Lundi 15 février :

Suisse : Opinel de la finance.

FiduSuisse, le compagnon de vos investissements off-shore, a eu l’idée formidable d’utiliser Twitter pour booster ses ventes. La pratique est connue : la holding helvétique propose à ses clients de dissimuler, « légalement » disent-ils, leurs revenus au Fisc en créant une société écran dans un paradis fiscal (Île Maurice, Gibraltar, Seychelles, Panama…) dont, bien entendu, ils sont les seuls actionnaires. La communauté des internautes a salué cette initiative courageuse par un concert de louanges. @marmiton_man remercie ainsi chaleureusement Twitter : « Merci d’aider les escrocs et la malhonnêteté à prospérer. » ; @BasalThrull opte pour un style nettement plus viril : « Allez bien vous faire enculer tas de merde » ; @RitouRouge veut engager un débat sur les relations entre économie et régulation de marché : « Infâmes salopards, dehors, pas sur notre espace ! » ;  @StphaneAudic se montre quant à lui nettement plus réservé sur la performance financière de FiduSuisse et enjoint le Ministère des Finances de vérifier sa solidité financière : « @Min_Finances Ça peut vous intéresser les appels à l’évasion fiscale sur Twitter » ; @Ortaram émet pour sa part un jugement sans appel : « Encouragement à la fraude, au crime organisé et au pillage de nos ressources fiscales » ; @gillesverdier se montre réaliste : « Tiens, une pub pour l’évasion fiscale » ; @Manshivas recommande à FiduSuisse d’entrer en analyse : « Combien de fils de putes dans vos rangs » ; enfin, en dépit de l’efficacité du produit présenté @rv59268 n’est pas intéressé (est-il au chômage ?) : « Vous ne devriez même pas exister !!!!!! ». Malgré une campagne de pub qui fera date dans le monde de la finance, le stagiaire préposé à la communication a été viré. Incompréhension ? Manque de lucidité de la part de FiduSuisse ? Toujours est-il qu’il s’en fout, il n’était pas payé.

Etats-Unis : Obama veut nommer un juge « rouge »

Antonin Scalia détenait un record de longévité à la Cour Suprême. Nommé par Ronald Reagan, il a siégé 30 ans au sein de la plus haute juridiction américaine (qui a le pouvoir de faire et défaire les lois). Antonin Scalia est décédé pendant son sommeil, dimanche 13 février, au Texas, dans le Ranch d’un ami. Conservateur dans l’âme, il était connu pour ses prises de position extrêmement tranchées sur les questions de société et son refus catégorique d’inscrire dans la Constitution le mariage homosexuel et le droit à l’avortement. Le langage très « vert » de ce New Yorkais du Queens, et son rejet intransigeant de toute interprétation de la Constitution en fonction de valeurs libérales, lui ont valu l’aversion généralisée des Démocrates. Suite à son décès, Barack Obama a fait part de sa volonté d’user de ses prérogatives constitutionnelles et de présenter au Sénat, le 22 février prochain, un successeur à Antonin Scalia. Les Républicains ont immédiatement dénoncé cette décision. Ils ont fait savoir qu’ils n’accepteraient tout simplement pas d’auditionner les candidats. L’enjeu est crucial, car un juge « rouge » à la Cour Suprême la ferait basculer dans le camp Démocrate, fait inédit depuis près d’un demi-siècle. Cela pourrait renforcer le pouvoir du futur chef de l’Etat, s’il est Démocrate, ou balancer son influence sur la politique américaine, s’il est Républicain (le Sénat étant traditionnellement aux mains des Républicains). Barack Obama proposera très probablement un modéré afin de forcer la main du Sénat. La haute chambre du Congrès se trouvera alors dans l’obligation de justifier ce refus à une opinion publique d’ores et déjà en effervescence, élection oblige. Enfin, si 5 des 9 juges étaient de sensibilité libérale, certaines mesures phares de Barack Obama pourraient cette année passer le cap de la Cour Suprême et échapper au contrôle du camp Républicain, qui oppose systématiquement son véto sur les questions sociales. On y trouve les sujets qui fracturent idéologiquement la politique américaine entre Démocrates et Républicains : droit à l’avortement, contraception, droit syndical, discrimination positive dans les universités, régularisation des sans-papiers. Barack Obama vient de lancer la campagne électorale.

Syrie : Où est l’ennemi ?

