Lundi 8 février :

France : révision constitutionnelle, un départ sur les chapeaux de roues.

Le premier article de la loi de révision constitutionnelle est voté dans un hémicycle aux trois-quarts vide. L’inscription de l’état d’urgence dans la Constitution a donc été approuvé par 103 voix contre 26. En l’absence de Jean Jaurès (odieux communiste) et de Maurice Barrès (odieux fasciste), le débat philosophique s’est noué grâce au député de droite Eric Ciotti qui s’est insurgé contre un amendement d’un député PS interdisant la dissolution de l’Assemblée nationale pendant l’état d’urgence. Monsieur Ciotti a estimé que cet amendement dénature l’équilibre des institutions et le premier ministre Manuel Valls a déclaré qu’il devra être supprimé ultérieurement. Bref, un débat haletant, immédiatement à la hauteur des enjeux. On a hâte d’assister aux échanges sur l’article 2.

Israël : Netanyahou singe Poutine.

Le gouvernement israélien d’ultra-droite fustige depuis des mois l’existence d’une cinquième colonne composée, selon les jours, des Arabes Israéliens (plus de 20 % de la population), des journalistes de gauche, des artistes iconoclastes et des associations militant pour la paix avec les Palestiniens. Dans le cadre de cette campagne d’intimidation de tout ce que le pays peut compter de « mauvais Israéliens », le parlement a adopté un projet de loi dit de « transparence » des ONG. La loi obligera les ONG recevant plus de la moitié de leur financement de gouvernements étrangers à mentionner publiquement leurs donateurs (en général, les États de l’Union européenne). Étant donné qu’elles le font déjà, on comprend que cette loi n’a pas grand-chose à voir avec la « transparence » mais vise plutôt à satisfaire les organisations d’extrême droite et de colons (ce qui revient à peu près au même) qui dénoncent certaines associations comme complices des terroristes palestiniens et traîtres à la patrie. Parmi les associations visées, Rompre le silence, un groupe de vétérans de l’armée israélienne qui alerte sur les abus commis dans le cadre de l’occupation des territoires et des guerres menées par Israël. Cinquième colonne, traîtres à la patrie, contrôle des ONG ; autant d’éléments phares de la politique « patriotique » de Vladimir Poutine. L’afflux en Israël de vrais-faux Juifs (les services d’immigration israéliens n’ont pas été très regardants) en provenance de l’ex-URSS a peut-être donné des idées à la droite israélienne.

Etats-Unis : Toutes les femmes sont des pestes, les autres sont des sottes.

Afin de remédier au « siphonnage » de son électorat par un socialiste surexcité (Bernie Sanders), Hillary Clinton a décidé de sortir de ses tiroirs un « concept » fort et original : les femmes. Bien mal lui en a pris.

Pour la soutenir dans son combat, elle a sollicité la présence de Madeleine Albright, première femme Secrétaire d’Etat sous l’administration de Bill Clinton, à un meeting à Concord dans le New-Hampshire. Celle-ci a gentiment accepté l’invitation et a donné une conférence qui a stupéfait son auditoire. Exhortant les femmes « d’en avoir », si l’on peut dire, elle a demandé aux participantes de bien vouloir se ranger derrière la candidature d’Hillary Clinton sous l’argument… qu’elle est une femme. Et celle-ci d’ajouter : « Il y a une place spéciale en enfer pour les femmes qui ne s’entraident pas ». La déclaration a provoqué le rire gêné de l’intéressée qui s’est imméditement réfugiée dans son verre d’eau. Lors d’une interview pour la chaîne américaine NBCMadeleine Albright a cru bon d’en remettre une petite couche en suggérant que les femmes pouvaient être « dures » entre elles, et qu’elles étaient portées à se juger les unes les autres au lieu de se soutenir mutuellement. Tout ceci pour démontrer que, dans un monde peuplé d’hommes, ce penchant des femmes à persifler contribue fâcheusement à occulter combien le combat d’Hillary Clinton pour son investiture est difficile.

