Lundi 22 février

France : plus moderne que moi, tu meurs

A défaut de répondre aux défis du présent, le pouvoir actuel affiche résolument sa modernité en se voulant un gouvernement 2.0. Après l’annonce du récent remaniement ministériel sur Twitter (ah les ors et les fastes de la République!), Manuel Valls répond sur son compte Facebook aux critiques adressées à la loi El Khomri sur le travail, avec cet argument décisif : « Il faut bouger ! Il y en a qui sont encore au XIXème siècle, moi et mon gouvernement, nous sommes au XXIème siècle ! ». La modernité, justement, telle est l’obsession du premier ministre qui semble ne pas avoir d’autre boussole politique que l’adaptation au monde comme il va (comme si les évolutions du réel, la mondialisation économique par exemple, étaient des nécessités naturelles totalement indépendantes des décisions humaines). Une excellente raison de lire l’interview du philosophe JeanClaude Michéa pour la revue Le Comptoir. L’un des grands mérites de Michéa est précisément d’opérer une critique féroce du culte du progrès et de la modernité à tout prix qui définit la gauche libérale (incarnée aujourd’hui par Manuel Valls) depuis… le XIXème siècle.

Jean-Claude Michéa : « La gauche doit opérer un changement complet de paradigme »

États-Unis : Bush, chaos en trois rounds

Jeb Bush, après une série de défaites cuisantes dans la course à l’investiture Républicaine (Iowa, New Hampshire et Caroline du Sud), a finalement décidé de jeter l’éponge samedi 20 février. Sa stratégie hésitant à assumer l’héritage politique de son frère, qu’il a tout d’abord récusé (« l’intervention en Irak était une erreur ») avant de se raviser en décembre 2015, n’a pas contribué, il est vrai, à lui attirer les bonnes grâces du camp Républicain. Car la cote de popularité de George W. Bush est toujours importante parmi les électeurs conservateurs. Il reste pour eux celui qui, après le 11 septembre 2001, a permis d’assurer leur sécurité contre Al-Qaïda (même si c’est Barack Obama qui leur a effectivement obtenu la tête de Ben Laden). Le soutien tardif de George W. Bush à son frère, à un meeting dans le New Hampshire, n’aura pas permis de changer la donne, tant cet événement est apparu comme une orchestration destinée à éteindre le feu populiste allumé par Donald Trump. Ce dernier a du reste remporté la plupart des batailles de la Primaire Républicaine. Sa sympathie publiquement affichée à l’égard de Jeb Bush, qu’il décrit volontiers comme un « un bon gars » sans carrure, a contribué à accentuer ce côté benêt dont il n’a pas pu se départir. Premier budget de la Primaire Républicaine, Jeb Bush est aujourd’hui « fauché ». Il a dépensé l’intégralité des 130 millions de dollars dont il disposait afin de faire grandir son aura dans le cœur des Républicains. Raté. L’honnêteté ne paie pas.

Mardi 23 février

Europe : Brexit, chantage ou négociation ?

David Cameron est venu à Bruxelles, il a vu son aréopage de collègues européens et il a vaincu la sacro-sainte antienne «Les traités, tout les traités, rien que les traités ». Le premier ministre britannique a en effet obtenu gain de cause sur toutes les exigences qu’il avait formulées en menaçant, s’il n’était pas satisfait, de faire campagne pour la sortie du RoyaumeUni de l’Union Européenne à l’occasion du référendum qu’il a décidé d’organiser sur cette question. Les pontifes de l’Europe ont finalement jugé qu’il était possible de tordre les traités pour faire les yeux doux à la perfide Albion. Doit-on fustiger les Anglais pour leur égoïsme, leur absence de solidarité, leur incorrigible insularité? Coralie Delaume signe un texte dans le Figarovox qui souligne que David Cameron, qu’on approuve ou pas ses orientations, n’a fait que remplir le rôle normal d’un dirigeant politique : défendre ce qui lui semble être les intérêts de son pays et de son peuple, c’est-à-dire en somme ce qu’on appelle faire de la politique. Une leçon que devraient méditer tous les politiciens français qui nous répètent à longueur de temps que la seule ligne politique hexagonale envisageable consiste à obéir aux injonctions de la Commission européenne.

http://www.lefigaro.fr/vox/monde/2016/02/22/31002-20160222ARTFIG00318-apres-le-brexit-le-franxit.php

France : « Bruno c’est le renouveau », le slogan le plus has-been depuis « Les produits laitiers sont nos amis pour la vie ».

Enfin ! Le suspense devenait insoutenable, la France retenait son souffle mais cette fois ça y est, les dés sont jetés, alea jacta est : Bruno Le Maire est candidat à la présidence de la République. Yiiiiipeeeee !  Pourquoi cette candidature représente-t-elle une chance inespérée pour le pays ? A écouter Bruno Le Maire, pour une seule et unique raison : il est jeune. Enfin, disons qu’il est plus jeune que les autres (46 ans). D’où le remarquable slogan de campagne qu’il avait adopté pendant la campagne pour la présidence de l’UMP (désormais Les Républicains) : « Bruno c’est le renouveau ! » (avec tee-shirt portant l’inscription pour ceux qui veulent à tout prix flinguer leur vie sociale). Il est à noter que Bruno Le Maire appointe probablement des communicants chargés de lui concocter ce genre de phrases définitives. Mais qu’il prenne garde car ses adversaires à la primaire de la droite ont eux aussi de redoutables équipes de publicitaires dont nos enquêteurs ont réussi à pénétrer les dossiers. Nous pouvons donc vous livrer en avant-première les slogans de campagne des principaux impétrants, Juppé, Sarkozy et Fillon : Alain c’est plus un gamin ! / François c’est mieux qu’une tarte aux anchois ! / Nicolas c’est pas du rutabaga !

