Pratiquant un respect de la présomption d’innocence à géométrie variable, les professionnels de la lutte contre le sexisme ne veulent pas lâcher leur poupée vaudou.

Le 23 août 2011, les poursuites pénales contre Dominique Strauss-Kahn (pour agression sexuelle et tentative de viol) ont été abandonnées dans l’affaire dite du Sofitel de New-York. Un accord financier, pratique courante aux États-Unis, a réglé l’affaire au civil en 2012. Dans l’affaire dite du Carlton, le procureur a requis la « relaxe pure et simple », le 17 février 2015, pour les faits de proxénétisme aggravé dont était suspecté l’ancien directeur du FMI. Ni le « scandale » de sa relation avec une économiste du FMI (Piroska Nagy) en 2008, ni les accusations de Tristane Banon en 2011 n’ont donné lieu à la moindre condamnation de DSK. Pourtant, quantité de journalistes, de militants associatifs et même d’intellectuels continuent à piétiner allègrement la présomption d’innocence en évoquant la figure de DSK comme s’il s’agissait d’un criminel.

Ainsi, lorsque le journal Libération titre, le 05 mai 2015, « Sexisme et politique, 40 femmes journalistes dénoncent, Bas les pattes ! », le nom de Dominique Strauss-Kahn apparaît en Une. L’ancien directeur du FMI est à nouveau évoqué dans les pages 2, 3, 4 et 6 (la page 5 est essentiellement constituée de photos). Plus précisément, Libération indique page 2 que « Quatre ans après l’affaire DSK, le sexisme en politique demeure, malgré quelques avancées. », puis le texte contre le sexisme des 40 femmes journalistes (dont 16 seulement signent « leur » texte) indique page 3 que « Nous pensions que l’affaire DSK avait fait bouger les lignes ». Libération nous apprend ensuite, en page 4, que « l’affaire DSK a mis certaines pratiques en lumière » et page 6, Réjane Sénac, chercheuse au Cevipof, déclare que « L’affaire DSK a mis en lumière le continuum entre la grivoiserie gauloise et la violence sexuelle et sexiste. », tandis que le haut de la page est illustré par une photo d’un « Rassemblement contre le sexisme généré par l’affaire DSK, organisé par plusieurs associations, dont la Barbe ou Osez le féminisme ».

Jamais condamné, toujours coupable

Toutes ces mentions d’une prétendue affaire DSK renvoient en fait à l’affaire du Sofitel de New-York qui opposait Dominique Strauss-Kahn à Nafissatou Diallo qui l’accusait d’agression sexuelle. Une « affaire », donc, qui n’a donné lieu à aucune condamnation de DSK.

Des Guignols de l’info qui caricaturent depuis des années Dominique Strauss-Kahn en dégénéré pervers à l’avocat du Mouvement du Nid (partie civile contre DSK dans l’« affaire » du Carlton) qui a lancé au tribunal « Vous le relaxerez mais nous ne serons pas dupes ! » en passant par des ouvrages « scientifiques », il semble convenu que l’on peut sans vergogne diffamer cet homme.

Ainsi, Marie-France Hirigoyen, psychiatre et « victimologue » traduite en 24 langues (comme Astérix) n’hésite pas à diagnostiquer quelqu’un qu’elle n’a jamais rencontré en affirmant que DSK présente « des caractéristiques propres aux manipulateurs, avec une très haute idée de soi, une absence d’empathie, une instrumentalisation de l’autre et le recours au mensonge. » (interview dans l’Express). Elle appelle à la vigilance car « La capacité de tels individus à prendre l’ascendant sur les autres est redoutable. Ils en ont besoin pour restaurer une image défaillante d’eux-mêmes », avant d’admettre dans sa grande indulgence que Dominique Strauss-Kahn n’est pas « un pervers narcissique abouti » (il est donc un pervers narcissique inabouti, décidément quel looser).

Il est possible que DSK soit un sale type. Il est probable qu’il soit un dragueur compulsif (d’ailleurs, l’auteur de ces lignes a une amie qui, à l’occasion d’un léger accident automobile impliquant la voiture de DSK, a été immédiatement invitée à un dîner aux chandelles par le grand homme. Incroyablement insouciante, elle a pourtant omis de porter plainte pour harcèlement). Ce qui est choquant, c’est l’acharnement consistant à le présenter comme un criminel. Ce qui est inquiétant, c’est la propension à tout confondre dans la même condamnation moralisante (le désir et la domination, la séduction et la manipulation, la drague et le harcèlement, l’absence de délicatesse et la violence, tout cela constituant un » continuum »).

Tant qu’à faire dans la psychologie de bazar, on conseillera aux contempteurs de DSK d’étudier les textes psychanalytiques sur la jouissance perverse et de s’interroger sur leur propre fétichisme de la normalité, cette « préoccupation coupable de se conformer à l’ordre dégradant de la horde ».

(Pasolini, Écrits corsaires).

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