Un second soutien est venu compléter l’arsenal pré-électoral déployé par Hillary Clinton. Vendredi 5 février, Gloria Steinem, une porte-parole historique du mouvement féministe, aujourd’hui âgée de 81 ans, a déclaré dans une interview sur la chaîne HBO, que les femmes ont tendance à devenir plus actives politiquement à mesure qu’elles prennent de l’âge, et que le succès de Bernie Sanders est dû au fait que les femmes se rendent à ses meetings parce qu’elles espèrent y trouver des garçons : « Quand vous êtes jeunes, vous vous demandez : « où sont les garçons ? ». Ils sont avec Bernie ». Et donc elles y courent, en masse apparemment. Les féministes n’ont pas manqué de marquer leur mécontentement en dénonçant, à juste titre, cette théorie fumeuse qui en dit long sur le désarroi d’Hillary Clinton et sur son incapacité à définir un programme politique cohérent, en dehors du ramassis habituel des bonnes intentions (femmes, minorités, etc.). Au désespoir, elle convoque le pire cliché de la femme-objet qui, sottement, fera ce qu’on lui dit de faire, dans un réflexe de solidarité à l’égard d’une confrère en jupette. Pathétique.

Retrouvez l’article dans son intégralité :

Hillary et la « femme-objet »

Mardi 9 février

France : laissez faire, laissez passer

Un hashtag se hisse au sommet de la popularité sur Twitter : #Laissezlestravailler. Il s’agit de soutenir les manifestations des chauffeurs VTC et Loti protestant contre le « monopole » des taxis. Uber annonce la suspension de son service pour la journée en soutien aux manifestations. On assiste à un florilège de proclamations où se mêlent des professions de foi libérales et des témoignages émus de citoyens-consommateurs adeptes des services VTC ou Uber. Nous appelons pour notre part solennellement à une grande manifestation des proxénètes, des trafiquants de drogue, des animateurs de réseaux pédophiles et des cambrioleurs : laissez-les travailler !

Etats-Unis : les économistes contre la fièvre socialiste

Dans une tribune pour le New York Times, des économistes convoquent la théorie fumeuse de deux têtes chercheuses des meilleures universités américaines, Peter Diamond et Emmanuel Saez, pour nous expliquer que finalement le socialisme c’est pas possible. Bernie Sanders veut créer un taux d’imposition de 52% pour les personnes gagnant au-delà de 10 millions de dollars (73% en combinant les taxes fédérales et locales) dans le but de financer son programme de Sécurité Sociale. Inspirés par Laffer, ils nous expliquent doctement que « trop d’impôt, tue l’impôt », qu’une pression fiscale trop élevée a un effet désincitatif auprès des contribuables. Ils soulignent le dilemme suivant : Bernie Sanders a besoin d’augmenter les impôts pour financer l’Assurance Maladie mais, ce faisant, les rentrées fiscales finiront inexorablement par retomber car les riches seront “désincités” de travailler. Tout d’abord, on notera que les riches n’ont jamais cessé de vouloir être riches lorsque les impôts augmentaient, ils sont juste pas contents. Ensuite, on soulignera qu’une politique de ce type est de la responsabilité des électeurs qui peuvent opter pour un système de soin gratuit et universel. Et on précisera enfin qu’il y a plus de gens qui meurent faute d’avoir accès au système de soin aux États-Unis que de gens riches qui se suicident par désespoir de voir fondre leurs lingots sous un soleil communiste.

France : un président au-dessus de tout soupçon

L’Assemblée nationale adopte l’article 2 de la loi de révision constitutionnelle, celui portant sur la déchéance de nationalité. L’article est adopté de justesse (162 voix contre 148 et 22 abstentions) et 92 députés socialistes ont voté contre. Les circonvolutions du gouvernement (renvoyer à une loi ultérieure « les conditions dans lesquelles une personne peut être déchue de la nationalité française ») visant à ne pas mentionner explicitement les binationaux dans le texte de révision n’auront donc pas convaincu les parlementaires de gauche. Le premier ministre Manuel Valls a pourtant passé la journée à rappeler solennellement que « tout amendement qui réécrit l’article 2 remet en cause l’engagement du président devant le peuple français à Versailles ». Cette référence au discours de François Hollande du 16 novembre (dans lequel celui-ci avait consacré trois petites phrases assez vagues à la déchéance de nationalité) sacralise donc la parole présidentielle. Reprenons dans ce cas l’ensemble des engagements de François Hollande (et notamment la promesse de renégocier le traité budgétaire européen) et sommons-le de les mettre en œuvre. Et attention, pas d’amendements ni de réécriture, « mon ennemi c’est la finance », un point c’est tout.