En tout cas, on ne sait pas si les « créatifs » de Bruno lui écrivent aussi ses discours mais sa déclaration de candidature à Vesoul manifeste un impressionnant talent pour le one man show

Mercredi 24 février

Cinéma : merci Ruffin !

Le film « Merci patron ! » de François Ruffin (par ailleurs fondateur de l’excellent journal Fakir) sort en salles. Œuvre hybride entre le documentaire, la comédie et le tract militant, il s’agit d’un film de classe (comme on disait jadis) qui touche à l’universel tout en parvenant à être drôle et rigoureux.  Inutile de raconter l’histoire, il suffit de savoir que le groupe LVMH y est victime d’un vrai-faux chantage qui va donner lieu à une sorte de thriller hilarant au cours duquel les pratiques crapuleuses des fleurons de notre économie vont se révéler au grand jour. Votez avec vos fesses, courez vous asseoir dans une salle de cinéma pour voir « Merci patron ! »

Etats-Unis : Ted Cruz, bêtise ou barbarie.

Celui dont tout le monde s’accorde à dire qu’il est méchant, même les parlementaires de son propre camp, a décidé de lancer une nouvelle offensive publicitaire contre l’Islamisme radical. Dernier rempart civilisationnel contre la barbarie des bougnoules, donc, Ted Cruz est aussi connu pour faire griller son bacon en l’enroulant autour du canon d’un fusil-mitrailleur. Dans son dernier spot de campagne, il propose aux Américains de se lancer dans une guerre totale contre l’intégrisme musulman dans l’espoir de fédérer la galaxie des chrétiens fondamentalistes. Le spot publicitaire, qui passe en boucle sur les médias américains, vaut le détour. En voici le compte-rendu :

« Sous la présidence de Barack Obama et de la Secrétaire d’État Hillary Clinton, le monde est devenu plus dangereux et l’Amérique n’est plus en sécurité. Si je suis élu Commandant en Chef, nous ne serons pas  lâches à l’égard des forces du mal. L’Amérique sera leader. Nous allons rebâtir notre armée, tuer les terroristes, et chaque militant islamiste saura que s’il mène le Jihad contre nous il signe son arrêt de mort. Et pour rien au monde je ne m’excuserai pour l’Amérique. »

Jeudi 25 février

France : Martine voit rouge.

Martine Aubry publie dans le journal Le Monde une tribune virulente contre la politique gouvernementale en général et la loi El Khomri sur le droit du travail en particulier. Même si on peut considérer que la dame a pris son temps pour sortir du bois, on ne pourra plus affirmer désormais que l’opposition à la politique économique et sociale de François Hollande et Manuel Valls  n’est le fait que d’archéo-communistes ou de nostalgiques du Grand bond en avant maoïste. Du reste, même Jacques Attali a qualifié la loi El Khomri de stupide (il est vrai qu’il a une certaine tendance à considérer comme stupide toute proposition dont il n’est pas l’auteur). Le collectif Les Économistes Atterrés propose une analyse précise et rigoureuse de ce projet de loi dans un texte intitulé « La loi El Khomri ou comment en finir avec le droit du travail ». A lire de toute urgence. http://www.atterres.org/article/la-loi-el-khomri-ou-comment-en-finir-avec-le-code-du-travail

France : Emmanuel Macron porte plainte pour harcèlement sexuel

Une étudiante de 29 ans a été placée en garde à vue ce jeudi suite à une plainte du sémillant ministre de l’Économie. La jeune femme envoyait depuis six mois des déclarations d’amour accompagnées de photos coquines sur la boîte mail d’Emmanuel Macron. La police l’a donc interpellée sous le chef de « messages réitérés malveillants en vue de troubler la tranquillité d’autrui ». Une incrimination qui s’appliquerait pourtant fort bien au ministre qui ne cesse depuis sa nomination de troubler la tranquillité des français avec des messages réitérés malveillants sur la nécessité de mettre fin aux 35 heures, la paresse congénitale des fonctionnaires ou les affreuses conditions d’existence des chefs d’entreprise en regard de la dolce vita que mènent ces feignasses de salariés.

Vendredi 26 février

Irlande : l’austérité malheureuse

Les élections législatives en Irlande s’apparentaient à un référendum sur la politique d’austérité économique menée par le gouvernement sortant sous la pression de l’Union Européenne et de la Banque centrale européenne. Le slogan de campagne du premier ministre Enda Kenny était d’ailleurs : « Laisser la reprise se poursuivre ». Une injonction qui a laissé les électeurs sceptiques puisque les premiers résultats indiquent un effondrement de la coalition au pouvoir. Romaric Godin analyse ces élections dans La Tribune et explique pourquoi l’Irlande entre « dans une nouvelle ère de son histoire politique ».

Iran : les réformateurs peuvent crier victoire, mais pas trop fort

Les élections législatives en Iran semblent tourner en faveur des réformateurs alliés au président Hassan Rohani. Un des représentants de ce courant réformateur, Ali Shakouri-Rad, a déclaré que « les résultats sont au-delà de nos attentes » mais a pris soin de préciser : « nous ferons preuve de retenue pour exprimer notre satisfaction ». Deux phrases qui expriment toute la complexité institutionnelle et politique de l’Iran, une démocratie sous contrôle du Guide suprême qui peut à tout moment siffler la fin de la récréation mais aussi une vie politique (et une société civile) riche et nuancée loin des clichés sur la « théocratie persane ». On lira avec profit l’article de Bernard Hourcade pour Orient XXI qui explique les motivations du régime iranien dans sa politique au MoyenOrient et souligne, à très juste titre, la rationalité des positions iraniennes.

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