune d’elles]. Nombreux sont les clients qui souhaitent voir ce genre d’action se répéter. […] Cette journée porte ouverte avait été décrétée suite à la [baisse de fréquentation] des clients ces dernières semaines après le décès de l’un d’eux sur une prostituée.” […] “Le client pendant cette journée porte ouverte avait droit non seulement au s*x* [NDLR : nom de ces journées portes ouvertes] à volonté, mais aussi à une attention particulière. Un massage complet lui était offert, un repas, une boisson. Nombreux parmi eux y ont presque passé leur journée et ont invité des amis à les rejoindre. » Non sans une certaine sagesse le magazine nous indique aussi que « Pour vendre un produit, il faut bien le faire connaitre.” Tout le plaisir est pour nous de mettre en avant ces personnalités du monde de l’entreprise qui font d’un pays un succès. Voilà qui est fait.

Dimanche 29 novembre

Messe.

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