Mercredi 10 février

France : beaufs de tous les pays, unissez-vous !

CharlieHebdo fait sa Une sur Cyril Hanouna, le présentateur de l’émission Touche pas à mon poste, en le représentant en moustique aspirant le cerveau d’un téléspectateur avec cette légende : « Hanouna, le virus qui rend con ». Une avalanche de soutiens enflammés en faveur de l’animateur inonde les réseaux sociaux. Certes, Cyril Hanouna est aussi irritant que Vincent Lagaf et son émission est un sommet de vacuité. Mais l’épisode illustre tout de même un problème de fond, philosophique et politique : peut-on se dire de gauche et passer son temps à ridiculiser le peuple, ses goûts et ses loisirs ? La question se posait autrefois à propos du football avant qu’il devienne résolument chic de disserter sur le ballon rond. Elle se focalise aujourd’hui sur la télé poubelle mais il n’en reste pas moins que ce peuple de beaufs abrutis devant leur écran est le seul dont on dispose. C’est lui qui vote, c’est lui le Souverain. Ou alors, il faut opter pour un régime aristocratique et exclure du droit de vote tous ceux qui ne passent pas leurs soirées à lire Racine. Cci dit, nous serions assez enclins à priver de leurs droits civiques tous les lecteurs de Marc Levy.

Troisième âge : Laurent Fabius, l’art de la fugue

Laurent Fabius quitte le ministère des Affaires étrangères pour intégrer le Conseil constitutionnel. En pleine situation de multi-crises internationales (Syrie, Ukraine, migrants…), sa décision ressemble fort à un abandon de poste. Mais l’important pour Laurent Fabius était de s’extraire du gouvernement avant la débâcle de 2017 tout en capitalisant sur son « grand œuvre », la présidence de la COP 21. Pour notre part, nous retiendrons surtout son expertise indiscutable en ce qui concerne l’art lyrique :

Jeudi 11 février

Remaniement gouvernemental : gauche arc-en-ciel et fosse commune

La majorité « élargie » comprendra désormais le PRG (qui était déjà au gouvernement) personnifié par le charismatique JeanMichel Baylet et des écologistes. Non pas le parti écologiste EELV mais trois écologistes en rupture de ban puisque JeanVincent Placé, Barbara Pompili et Emmanuelle Cosse sont tous en opposition totale avec la ligne de leur parti (ou ancien parti pour Placé). François Mitterrand a détruit le Parti communiste français, François Hollande aura détruit EELV, l’histoire ne se répète que sous forme de farce. En tout cas, après avoir audacieusement désigné Eva Joly (qui n’est pas écologiste) au lieu de Nicolas Hulot comme candidate à la dernière élection présidentielle (2,3 %) , EELV aura réussi l’exploit de voir sa propre dirigeante (Emmanuelle Cosse) trahir son parti en rejoignant le gouvernement contre l’avis de sa propre formation.

Vendredi 12 février

Courrier du cœur : François et Cyrille sont dans un bateau

La rencontre au sommet entre le pape François et le patriarche orthodoxe russe Cyrille a été marquée par un dialogue poignant digne d’un roman de Marguerite Duras (ce qui est toujours un compliment) :

– François : Enfin, nous nous voyons.

– Cyrille : Oui, les choses sont beaucoup plus faciles maintenant.

Il est vrai que près de mille ans après le schisme de 1054 entre Rome et Constantinople, les choses sont effectivement plus faciles, la chrétienté s’étant réduite comme peau de chagrin. La faiblesse peut être un facteur de pacification, sauf quand on se dispute vaille que vaille les dernières parts de marché disponibles. On ne sait pas quelle sera la divergence la moins difficile à lever entre les deux dignitaires,  le dogme de la Sainte Trinité ou l’appréciation du conflit syrien, l’Église orthodoxe russe étant un fervent soutien de l’intervention armée décidée par Vladimir Poutine tandis que le Vatican prêche la paix urbi et orbi.

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