La rébellion syrienne est prise en tenaille dans le nord de la Syrie par une offensive conjointe des forces gouvernementales et des miliciens Kurdes du PYD (Parti de l’union démocratique), l’aviation russe se chargeant de déblayer le terrain par des tapis de bombes. Les combattants du PYD se sont ainsi emparés du bastion rebelle de Tell Rifaat. Samedi et dimanche, l’armée turque a bombardé les positions du PYD autour de la ville d’Azaz et le gouvernement turc a annoncé son intention de lancer une opération terrestre en Syrie aux côtés de l’Arabie saoudite. On se retrouve donc dans une situation où la Turquie, membre de l’OTAN et alliée des Etats-Unis, combat militairement les Kurdes syriens du PYD armés et soutenus par les Américains qui eux mêmes considèrent comme organisation terroriste le PKK (Parti des travailleurs du Kurdistan) kurde de Turquie dont le PYD syrien est une filiale. Dans le même temps, les occidentaux continuent à marteler que le président syrien Bachar Al Assad doit quitter le pouvoir alors que celui-ci est objectivement allié aux Kurdes syriens du PYD que ces mêmes occidentaux soutiennent. Et la Turquie et l’Arabie saoudite poursuivent leurs livraisons d’armes aux brigades rebelles intégristes syriennes comme Ahrar AlCham (organisation salafiste et adversaire principal des Kurdes dans le nord syrien). Dans ces conditions, l’envoi de troupes terrestres apparaît de plus en plus aléatoire, on imagine le cri déchirant de nos soldats parachutés en Syrie : sur qui on tire, chef  ?

Mardi 16 février

Etats-Unis : Jeb Bush balance tout à ses parents.

Depuis le début de la Primaire américaine, Donald Trump ne rate jamais une occasion de dire combien Jeb Bush est falot, un bon gars, certes, mais le plus parfait crétin. Lors d’un débat télévisé, samedi 13 février, en Caroline du Sud, il a remonté d’un cran ses attaques à l’encontre du clan Bush.

Il a rappelé que l’ancien président des États-Unis avait menti lors de l’invasion américaine de l’Irak en 2003. « Il n’y avait pas d’armes de destruction massive et il le savait ». Jeb Bush a timidement riposté : « Pendant que Donald Trump faisait des émissions de télé-réalité, mon frère construisait un appareil sécuritaire pour protéger l’Amérique. ». Donald Trump lui a alors demandé de se souvenir que « Le World Trade Center s’est effondré sous la présidence de [son] frère ». Jeb Bush s’est ensuite plaint que M. Trump s’en prenait toujours à sa famille. Bon gars, il a enfin déclaré : « Je n’ai pas connu d’homme qui m’ait autant impressionné que mon père » et « ma mère est une femme formidable ».

Lors d’un meeting, en Caroline du Sud, George W. Bush  est venu au secours de son frangin en proie aux mauvais traitements du caïd de la campagne électorale, Donald Trump. A son égard, il a déclaré : « Il semble qu’il y ait beaucoup de noms d’oiseaux qui circulent, mais je voudrais rappeler ce que notre bon vieux papa m’a dit une fois : les labels, c’est pour les conserves ! ». Et toc ! Il a ajouté que « La Présidence est un boulot sérieux qui requiert acuité et bonnes idées, et il ne fait aucun doute, selon moi, que Jeb Bush a l’expérience et le caractère pour être un grand président ». Il a aussi indiqué, sur le ton de l’humour, mais quand même : « J’ai écrit deux livres, ce qui a surpris beaucoup de gens, particulièrement dans le nord-est [NDLR : foyer Démocrate], qui ne pensaient pas que je savais lire, et encore moins écrire. […] J’ai défié tous les pronostics. J’ai été incompris toute ma vie. Et à la surprise générale, je suis aussi devenu peintre. Mais laissez-moi vous dire que la signature vaut plus que la peinture ! ». En appelant son frère à sa rescousse, Jeb Bush apparaît plus que jamais comme le “benêt” du camp Républicain. Et Donald Trump est toujours le maître de la récré.

France : Sarkozy, arrête-moi si tu peux

Nicolas Sarkozy est mis en examen pour financement illégal de campagne électorale pour avoir dépassé le plafond de dépenses lors de sa campagne présidentielle de 2012, à hauteur de 18 millions. Son rival pour la présidentielle de 2017, Alain Juppé, s’est empressé de le soutenir sur Twitter : “Je souhaite pour nous tous que Nicolas Sarkozy fasse prévaloir son bon droit. Amitiés dans les moments difficiles.”. En bon camarade qu’il est, on sent bien que Juppé est prêt à apporter des oranges à Sarkozy en prison. Mais n’oublions pas que le délinquant multirécidiviste Jacques Chirac croulant sous les affaires louches a néanmoins été élu Président de la république en 2002 avec 82 % des suffrages, un score que lui ont envié beaucoup de satrapes africains de la Françafrique qui l’ont généreusement subventionné pendant toute sa carrière.

Mercredi 17 février 

Etats-Unis : les économistes contre l’Etat

Les économistes, décidément, ont une dent contre Bernie Sanders, le candidat « socialiste » à la primaire Démocrate, qui veut instaurer un régime de Sécurité Sociale à l’européenne et la gratuité de l’enseignement supérieur.

Après avoir été vivement critiqué par les économistes Républicains, c’est au tour des économistes Démocrates d’émettre des doutes sur son projet de révolution sociale. Celui-ci serait trop cher, à leurs yeux. Il impliquerait notamment l’accroissement de 40% de la taille de l’État, ce qui serait prétendument intolérable pour les Américains. Quant à nous, nous aimerions préciser aux économistes que la question n’est pas de savoir si c’est possible, car ça l’est !, mais de définir les moyens d’y parvenir. La Santé et l’Éducation sont des biens dont l’usage doit être garanti universellement. L’Économie n’a pas pour finalité de se constituer en philosophie de pacotille en charge de définir l’axe du “bien”, qu’on pourrait tout autant traduire par « désengagement de l’État ».

France : un aéroport cent pour cent ornithophile

Fidèle à son inspiration résolument dadaïste, le président Hollande a décidé d’organiser un référendum local illégal sur la construction de l’aéroport de NotreDamedesLandes dont le site est occupé depuis des mois par des opposants au projet. Il est comme toujours épaulé par son martial premier ministre Manuel Valls qui a déclaré dans une interview à OuestFrance: “Parce qu’il faudra assumer cette expulsion au mois d’octobre, pour que les travaux puissent commencer, cette consultation locale est nécessaire.”. Autrement dit, il est urgent de demander à la population de se prononcer mais on considère que, de toute façon, les opposants seront expulsés et la construction commencera en octobre prochain. Le même jour, Le Canard enchaîné révèle qu’un document a été dissimulé au public par le préfet de la région Pays de la Loire. Il s’agit d’une note de la Direction régionale de l’environnement qui stipule que “l’allongement de la piste de l’aéroport de Nantes-Atlantique ne présente pas de risque pour la faune de la réserve naturelle et n’augmente pas le péril aviaire.” et ajoute que “Sur le plan du dérangement des oiseaux, le trafic aérien actuel n’a pas d’impact négatif”. Par conséquent, l’extension de l’aéroport de Nantes pourrait se substituer au projet de construction d’un nouvel édifice à Notre-Dame-des-landes. Etant donné que l’on ne connaît pas encore le libellé de la question sur laquelle portera le référendum, nous suggérons: Considérez-vous que le péril aviaire subirait des variations conséquentes en terme de dérangement des oiseaux en cas d’expulsion par la force des occupants du site virtuel de Notre-Dame-des-Landes?

Jeudi 18 février

France : Orelsan, la liberté d’expression confortée

Après une série de décisions de justice alarmantes pour la liberté d’expression artistique (l’annulation du visa d’exploitation du film Antichrist de Lars von Trier étant la dernière en date), on peut se réjouir de la décision de la cour d’appel de Versailles qui relaxe le rappeur Orelsan. Celui-ci avait été condamné en première instance en 2009 suite aux plaintes de plusieurs associations féministes (notamment les Chiennes de garde et le Mouvement français pour le planning familial). Le chanteur était accusé du délit de “provocation à la violence à l’égard d’un groupe de personnes à raison de leur sexe” du fait des paroles de plusieurs de ses chansons. On peut en effet entendre sur l’album Perdu d’avance des phrases comme “Renseigne-toi sur les pansements et les poussettes, je peux te faire un enfant ou te casser le nez sur un coup de tête” ou encore “Ferme ta gueule ou tu vas te faire marie-trintigner”. Il faut souligner qu’en matière de liberté d’expression, les incertitudes sont telles dans l’interprétation de la loi que les décisions de justice successives, très souvent contradictoires, sont autant d’étapes dans la constitution d’une jurisprudence. C’est pourquoi la décision de la cour de Versailles est très importante, non seulement parce qu’elle relaxe Orelsan, mais du fait des attendus de la décision. La cour rappelle ce principe fondamental et pourtant si souvent contesté désormais: “le domaine de la création artistique, parce qu’il est le fruit de l’imaginaire du créateur, est soumis à un régime de liberté renforcé afin de ne pas investir le juge d’un pouvoir de censure qui s’exercerait au nom d’une morale nécessairement subjective”. Autrement dit, une oeuvre d’art n’est pas un discours politique, un essai ou un texte de propagande mais une oeuvre de fiction. Un personnage de roman ou de film n’est pas nécessairement le porte-parole de l’auteur (sauf dans les très mauvais romans ou films ratés) et les paroles d’une chanson peuvent énoncer des idées, des désirs, des émotions que le chanteur ne revendiquent pas comme justes ou pertinentes. Un jugement qui, on l’espère, permettra de calmer les ardeurs de toutes les associations, de gauche comme de droite, qui cherchent à imposer judiciairement leur vision idéologique de l’être humain et de la société.

France : Code du travail, Hollande se positionne à l’extrême droite du centre gauche

Le projet de loi de la ministre du travail, Myriam El Khomri, est transmis au Conseil d’Etat et suscite instantanément une levée de bouclier dans toute la gauche. Le président Hollande et le premier ministre Valls ont de toute évidence fait un pari sur le nombre de personnalités de gauche qu’ils arriveront à transformer en adversaires irréductibles d’ici la fin du quinquennat. De fait, ce projet de réforme du Code du travail qui achève les 35 heures, limite les indemnités en cas de licenciement abusif et élargit les motifs de licenciement économique ne suscite pas seulement l’opposition habituelle des “frondeurs” du Parti Socialiste et de la “gauche de la gauche”. Le patron du PS, Cambadélis, a indiqué son opposition, le syndicat réformiste CFDT le rejette très clairement et même le très libéral Jacques Attali le juge stupide. Qu’à cela ne tienne, la ministre du travail a immédiatement laissé entendre qu’elle pourrait recourir à l’article 49-3 pour faire passer la loi sans l’accord des députés socialistes. A force de se déporter sur sa droite dans le but d’adopter un positionnement “centriste” à la prochaine présidentielle, en braquant systématiquement son propre camp dans tous les domaines, François Hollande semble de plus en plus ignorer un petit détail: il y aura un candidat de droite à cette élection.

Vendredi 19 février

France : Orthographe, Najat Vallaud-Belkacem n’existe pas

La ministre de l’Education nationale use d’une tactique imparable chaque fois qu’elle est confrontée à une critique: elle ne se contente pas de contrer les objections qui lui sont faites, elle décrète que l’objet du débat n’existe pas. Après avoir martelé que la théorie du genre n’existe pas, puis que la dévalorisation du latin et du grec dans sa réforme du collège n’existe pas, elle se fend d’une tribune dans le journal Le Monde intitulée “La réforme de l’orthographe n’existe pas!”.  Or, si la réforme de l’orthographe qui suscite actuellement des controverses a été actée en 1990, elle va bel et bien être mise en oeuvre à la prochaine rentrée et figure en toutes lettres dans de récentes directives officielles du ministère. Nous suggérons toutefois au gouvernement de généraliser cette méthode de “débat” en décrétant que le chômage n’existe pas et que les promesses du candidat Hollande en 2012 n’existent pas non plus. Et si la majorité parlementaire est un peu rétive face à ces clarifications, il suffira d’utiliser un bon vieux 49-3.

Europe : David Cameron, le maître chanteur triomphe

Le premier ministre britannique David Cameron a obtenu gain de cause, ses partenaires de l’Union européenne lui ont concocté un accord sur mesure afin qu’il fasse campagne pour le maintien du RoyaumeUni dans l’UE lors du prochain référendum sur le Brexit (sortie de l’Union européenne). En violation de tous les traités européens, le RoyaumeUni pourra donc discriminer les ressortissants des pays de l’UE s’installant en GrandeBretagne en ne leur versant pas certaines prestations sociales, les intérêts du secteur financier britannique seront sanctuarisés et la compétitivité de l’économie sera réaffirmée comme l’alpha et l’oméga de l’action européenne. Les “défenseurs” de l’Europe ont ainsi, de fait, donné raison à tous ceux qu’ils traitent à longueur de temps de populistes. Visiblement, il suffit de diriger un pays puissant pour obtenir toutes les dérogations aux règles européennes qui sont par contre considérées comme intangibles quand il s’agit des petits pays.

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